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ADIEUX DE FONTAINEBLEAU

Le départ de Napoléon pour l'île d'Elbe fut fixé au 20 avril.

« Dès le matin, les habitants de Fontainebleau et du voisinage sont accourus en foule ; ils se pressent de l'autre côté de la grille et regardent avec anxiété la cour du Cheyal-Blanc,... où la vieille garde est rangée en lignes redoublées. Les voitures de voyage sont déjà au bas de l'escalier du Fer-à-Cheval. » Le général Bertrand, qui a succédé à Duroc en qualité de grand maréchal du Palais, annonce à l'Empereur que tout est prêt. « Xapoléon sort de ses appartements et entre dans la galerie de François P''. Il y trouve réunis les dernières épaves de sa cour, le duc de Bassano, le général

Fîg. Zi9, — Napoléon I" . ' hi ! 1- i ;i conr (lu ctiàtean de Fontainebleau, fait ses adieux & la garde et embrasse lo drapeau, D'nijrt.-i le tableau d'Horace Vemet. Des.s!né et gravé par Couché flb.

Belliard, le colonel de Bnssi, le colonel Anatole de Montesquieu, le général Fouler, le baron de llesgrigny, le colonel Gourgaud, le baron Fain, le lieutenant-colonel Athalin, le baron de la Place, le baron Leborgne-d'Ideville, le général Kosakowski, le colonel Wonsowitch. A leurs larmes il répond de la main et du regard, traverse, sans prononcer une parole, la galerie, le vestibule et descend l'escalier du Cheval-Blanc d'un pas ferme et rapide (1). » Aucun cri ne se fait entendre parmi les soldats : le moment est trop solennel, leur émotion trop profonde. Tous ils ont demandé à suivre leur général, et ils envient le sort de leurs camarades qui font partie du bataillon unique que leur chef exilé peut emmener avec lui. Le son des tambours battant aux champs trouble seul le silence. L'Empereur les arrête en faisant signe qu'il veut parler :

« Soldats de ma vieille garde, je vous fais mes adieux! Depuis vingt ans, je vous ai trouvés constamment sur le chemin de l'honneur et de la gloire. Dans ces derniers

(1) Imbert de Saint-Amand, Marie-Louise H Vinvation de 1814.

temps, comme dans ceux de ma prospérité, vous n'avez cessé d'être des modèles de bravoure et de fidélité. Avec des hommes tels que vous, notre cause n'était pas perdue; mais la guerre était interminable. C'eût été la guerre civile et la France n'en serait devenue que plus malheureuse. J'ai donc sacrifié tous nos intérêts à ceux de la patrie. Je pars ! vous, mes amis, continuez de servir la France. Son bonheur était mon unique pensée ; il sera toujours l'objet de mes vœux ! ne plaignez pas mon sort. Si j'ai consenti à me survivre, c'est pour servir encore votre gloire. Je veux écrire les grandes choses que nous avons feites ensemble... Adieu! mes enfants, je voudrais vous embrasser tous sur mon cœur ; que j'embrasse au moins votre général. Venez, général Petit, que je vous presse sur mon cœur! Qu'on m'apporte l'aigle, que je l'embrasse aussi ! Ah ! chère aigle, puisse le baiser que je te donne retentir dans la postérité! Adieu, mes enfants! mes vœux vous accompagneront toujours. Gardez mon souvenir. »

En entendant ces paroles, les quatre commissaires étrangers eux-mêmes , le général russe Schouvalof, le général autrichien Koller, le colonel anglais Campbell, le général prussien Waldburg-Truchsess, avaient peine à contenir leur émotion.

Les Adieux de Fontainebleau sont restés dans les souvenirs non seulement de la France mais de l'étranger, comme une des scènes les plus solennelles et les plus touchantes de l'histoire. Voici comment le grand poète anglais fait parler un soldat de Napoléon (1) :

« Il est donc vrai, ô mon illustre maître, que tu seras séparé du petit nombre de braves qui te sont restés fidèles! Qui pourra te peindre la douleur de tes guerriers!...

«Je chéris une épouse, mon cœur n'a pas oublié mes amis. Mais que sont l'amour et l'amitié en comparaison du dé vouement et delafidélité d'un soldat?... Idole de tes guerriers, grand au milieu des batailles, tu es devenu plus grand encore dans ton malheur. Comme toi d'autres ont pu conquérir le monde : mais toi seul tu as supporté les coups du sort sans te laisser abattre. Longtemps j'affrontai le trépas à tes côtés; j'enviais le destin des braves qui mouraient en bénissant le chef qu'ils avaient si bien servi... Ah ! pourquoi n'ai-je pu mourir comme eux, plutôt que de vivre pour être témoin de ce jour affreux ! Que tes ennemis me chargent de chaînes ; elles me seront légères, s'il m'est permis d'admirer encore cette âme que rien n'a pu dompter.

« ... Mon chef, mon roi, mon ami, adieu ! Jusqu'ici je n'avais jamais fléchi le genou, jamais je n'avais supplié mon souverain comme en ce moment je supplie ses ennemis. La seule grâce que j'implore, c'est de partager l'infortune du héros, son exil et sa tombe. »

Napoléon n'était pas au bout de ses épreuves. L'hostilité des provinces du Midi ne lui permettait pas de les traverser sans escorte. Les coalisés le firent donc accompagner de quatre commissaires des grandes

(1) Byron place ces paroles dans la bouche d'un officier polonais au seiïice de la France. — Comparer les Deux Grenadkn de Béranger et Us Deux Grenadiers d'Henri Heine, que la musique de Schumann a fait connaître aussi bien de la France que de l'Allemagne.

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