ITALIE. — PAYS-BAS. — PYRÉNÉES. — PLAN DE NAPOLÉON
de l'armée de Bohême. Le 1" mars, ces mêmes Autrichiens qui avaient proposé l'armistice signèrent le traité de Chaumont. Par ce traité, qui fut le fondement de la Sainte- Alliance, les coalisés s'unissaient pour vingt ans et s'engageaient à ne pas faire de paix séparée. Malgré tous ces avertissements, Napoléon fit répondre aux coahsés qu'il ne traiterait que sur les bases de Francfort. Le congrès de Châtillon, qui avait été prolongé du 10 au 18 mars, fut dissous le jour même.
Napoléon avait conçu un plan qui devait avoir, pensait-il, des résultats décisifs. Il s'agissait de se jeter entre les armées coalisées et le Rhin, en ralliant toutes les garnisons qui pourraient le rejoindre, et de menacer avec 100.000 hommes au moins la base d'opération des alliés. Il était probable que les alliés reviendraient précipitamment sur leurs pas, et, s'ils avaient l'audace de continuer leur marche vers Paris, il les écraserait entre son armée et cette ville, dont il attendait une résistance acharnée : « Je suis plus près de Munich, disait-il, qu'ils ne le sont de Paris ».
Les nouvelles qu'il recevait des autres théâtres de la guerre, sans être très rassurantes, lui laissaient cependant le temps d'agir. En Italie, les 78.000 Autrichiens qui se trouvaient en face des 38.000 soldats du prince Eugène, sur l'Adige, avaient pris l'offensive, lorsqu'ils avaient été sûrs de la trahison de Murât. Eugène s'était replié sur le llincio et avait repoussé victorieusement, le 18 février, la tentative faite par l'ennemi pour l'en débusquer. Un détachement, envoyé sur la rive droite du Pô, avait même liattu les Napolitains à Parme.
Dans le nord, le général Maison avec quelques milliers d'hommes faisait une guerre défensive « qui excita l'admiration de tous les militaires ». Carnot défendait toujours Anvers. Un corps d'armée anglais avait éprouvé un échec grave devant Berg-op-Zoom. Il était parvenu à entrer dans la ville par surprise avec la connivence des habitants. ilais le général Bizanet, qui n'avait que 2.700 hommes de garnison pour défendre une place qui en aurait e.xigé 12.000, ne se troubla point, rallia ses soldats et reprit la ville en tuant à l'ennemi 1.500 hommes et en lui faisant 2.500 prisonniers!
Sur les Pyrénées, Wellington, maître du col de Maya, avait attendu cependant que Pampelune et Saint-Sébastien fussent tombés entre ses mains pour envahir la France. Soult profita de ce répit pour renforcer son armée des conscrits des Pyrénées, et reprendre l'offensive contre l'armée de AVellington en franchissant le col d'Ibagnetta, mais il fut battu en voulant enlever de front le plateau de Çabiry, que le général Clauzel conseillait de tourner. Wellington franchit la frontière, et, après un combat sur le flanc de la montagne de la Rhune, il rejeta Soult sur la Nive, dont la vallée fut pendant un mois le théâtre de combats continuels. Soult, menacé d'être
forcé, recula non vers le nord, mais vers l'est, parallèlement aux Pyrénées, en remontant l'Adour. Il semblait laisser libre à Wellington la route de Bordeaux. Mais Wellington ne pouvait s'aventurer dans les Landes, alors presque désertes, en laissant sur son flanc une armée vaincue sans doute, moins nombreuse que la sienne, mais redoutable encore. De plus, Soult se rapprochait ainsi de Suchet, qui s'était d'abord maintenu en Catalogne et trouvait dans les divers affluents ou sous-affluents de l'Adour des lignes de défense excellentes. Soult, après avoir livré de nombreux combats sur la Joyeuse et la Bidouze, se retira sur Orthez. Les Anglais franchirent le Gave de Pau et livrèrent, au nord d'Orthez (27 février), une bataille indécise, à la suite de laquelle les Français purent se replier en bon ordre sur Aire pour prendre la ligne de l'Adour. Wellington était fort embarrassé : il n'osait nous poursuivre énergiquement, inquiet qu'il était de son flanc gauche, lorsque les royalistes de Bordeaux, avec le maire Lynch, sollicitèrent l'ennemi de se diriger sur leur ville. Aucun pays n'avait plus souffert que le Bordelais du blocus continental, qui avait arrêté l'exportation de ses vins. Wellington détacha sur Bordeaux deux divisions, qui y furent reçues avec applaudissements. L'année française dut alors se retirer, par Tarbes et Saint-Gaudens, sur Toulouse. Là, Soult livra, avec 30.000 hommes contre GO.OOO, une bataille acharnée, à la suite de laquelle il se retira sur Montpellier (10 avril). Mais déjà les alliés étaient entrés à Paris et Napoléon avait dû abdiquer.
Lorsque Napoléon s'était décidé à diriger ses i^rincipales forces vers le Ehin pour menacer la base d'opération des alliés, il avait chargé Mortier et Marmont, avec 18.000 hommes seulement, de contenir Blucher, et il avait rejoint à Arcis l'armée de Bohême, qui s'était mise, à son approche, en pleine retraite. Mais le Czar était d'avis que ' les deux armées devaient se réunir pour marcher sur Paris; il fit décider que la réunion aurait lieu à Châlons ou à Vitry, et Blucher reçut l'ordre de se rapprocher de ces deux places. Schwartzenberg y marcha lui-même par Arcis-sur-Aube. Il y rencontra Napoléon, qui ne craignit pas , avec 20.000 soldats à peine , de tenir tête à 100.000 hommes. L'Empereur fut obligé d'abandonner la ligne de l'Aube; il regagna la Marne et se porta à Saint-Dizier par Vitry, en ordonnant aux maréchaux Mortier et Marmont de le rejoindre par Châlons, et au général Pacthod, qui lui amenait de Paris, sous l'escorte de 6.000 gardes nationaux , un grand parc d'artillerie, de se diriger également vers cette ville.
Napoléon comptait aussi qu'Augereau, à qui Suchet avait envoyé 10.000 hommes de vieilles troupes et qui devait en avoir sous ses