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ABDICATION. — DÉFECTION DE MARMONT

repousser la régence de Marie-Louise. En apprenant le mouvement qu'on avait fait en son absence, Marmont témoigna le plus violent désespoir. TallejTand et les chefs royalistes vinrent calmer ses remords à force d'éloges, et Marmont se chargea de la responsabilité de cette défection en se rendant à Versailles pour apaiser l'armée, furieuse

Fig. 347.

• Napoléon dans son salon, à Fontainebleau. D'après le dessin du général Attlialin. (Collection Hennin).

d'avoir été trompée par ses chefs, car, en abandonnant l'Essonne, elle croyait marcher à l'ennemi. Nous ne rentrerons pas dans la controverse qu'a soulevée la conduite du duc de Raguse. Nous renverrons principalement à l'ouvrage de M. Eapetti : la Défection de Marmont. Disons seulement que le devoir militaire ne supporte pas les distinctions de la casuistique. Lorsque Marmont faisait tirer sur les émeutiers de 1830, on entendait, dans les rues, le peuple dire : « Voilà Marmont qui paie ses dettes. »

" A la nouvelle de cette dernière trahison, l'Empereur publia un ordre du jour dans lequel il se plaignait pour la première fois du Sénat et des traîtres. Il n'était pas découragé et songeait à se retirer sur la Loire, à rejoindre soit Eugène au delà des Alpes, soit Sucliet et Soult vers les Pyrénées, et à recommencer la campagne. Mais, vaincu par les instances de ceux qui l'entouraient, vaincu par le dégoût surtout, il signa, le 6 avril, son abdication pure et simple.

a Les puissances alliées, dit-il, ayant proclamé que l'Empereur Napoléon était le seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe, l'Empereur Napoléon, fidèle à ses serments, déclare qu'il renonce, pour lui et ses héritiers, aux trônes de France et d'Italie, parce qu'il n'est aucun sacrifice personnel, même celui de la vie, qu'il ne soit prêt à faire à l'intérêt de la France. » Tout n'était pas fini cependant avec l'Empire. On devait agiter quelques jours encore la question de la régence de Marie-Louise. Les souverains alliés avaient bien laissé publier, le 31 mars, une déclaration en faveur de l'ancienne dynastie ; mais ce n'était pas cet acte qui les embarrassait le plus : c'était la personne de Napoléon. Avec la régence de Marie-Louise, il serait encore le véritable maître de l'État, au milieu de fonctionnaires et d'oSiciers qui l'avaient aveuglément servi pendant quatorze ans.

Il y avait déjà quelques semaines qu'il était question de provoquer, par quelque moyen que ce fût, la disparition de Napoléon (1). Il y avait eu, dès le mois de février, avant Champaubert, une conspiration militaire dans ce dessein, et, vers le même temps , Alexandre, qui connaissait probablement ces intrigues, disait à un général français : « Je fais si peu la guerre à la France, que s'il était tué, je m'arrêterais sur-le-champ, s Ce n'étaient pas les royalistes qui songeaient à l'assassinat de Napoléon vaincu. Dans les circonstances où l'on se trouvait, ils n'avaient pas besoin de sa mort pour faire valoir leurs droits. Napoléon, vivant encore, et n'ayant pas abdiqué, empêchait qu'on ne leur opposât Napoléon II. C'était dans le parti qu'on pourrait appeler bonapartiste ou parmi ceux qui voulaient quand même maintenir la forme impériale et la dynastie napoléonienne, que se trouvaient les conspirateurs; c'était dans le gouvernement provisoire que s'ourdissaient ces ténébreuses machinations. Talleyrand, dans une lettre du 17 mars, disait quesil'Empereur était tué, tout s'arrangerait de la manière la plus simple :«nous aurions le roi de Rome et la régence de sa mère ». On espéra plus tard que quelque balle ennemie rendrait l'assassinat inutile. Mais, dans les premiers jours d'avril, la police laissait publier un opuscule intitulé : Réflexions sur la nécessité de la mort de Bonaparte. A l'honneur de la France, pendant que les hommes politiques discutaient, avec un parfait sang-froid, sur le crime, et cherchaient à le provoquer, il ne sortit de ces excitations aucune tentative d'assassinat. Cela étonnait fort un ministre russe, qui disait à Rovigo : a Quel peuple ! quelle nation ! si peu de chose vous arrête ! Il n'en serait

(1) Voir les textes cités dans Rapetti, Xouvelle Biographie générale, p. 412 et suivantes.

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