‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 346 sur 389 · ABCIS-SUR-AUBE. — BUBXA ET AUGEREAU. — TRAHISONS · texte numérisé non relu

ABCIS-SUR-AUBE. — BUBXA ET AUGEREAU. — TRAHISONS

ordres près de 40.000, pourrait lui tendre la main ou tomber sur le flanc gauche des coalisés en remontant la Saône et menaçant la trouée de Belfort, chose qu'il l'avait déjà pressé vivement de faire. Vainement l'Empereur lui écrit-il une lettre des plus vives : « Vous n'avez

Tig. 344. — Le cardinal Fcsch, entouré du conseil de régence, Ht à Marie-Louise un rapport «nr nn établlMcment de bienlaisance placé sous la protection de l'Impératrice. D'apria une gravure du temps.

pas de magasins ; ceci est par trop ridicule. Etes-vous le vainqueur de Castiglione?... Il ne s'agit pas d'agir comme dans les derniers temps, mais il faut reprendre ses bottes et sa résolution de 93. » Augereau s'avança à peine jusqu'à Lons-le-Saulnier, et là, craignant d'être coupé de Lyon par Bubna, qui n'avait pas plus de troupes que lui, il rétrograda sur Lyon (9 mars), prit position à Limonest

en avant de la ville, s'y fit battre (20 mars), l'évacua, et au lieu de se diriger vers la Marne où ses 25.000 hommes auraient été si utiles, il les éparpilla le long du Rhône , de Valence à Pont-Saint-Esprit. Depuis plusieurs semaines, il était en négociations secrètes avec les alliés. Cette trahison ne fut pas la seule.

Le comte d'Artois avait pénétré en Franche-Comté à la suite des alliés. M. de Vitrolles était entré en relation, à Paris, avec Talleyrand, avec Dalberg (1), avec les adversaires les pins influents du régime impérial et les plus aptes aux intrigues dans lesquelles lui-même était passé maître. Il était venu presser les souverains alliés de se déclarer pour les Bourbons. Quoique l'intérêt des Bourbons fût alors le moindre de leurs soucis, les chefs de la coalition n'en recherchaient pas moins avec une vive curiosité tous les renseignements qui pouvaient les éclairer sur la situation morale de la capitale. Un traître était venu leur dire que Paris détestait, plus qu'eux, son tyran. Un second émissaire, rapporte le général de Ségur, avait apporté, dans un bâton creux, à l'empereur de Russie ce peu de mots : « Vous pouvez tout, et vous n'osez rien ! Osez donc enfin ! » Cet émissaire ajoutait que les alliés n'avaient qu'à paraître, que tout était prêt. Mais le patriotisme de nos provinces de l'Est contredisait cette assertion, et les chefs alliés ne savaient à quoi se résoudre, quand, dans la nuit du 23 au 24 mare, deux lettres interceptées, l'une de Marie-Louise, l'autre du ministre de la police, Savary, à Napoléon, ne leur confirmèrent que trop les avis de la trahison.

C'est alors que Schwartzenberg, l'empereur Alexandre et le roi de Prusse, décidèrent que l'armée de Bohême et l'armée de Silésie se réuniraient pour marcher ensemble sur Paris (2). Les deux armées opérèrent leur jonction à Sommepuis, et le général Wintzingerode fut seul détaché avec 10.000 hommes de cavalerie et quelques régiments d'infanterie, pour surveiller Napoléon et lui faire croire qu'il avait attiré à sa suite la masse des armées de la coalition.

C'est ainsi que la trahison fit mépriser aux étrangers le danger qu'ils pouvaient courir en laissant Napoléon couper leurs communications. « Si elle ne fût venue à leur secours, dit un écrivain anglais, Robert Wilson, les alliés se trouvaient dans un cercle vicieux d'où il leur était impossible de se tirer : elle fut consommée au moment où les succès de Napoléon semblaient hors du pouvoir de la fortune, et le mouvement de Saint-Dizier, qui devait lui assurer l'Empire, lui fit perdre la couronne. »

Au moment où ils se disposaient à marcher sur Paris, les coalisés publièrent à

(1) Neveu du primat de Germanie.

(2) On engagea Metternich et l'empereur François, qui avaient toujours désiré traiter avec Napoléon, & se retirer vers Dijon, alléguant qu'il n'était pas convenable que l'empereur d'Autriche assistât à la déchéance de sa fille et de son gendre.

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