LOUIS XVIII QUITTE PARIS. — ARRIVÉE DE NAPOLÉON
de détruire sa résolution. Il lit à ses troupes une proclamation que le parti bonapartiste lui avait envoyée ; puis il conduit son corps d'armée à Napoléon, qui était alors à Auxerre(18 mars). Louis XVIII ne pouvait plus compter sur l'armée; l'entraînement était irrésistible. Tandis que Napoléon arrivait à Fontainebleau le matin du 20 mars, Liouis XVIII quittait précipitamment les Tuileries, pour gagner la frontière du nord.
Fig. 35U. — Retour de Bouaparte, le 20 mars 1816. D'après un dessin de Heim. Gravé par Couché fils.
La confiance du roi et du gouvernement avait, en eifet, duré jusqu'au dernier jour. Puis à cette confiance avait succédé la terreur la plus vive; les projets les plus bizarres étaient formés dans l'entourage des princes. Marmont, le comte de Blacas proposaient que l'on soutînt un siège dans les Tuileries ; mais rien n'était moins pratique. On pensait aussi à faire sortir le roi au-devant de « Buonaparte ». « Mais, répliquait M. de Vitrolles, Bonaparte arrivera probablement par la barrière de Fontainebleau ; Sa Majesté soi'tira par cette barrière ; que ferez- vous si l'usurpateur, averti, entre par une barrière voisine ?» Au milieu de cet abandon général, on pouvait se demander si le mieu.x n'était pas de chercher à rallier l'armée du Nord, en arrière de Paris. C'est ce que tenta Louis XVIIL II espérait du moins pouvoir s'enfermer dans Lille; mais il était trop tard.
Cependant, Napoléon, averti par Lavalette, qui s'était emparé de la direction des postes, arriva à Paris vers neuf heures du soir, vingt-quatre heures après le départ précipité du roi, des princes et de la cour. Quand sa voiture s'arrêta au Carrousel, un flot de militaires l'entoura, et, porté sur leurs épaules, il fit son entrée dans le palais qui depuis vingt ans avait vu tant de spectacles de gloire ou de deuil. Une grande partie de son ancienne cour, des grandes dames et des dignitaires l'attendaient.
Dans les provinces il y eut quelques tentatives de résistance. Le duc d'Angoulême essaya de soulever le Midi ; il y eut une prise d'armes en Vendée, mais tous ces efforts échouèrent. La duchesse d'Angoulême dut s'embarquer à Bordeaux; le duc, fait prisonnier par Grouchy dans la vallée du Ehône, fut relâché par ordre de Napoléon. Maintenant l'Empire restauré avait à donner à la France les garanties d'ordre et de liberté qu'il avait promises depuis le 2G févi'ier. Le ministère nommé par Napoléon était composé de personnages généralement agréables à l'opinion : Davout, Cambacérès, Fouché, Carnot, qu'il créa comte de l'Empire, et qui, dit Cuizot, le servit gauchement et froidement. Un des premiers qu'il appela fut Mollien. Il dut l'envoyer chercher trois fois. Lorsque Mollien arrive aux Tuileries, l'Empereur l'embrasse, lui prend les mains et lui dit : « Dans une pareille crise vous ne refuserez pas de rependre votre place. » Mollien, très ému, au lieu d'accepter, parlait de « ce retour extraordinaire ». « Mon cher, lui dit Napoléon, le temps des compliments est passé ; ils m'ont laissé arriver comme ils les ont laissés partir. »
De tous côtés arrivaient les projets de constitution : il était temps de mettre fin à une situation extraordinaire où l'arbitraire pouvait tout oser (1).
Le 14 avril, Napoléon fit appeler Benjamin Constant, qui passait pour le premier des publicistes constitutionnels et qu'il espérait bien, malgré son hostilité personnelle, attirer dans le parti de l'Empire. L'Empereur ne se trompait pas : B. Constant, qui venait dans un article d'une rare violence de comparer Napoléon à Genséric et à Attila, se chargea sans difficulté de rédiger la nouvelle constitution.
UAde additionnel aux constitutions de V Empire fut fait très vite et pubhé le 23 avril.
Napoléon n'avait pas voulu que cette constitution fût regardée comme nouvelle : de là son titre d'Acle. Le pouvoir législatif devait être exercé par l'Empereur et par deux Chambres, l'une de pairs, nommés par l'Empereur en nombre illimité, l'autre de représentants, composée de 629 membres, et renouvelable tous les cinq ans. Elle était élue directement par les deux séries de collèges do département et d'arrondissement,
(1) Noua passerons très rapidement sur l'histoire politique et constitutionnelle des Cent- Jours, qui est plutôt la suite de l'histoire de la première Restauration. Voir Duvergier de Hauranne, Histoire du gouvernement parlementaire, t. II et III ; — Villemain, Souvenirs contemporains, t. II ; — Edgard Quinet, Campagne de 1815, et les diverses histoires de. la Restauration, Lubis, Nettement, Viel-Castel, Vanlabelle, etc.