L'ILE D'ELBE ET LES CENT-JOURS
GOUVERNEMENT DE l'iLE d'eLBE PAR NAPOLÉON. — RETOUR DE NAPOLÉON. l'acte ADDITIONNEL. — WATERLOO. — LA SECONDE ABDICATION.
E congrès de Vienne poursuivait lentement son œuvre laborieuse. Talleyrand, profitant des rivalités qui divisaient nos vainqueurs, avait su grouper autour de la France, a la grande mécontente, » les gouvernements qu'effrayait l'avidité non dissimulée de la Russie et de la Prusse. Il avait signé, le 3 janvier 1815, avec l'Angleterre, l'Autriche et les Etats secondaires de l'Allemagne, un traité qui replaçait officiellement notre pays au rang des premières puissances de l'Europe , et il avait le droit d'écrire à Louis XVIII : « Sire, cette fois la coalition est rompue , et elle l'est pour toujours. » Mais il comptait sans les fautes des Bourbons et sans l'ambition de l'exilé de l'île d'Elbe.
Napoléon, à peine arrivé dans sa petite principauté, avait organisé les moyens de défense dont il pouvait disposer, et pourvu, autant qu'il était en lui, avec l'aide de Bertrand et de Drouot, au bien-être
des habitants. Le général baron de Vincent, qui fut directeur des fortifications de l'île nous a laissé de curieuses notes sur l'arrivée et les premiers temps dd séjour de l'Empereur (1).
Napoléon avait débarqué le 4 mai 1814 au soir, au son des cloches et du canon. Le lendemain, dès cinq heures du matin, il est à cheval et visite les forts ; il choisit sa demeure, qui n'est autre que le pavillon du génie où loge le général Vincent. Le 6, il inspecte les mines de fer : « Tout prouve, ajoute l'auteur de ces notes, que S. M. ne peut se passer d'exercices violents, et qu'elle croit qu'à son exemple les hommes et les choses sont faits pour être toujours en mouvement : son plaisir est défaire aller et venir tout le monde. » Le 7 mai encore, dans une visite commencée à cinq heures du matin, l'Empereur a vu tous les bâtiments de l'intérieur ; il a prescrit plusieurs vues économiques et dit avoir souvent observé que les tournées du matin lui valaient ordinairement un million.
Alors commencent ces longues conversations qui, plus tard, à Sainte-Hélène, seront l'unique consolation des tristes soirées d'exil. Le reste de son temps est occupé par les soins du gouvernement de son petit Etat. Il ordonne la construction des routes, des quais, des magasins, des fortifications, conclut un traité de commerce avec Livourne, en négocie un autre avec Gênes. Il augmente le bataillon de 600 grenadiers et chasseurs, que lui a accordé le traité de Vienne, d'environ 100 cavaliers, 20 marins, 60 Polonais, trois compagnies de tirailleurs corses de 100 hommes chacune. Il a une petite marine. Il fait occuper aux environs de l'île d'Elbe un îlot, rocher abandonné qui servait de repaire aux Barbaresques, qui étaient alors l'effroi de la Méditerranée. On demandait à quelques-uns de ces terribles forbans s'ils respecteraient les Etats et les vaisseaux du nouveau souverain ; ils répondirent : « Nous ne faisons pas la guerre à Dieu. »
Napoléon suit attentivement les événements dont l'Europe est le théâtre. Il voit l'impopularité croissante des Bourbons.
Les premiers mois de 1815 se passent dans l'attente de leur chute qu'il prévoyait : sa seule crainte était que cette révolution ne tournât pas à son profit. Chaque jour, le congrès de Vienne semblait approcher de sa fin ; les projets qui se tramaient contre la liberté et la vie de l'Empereur pouvaient aboutir ; il se décida à prévenir ses ennemis. Les préparatifs d'évasion se firent dans le plus grand secret. Profitant
(1) Mémorial de Vile d'Elbe, dans les Mémoires pour tous, t. III (1835), p. 155-206. Les compagnons de Napoléon semblaient se résigner facilement h leur exil. Drouot écrit, le 28 juin 1814, au colonel n artillerie Mariu-Dubuard , dans une lettre que nous avons sous les yeux : a Nous sommes ici très bien et je m'y plais beaucoup. L'ile d'Elbe est très agréable, les habitants sont bons, doux, aimant les Français. Porto-Ferrajo est sans contredit la garnison où j'ai trouvé le plus d'agrément. » Le 16 octobre, il écrit encore : a Je me plais toujours beaucoup dans l'île et je serais l'homme dn monde le plus heureux si je n'étais pas éloigné de mes anciens et bons camarades. »