PROJETS D'ASSASSINAT CONTRE NAPOLÉON
pas ainsi chez nous, tout serait fini en moins d'un quart d'heure. Tant pis pour le souverain qui se met en opposition avec l'intérêt général. C'est la chose du monde que l'on trouve le plus aisément, qu'un souverain. » Même après l'abdication, on voulait s'arranger de manière à prévenir tout retour du grand Empereur. Un assassin ne se levant pas de lui-même, on aurait cherché à en armer un. Un aventurier qui venait de se signaler, à la tête des royalistes, par les extravagances de ses manifestations haineuses contre le régime déchu, Maubreuil, aurait été appelé, dès le 2 avril, chez un
o. — Mort de Vil,
D'après le dessin et la lithographie
de Tirpenne et Monthelier. (Collection Hennin.)
confident dn gouvernement provisoire ; mais, soit que le courage lui ait manqué, soit qu'il eût eu seulement l'intention, en acceptant, de tromper le gouvernement, il se contenta, avec la bande qu'il avait recrutée, de piller les bagages de la reine de Westphalie, qu'il rencontra sans les chercher (1).
La coalition régla, par la convention du 11 avril, le sort de Napoléon et de sa famille. Il fut décidé que Napoléon aurait en toute souveraineté l'île d'Elbe et une liste civile de 2 millions inscrite
(1) Si l'on en croit des fragmeata des Mémoires de M. de Sémallé, un officier de Mamelouks avait offert à SémaUéde lui apporter la tête de Napoléon dans un sac, « à la façon de VOrient contre ceux qu'abandonne la main d'Allah ». Mais il ne comprenait rien à la politique et s'adressait à un royaliste qui repoussa l'offre avec horreur.
sur les registres du Trésor français. Il conserverait auprès de lui 900 hommes pris à son choix dans la garde impériale. Le titre d'Empereur lui serait confirmé. Marie-Louise recevrait les duchés de Parme et de Plaisance avec réversibilité à l'Autriche. Les membres de la famille Bonaparte devaient recevoir des titres de rente sur le Trésor et Eugène de Beauharnais un établissement hors de France.
L'avenir des siens ayant été assuré. Napoléon s'abandonna à sa douleur. II avait vu plusieurs de ses officiers, qu'il croyait les plus dévoués, être les premiers à l'abandonner ouvertement. D'autres cachaient mal leur empressement à agir de même , Napoléon avait vivement ressenti cette ingratitude ; cependant il en parlait à Caulaincourt, le 14 avril, sans amertume ; il ne se plaignait que de la dissimulation , et reportait plutôt sa pensée sur les fidèles. « Il est naturel, disait-il, que d'anciens militaires couverts de blessures cherchent à conserver sous le nouveau gouvernement le pri'x des services qu'ils ont rendus à la France ! Pourquoi se cacher ? Mais les hommes ne savent jamais voir nettement ce qu'ils doivent, ce qui leur est dû, parler et agir en conséquence. Mon brave Drouot est bien autre (1). Il n'est pas content, je le sens bien, non à cause de lui, mais de notre pauvre France. Il ne m'approuve point, il restera cependant, moins par affection pour ma personne que par respect de lui-même. Mais Drouot... Drouot... c'est la vertu. » Ce qui lui causait une tristesse désespérée, c'était de laisser la France si petite après l'avoir reçue si grande, de finir sa carrière par un traité où il n'avait pu stipuler aucun intérêt moral, pas même la conservation de la Légion d'honneur et du drapeau tricolore. « C'est là une douleur, ajoutait-il, qui les surpasse toutes. » Et cependant, il pensait que d'autres humiliations l'attendaient. Il connaissait la haine dont certains départements du Midi étaient animés contre lui. Il ne craignait pas la mort, mais les outrages dont elle pouvait être accompagnée (2). Ne supportant pas l'idée d'être soumis à quelque supplice infamant, il avala une forte dose de poison, qu'il s'était fait donner par son chirurgien Yvan pendant la campagne de Russie, et qu'il portait toujours sur lui dans un sachet depuis qu'il avait pu craindre d'être enlevé par les Cosaques. Mais le poison, trop anciennement préparé, avait perdu de sa force, et d'ailleurs l'estomac déjà fortement atteint de Napoléon ne put le supporter. Les vomissements le sauvèrent. « Le destin en a décidé, dit-il. Il faut vivre et attendre ce que veut de moi la Providence. »
(1) n faisait surtout allusion à Berthier, le compagnon de 3es premières campagnes, qui venait de refuser de le suivre à l'île d'Elbe.
(2) Ces tristes prévisions n'avaient rien d'exagéré. En 1815, Blucher promettra à ses soldats de faire attacher devant eux Napoléon au gibet, et nous avons eu sous les yeux une feuille volante imprimée en Angleterre et destinée à étrfe criée dans les rues, où l'on annonçait : The last (Jiyng sj}eech, confession und gênerai cliaracter af Nnpoleon Bonaparte, who n-as executed on Ihe neio high street Birmingham. — Monday 11 aviil 1814. Wadsworth, prinler; Birmingham. Au-dessus se trouve une grossière gravure représentant une scène de pendaison.