‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 347 sur 389 · MARCHE DE ALLIÉS SUR PARIS. — LA FÈRE-CHAMPENOISE · texte numérisé non relu

MARCHE DE ALLIÉS SUR PARIS. — LA FÈRE-CHAMPENOISE

Vitry une déclaration pour rassurer les populations. Ils j exposaient leurs plans politiques et séparaient l'Empereur de la nation. « Les principes qui présidaient à leurs conseils, disaient-ils, dès leur première réunion pour le salut commun, avaient reçu tout leur développement ; rien n'empêchait plus qu'ils exprimassent les conditions nécessaires à la reconstruction de l'édifice social. » (25 mars 1814.)

Cinq jours plus tard, ils allaient être en mesure d'opérer cette reconstniction.

Ils n'avaient, en effet, devant eux que 18 à 20.000 hommes , commandés par Marmont et Mortier. Ils auraient même trouvé absolument sans défense la route de Paris, si ces maréchaux avaient pu exécuter les ordres de Napoléon et le rejoindre à Châlons. Ils avaient essayé de le faire par Château-Thierry, niais déjà Épernay était occupé par les coalisés. Ils se rabattirent sur la route de Montmirail, espérant la trouver libre. Ils devaient au contraire tomber ainsi au milieu des masses de la coalition. Ils se replièrent alors de Montmirail sur la Fère-Champenoise en se défendant toujours et perdirent leur arrière-garde. Ils n'avaient pas même pu rallier la division Pacthod , qui se trouvait isolée à quelques lieues sur leur gauche et dont la résistance désespérée, en attirant de ce côté les principales forces coalisées, sauva peut-être Marmont et Mortier.

Pacthod avait sous ses ordres 6.000 gardes nationaux des provinces envahies, qui avaient quitté volontairement leurs familles, et 2.000 soldats. Attaqué par l'avant-garde de Blucher, il lui résista avec succès et fit quelques progrès sur la route de la Fère- Champenoise où il espérait rejoindre les maréchaux. Mais à ce moment, il fut entouré par 14.000 cavaliers accourus au secours des premiers assaillants. Les gardes russe et prussienne, aux prises avec Marmont, entendirent le canon de Pachtod et, craignant que ce ne fût Napoléon, se portèrent aussi de ce côté. « Cernée ainsi, au milieu d'une plaine, la malheureuse division de Pachtod s'arrêta, se forma en carrés s'appuyant l'un l'autre, les canons aux angles, et se hérissa de baïonnettes. Ces braves soldats croyaient l'Empereur perdu : ils voyaient l'invasion triompher ;ils savaient qu'après eux il n'y avait plus d'obstacle entre l'ennemi et la capitale. Dans cette position désespérée, leur général les harangua : « On ne capitule pas, leur dit-il, en rase campagne ! La « loi militaire le défend, et surtout l'honneur ! D'ailleurs, quand la patrie périt, qui vou- « drait lui survivre ? Jurons donc de mourir pour elle ! » Aussitôt, l'épée haute, luimême prononce à haute voix ce serment, et tous, exaltés de son héroïsme, répètent avec acclamation et en agitant leurs armes ce cri d'un dévouement à jamais sublime ! Ils tinrent parole. Et d'abord, inaccessibles aux charges furieuses de toute l'élite de la cavalerie alliée, leur feu roulant les entoura de morts et de mourants, dont

ils jonchèrent ces plaines fatales. Au milieu de ce combat, deux frères, l'un transfuge, l'autre dans nos rangs, se trouvèrent aux prises ! Le premier, naguère aide de camp de Moreau, osa sommer l'un de nos can-és de mettre bas les armes ! Son frère en commandait l'artillerie ; il lui répondit à coups de mitraille. La fumée dissipée laissa voir l'un debout, ferme dans son devoir, tandis que, justement atteint, le transfuge restait étendu à terre ! » Les charges de la cavalerie et de l'infanterie alliée n'ayant pu entamer les carrés do Pachtod, l'empereur Alexandre, qui était accouru sur les lieux avec le roi de Prusse, fit appeler l'artillerie pour les démolir. <f Les rangs rompus par la mitraille, continue le général de Ségur, et les carrés déformés, on ne se rendit point ; on se défendit d'homme à homme, à la baïonnette ! » Trois mille cinq cents gardes nationaux se firent tuer sur place, 1.500 soldats et les 6 généraux, la plupart blessés ou foulés aux pieds des chevaux, ne se rendirent que sur l'intervention personnelle d'Alexandre saisi d'admiration et de pitié. Pachtod ne voulut livrer son épée qu'au Czar lui-même.

Les maréchaux s'étaient dirigés en toute hâte vers la Ferté-Gaucher : ils y trouvèrent l'ennemi. Ils tournèrent alors à gauche vers Provins et arrivèrent en désordre à Melun, puis à Charenton. Les coalisés, laissant dans Meaux Sacken et Wrède pour couvrir leurs mouvements, se présentèrent bientôt en trois colonnes au Bourget, à Bondy et à Noisy. Toutes les précautions de Napoléon pour ne pas alarmer Paris allaient, à cette heure, tourner contre lui.

Paris manquait complètement de fortifications. A la fin de 1813, Napoléon avait déjà songé à couvrir de forts les hauteurs environnantes , il avait même chargé une commission d'ingénieurs de lui présenter à cet effet un mémoire et des plans. Puis, de peur d'effrayer la population, il avait renoncé à cette idée. La \ille se trouvait donc sans défense et, malgré le canon qui ne cessait de retentir depuis deux mois dans les plaines de la Champagne, aucune précaution n'avait été prise pour arrêter l'ennemi. En l'absence de Napoléon, toutes les têtes avaient tourné. On s'était trop habitué à compter sur lui et on ne sut pas même profiter des avantages qui se présentaient d'eux-mêmes dans ces terribles circonstances. Trente mille ouvriers, presque tous anciens soldats des armées de la République, demandaient des armes, et il y avait dans les arsenaux 20.000 fusils. On n'en distribua pas un seul, et le ministre de la guerre, Clarke, employa même les baïonnettes de la vieille garde pour écarter ceux qui venaient en réclamer ! Il y avait 200 canons de réserve à Vincennes, et on se contenta de placer 4 pièces d'artillerie sur les Buttes-Chaumont et 7 sur la Butte- Montmartre. Tandis que nos troupes manquaient de munitions, cinq millions de cartouches restaient sans emploi dans les arsenaux , et l'ennemi , séparé de ses parcs de réserve, trouva ces ressources le lendemain et s'en servit contre nous. On ne fit pas venir 20.000 hommes qui se tenaient dans les dépôts de Versailles, et la défense fut

Page 1