CRAONNE. — LAON. — FIN DU CONGRÈS DE CHATILLON
ment défendue tous les honneurs de la guerre. Comme il insistait pour emmener même son artillerie, le comte Woronzoff dit en russe à l'un
Fig. 343. — L'organisatiou de la garde nationale de Paris. Février 1814. D'après l'aquirelle de G. Opiz.
(Collection Hennin.)
des généraux : « Qu'il prenne son artillerie, s'il veut, et la mienne avec, mais qu'il nous laisse passer l'Aisne. » Bluclier put, par le pont de Soissons, se réunir à Bulovv et à Wintzingerode : il était sauvé (4 mars). L'Empereur essaya en vain d'enlever Soissons : Blucher avait plus de 100.000 hommes et resta maître de la ville.
XAPOLiOX I". 100
Napoléon voulut alors le tourner. Il remonta l'Aisne, en surprit le passage à Berry-au-Bac et se porta sur Laon pour prendre à revers les armées de Silésie et du Nord, maintenant réunies. L'armée française, qui ne comptait pas plus de 30.000 combattants , attaqua les masses des coalisés et les chassa des hauteurs de Craonne, après un combat sanglant dans lequel nous perdîmes 8.000 hommes. Blucher se replia sur Laon le 8 mars, et, toute la journée du 9, arrêta Napoléon devant cette ville. Marmont fut rejeté au delà de l'Aisne en essayant de le tourner par la route de Eeims, dont le corps russe de Saint-Priest parvint môme à s'emparer. Napoléon demeura encore deux jours à combattre devant Laon et perdit dans cette lutte 5.000 hommes. Enfin, le 13 mars, il prit la route de Reims, où il entra le 14, après un succès important et la ruine complète du corps de Saint-Priest. Blucher, ne pouvant croire que 20.000 hommes seulement l'avaient attaqué devant Laon, était resté pendant huit jours dans sa forte position, qu'il n'osait abandonner.
Cette victoire de Reims, qui devait être la dernière de la campagne, eut un retentissement considérable. Le général de Ségur rapporte que des bataillons russes s'enfuirent sans tourner la tête par delà le Rhin jusqu'à Erfurt ; le gouverneur, qui était encore Français, les arrêta et apprit de leur bouche notre victoire. Napoléon n'en profita pas pour conclure la paix à des conditions acceptables. Metternich disait à Caulaincourt : « Si la paix ne se fait pas dans ce moment, le triomphe des partisans de la guerre à outrance contre Napoléon sera assuré, le monde bouleversé, la France la proie de ces événements. » Caulaincourt, de son côté, suppliait l'Empereur de signer la paix à tout prix : « Il faut des sacrifices, disait-il ; il faut les faire à temps. Comme à Prague, l'occasion va nous échapper. La négociation une fois rompue, tout est fini. » Et il ajoutait : « On ne veut qu'un prétexte. » Le mot pouvait s'appliquer aux Autrichiens eux-mêmes. Sans doute, après Montereau, Schwartzenberg avait offert un armistice, et des conférences s'étaient ouvertes à Lusigny (24 février), pour en discuter les conditions ; mais les négociations furent rompues dès que la marche de Napoléon sur l'armée de Silésie eut fait cesser la situation critique
pj a.