‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 343 sur 389 · SOISSONS CAPITULE · texte numérisé non relu

SOISSONS CAPITULE

tereau avec tant de vigueur, que le prince de Wurtemberg, malgré la supériorité numérique de ses forces, ne put lui résister. L'arrivée de Napoléon avec l'artillerie de la garde, au moment où l'ennemi allait battre en retraite, la changea en une véritable déroute.

Les canons français, établis sur une hauteur, faisaient pleuvoir des boulets sur les ponts et dans les rues de Montereau, encombrées de Wurtemljergeois. «. L'Empereur

Fig. 342. — Bataille do Montereau, 18 février 1814. Peint par Ch. Langlois.

lui-même dirigeait ces feux, raconte le général de Ségur, et comme l'inexpérience des canonniers les exposait, il leur indiqua la manière. On le vit même descendre de cheval et pointer plusieurs fois les pièces... Nos artilleurs avaient d'abord murmuré du danger auquel il s'exposait. Ils l'avaient conjuré de s'éloigner. Mais lui : « Allez, mes amis, leur avait-il répondu gaiement, ne craignez rien ! Le boulet qui me tuera est encore loin d'être fondu ! » Attaqué sur la rive gauche par les divisions du général Château et du général Pajol, qui avaient passé la Seine au-dessous de Montereau, l'ennemi essaya de faire sauter le pont qui était à l'entrée de la ville. La mine n'eut aucun effet et les Français firent dans Montereau un grand carnage de Wurtembergeois. « Au bout du pont, raconte le capitaine Coignet, se trouve une rue à gauche. Ce faulxjurg étant encombré des voitures de l'arrière -garde, nous ne pouvions passer qu'à coups de sabre. Nous balayons tout. Ceux qui échappèrent à notre fureur se

fourrèrent sous les fourgons. L'écume sortait de la bouche du maréchal Lefeb^TC, tellement il frappait... J'étais si content de moi, que, mettant pied à terre, j'embrassai mon cheval. Grâce à lui, j'avais sabré à mon aise. »

L'ennemi perdit plus de 6.000 hommes et une partie de son artillerie. Scliwartzenberg battait en retraite sur Troyes et prescrivait à Blucher, alors à Châlons, de remonter la Marne et de le joindre à Arcis. Oudinot, qui formait l'avant-garde, rencontre les Prussiens déjà arrivés à Méry, les chasse (21 février). De son côté Schwartzenberg, toujours pressé par Napoléon, est contraint de reculer jusqu'à Barsur-Aube, mais c'est là que l'armée de Silésie et l'armée de Bohême opèrent leur seconde jonction (23 février).

Blucher et Schwartzenberg forment alors un nouveau plan : Blucher reprendra sa marche sur Paris par la vallée de la Marne, pendant que l'armée de Bohême, reculant jusqu'à Chaumont, attirera à sa suite Napoléon. Mai'mont est chassé de Sézanne par les Prussiens et rejoint Mortier à la Ferté-sous-Jouarre. Blucher court sur Meaux, afin de leur couper la route de Paris. Mais les maréchaux le préviennent et occupent cette ville avant lui. Alors il passe la Marne et cherche à tourner leur gauche : il n'en eut pas le temps. Napoléon laisse de nouveau Macdonald et Oudinot contenir Schwartzenberg devant Troyes et arrive à la Ferté-sous-Jouarre lorsque Blucher se repliait sur Soissons en toute hâte. L'Empereur, avec Marmont et Mortier, se jette à sa poursuite, va l'acculer à l'Aisne, car il n'y a qu'un passage, celui de Soissons, et il est gardé par le général. Moreau et un régiment français. Blucher semblait perdu. Sans doute, Moreau avait trop peu de forces pour pouvoir défendre la ville contre une armée ; mais il lui suffisait de résister deux jours pour que Napoléon eût le temps d'écraser Blucher puis de tomber sur les corps de Bulow et de Wintzingerode , qui s'étaient dirigés à marches forcées vers l'Aisne, mais qui, arrêtés eux-mêmes par la place de Soissons, ne pourraient arriver à temps pour secourir Blucher. Un succès aussi complet pouvait mettre fin aux hostilités !

Moreau ne comprit pas son rôle ; attaqué avec vigueur par l'armée du Nord, il se crut fort heureux d'obtenir pour une place insuffisam-

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