LES ALLIES A PARIS. — LES BOURBONS ET NAPOLEON II
Marmont de faire occuper à son armée les bords de la petite rivière d'Essonne, position de la plus grande importance, si l'on voulait chasser de Paris les coalisés. Le jour même, le roi de Prusse, le Czar et le prince de Schwartzenberg faisaient leur entrée dans Paris.
Dès la veille au soir, une proclamation , très flatteuse pour les Parisiens , avait été publiée au nom des alliés. « Les souverains alliés, y disait-on, cherchent de bonne foi une autorité salutaire en France, qui puisse cimenter l'union de toutes les nations et de tous les gouvernements. C'est à la ville de Paris qu'il appartient d'accélérer la paix du monde... Qu'elle se prononce, et dès ce moment l'armée qui est devant ses mura devient le soutien de ses décisions. » A n'en pas douter, ces lignes avaient été dictées par la coalition de l'intérieur, hostile à l'Empire et toute dévouée aux Bourbons.
Les alliés ne firent pas leur entrée triomphale dans Paris sans une certaine crainte. Le peuple était morne et avait peine à contenir son indignation. Mais les royalistes, dans la joie que leur causait la chute de Napoléon et l'espoir du retour de Louis XVIII, oublièrent tout patriotisme. Ils parcouraient le faubourg Saint-Germain et la place de la Concorde en poussant des cris de « Vive le roi ! ». Lorsque le cortège des vainqueurs, à la tête duquel se voyait Alexandre entre le roi de Prusse et le prince de Schwartzenberg, parut sur les boulevards, les royalistes, massés non loin de la Madeleine, mêlèrent aux cris de « Vive Louis XVIII ! » ceux de « Vive Guillaume! Vive Alexandre ! b On ne s'en tint pas là. On vit la belle comtesse de Périgord, depuis duchesse de Dino, se promener en croupe derrière un Cosaque. Un duc monta sur la colonne Vendôme, fit attacher des cordes à la statue de l'Empereur et les fit tirer par des misérables auxquels il jetait de l'argent, ensuite par des chevaux. La statue ne put être descellée. C'était là un triste spectacle. Alexandre et ses alliés s'honorèrent en arrêtant les excès dont des Français eux-mêmes donnaient l'exemple. Mais ce n'était pas la dernière fois que les douleura de la patrie devaient être un sujet de joie pour les partis politiques.
Les souverains alliés pouvaient reconnaître que l'opinion nationale ne se prononçait pas en faveur de l'ancienne dynastie : rien n'avait pu provoquer le cri de Vive Louis XVIII parmi le peuple. Il ne faut pas croire que la restauration des Bourbons fut à l'origine le but, même secondaire, de la coalition. Alexandre, qui avait été traité « comme un parvenu s (le mot est de lui) par Louis XVIII auquel il donnait l'hospitalité, Alexandre, qui avait vu le prince auquel il payait une pension décliner l'oifre d'alliance du duc de Berry avec une princesse russe, n'aimait pas les Bourbons. L'empereur d'Autriche ne pouvait pas officiellement poursuivre le détrônement de son petit-fils. Quant à l'Angleterre, elle était encore, au mois de mars, si indécise sur ce point, que "Wellington, maître de Bordeaux, protesta officiellement contre la proclamation où le maire Lynch et le duc d'Angoulême avaient dit que les souverains alliés n'avaient pris les armes que pour rétablir en France les princes légitimes, et
déclara que les alliés n'entendaient imposer à la France aucun gouvernement, pas même celui des Bourbons. Si la Prusse se montrait plus favorable, c'est qu'elle croyait que, eu égard aux circonstances, cette solution était la plus funeste à la France. Les princes avaient pensé, pour gouverner la France, non seulement au fils de Napoléon, mais à Bernadette, au duc d'Orléans, l'ancien général de Jemmapes, et, jusqu'au dernier moment, on put croire que Napoléon II succéderait à Napoléon.
Mais l'enipereiir Alexandre, entouré, assiégé par les royalistes, et descendu dans l'hôtel du prince de Talleyrand, qui, par ses flatteries, avait contribué à faire signer à Marmont la capitulation de Paris, laissa publier, le 31 mars, une proclamation déclarant que l'Europe ne traiterait plus avec Napoléon ni aucun membre de sa famille. Le Sénat était chargé de nommer un gouvernement provisoire. Pour remplir ce mandat, Talleyrand convoqua aux Tuileries, dans la nuit du 31 mars au 1'"' avril, tous les sénateurs que la régence aurait dû emmener avec elle, juais qui, dans l'attente d'une catastrophe définitive, étaient restés à Paris. C'étaient tous des révolutionnaires, formant à peine la moitié du Sénat. Talleyrand leur fit nommer un gouvernement provisoire composé de cinq membres , qui furent : le général de Beurnon ville, le sénateur comte de Jaucourt, l'abbé de Montesquiou, Dupont de Nemours et Roux-Laborie. Ce gouvernement s'empara de tous les' ministères et surtout des postes, qui furent confiées à Bourrienne. La plupart des journaux passèrent dans les mains des royalistes, qui s'empressèrent de couvrir de calomnies et d'injures le gouvernement impérial. Le 2 avril, le Sénat proclama la déchéance de l'Empereur et de toute sa famille.
Il publia même une liste des griefs qui avaient motivé cette mesure. On crut rêver en voyant les sénateurs flétrir comme des forfaits des actes qu'ils avaient sanctionnés de leurs votes toujours dociles et parfois enthousiastes. Le gouvernement provisoire adressa lui-même, le i avril, au peuple français, une proclamation dans laquelle il condamnait le despotisme impérial et proposait le rétablissement des Bourbons. « Vous avez mis en Napoléon toutes vos espérances, disait-il, ces espérances ont été trompées. Sur les ruines de l'anarchie, il n'a fondé que le despotisme. Il ne croyait qu'à la force. La force l'accable aujourd'hui, juste retour d'une ambition insensée!... Nous avons connu les excès de la licence populaire et ceux du pouvoir absolu. Rétablissons la véritable monarchie en limitant, par de sages lois, les pouvoirs qui la composent. »