MONT-SAINT-JEAN
phèrent des dragons ennemis; jamais peut-être, dans aucune des guerres de l'Empire, on n'avait vu pareille boucherie (1).
A trois heures, Ney, maître de la Haie-Sainte et ayant repoussé les Anglais sur le plateau, voulut enlever le plateau lui-même. Napoléon lui envoya une partie de la cavalerie. Les cuirassiers et les lanciers de la garde gravissent au grand trot la hauteur de Mont-Saint-Jean ; le soleil , qui s'est levé dans la matinée , fait briller les casques et les
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sabres ; au milieu d'un immense cri de Vive V Empereur ! notre cavalerie s'élance contre les canons anglais.
Elle avait fait un à-gauche et, dissimulée par un pli de terrain, allait aborder l'ennemi. Wellington, impatient de Blucher, avait sa montre à la main et la consultait à toute minute. Tout à coup, dit un témoin oculaire qui servait sous Wellington (2), sur la hauteur qui nous cachait l'ennemi, nous apparut, tout étincelant de l'or et de l'argent de son casque et de sa cuirasse aux rayons du soleil, un magnifique officier de carabiniei-s français. Dès qu'il aperçut Wellington : « Général, le maréchal Ney et
(1) C'est dans cette partie de la bataille que furent tués le général Piéton, chef de l'infanterie écos- Baise, et le général Ponsonbj-, chef des dragons anglais.
(2) \l raconta le fait à Ségur, qui connut d'ailleurs le triste héros de l'aventure et ne Toulut pas le nommer (voir Mémoires, le volume des Mélange», p. 279).
toute notre cavalerie vont vous assaillir. Préparez-vous, croyez-moi, vous n'avez pas un instant à perdre. » Wellington tint compte de l'avis.
Nos cavaliers, après avoir enlevé une partie de l'artillerie des Anglais, détruit leur cavalerie, enfoncé plusieurs carrés, sont obligés de reculer. Ney commande une nouvelle attaque : ce n'est plus 5.000 cavaliers, c'est 10.000 qui s'élancent sur les carrés britanniques. Ce fut la charge de cavalerie la plus mémorable des temps modernes.
Montez sur le plateaii, centre de l'ennemi! A vous, soldats de Nej', cuirassiers de Valmy, Cavaliers de Milliaud! partez, la charge sonne ! La voyez-vous passer, l'accablante colonne I Ces centaures massifs, aux gigantesques flancs, A la tête de fer, aux pieds étincelants, D'hommes et de chevaux épouvantable trombe ! En bloc elle s'élève, en bloc elle retombe, Retentit sur les champs de son passage empreints, Comme un son prolongé de tambours souterrains, Le cou tendu, le sabre au niveau de la tête. Tous, du profond ravin remontant sur la crête. Et près de la couvrir de leur immense vol Sous les pieds des Anglais font palpiter le sol (1).
Si Ney eût pu avoir de l'infanterie, le centre de Wellington était enfoncé, l'ennemi en déroute. Il en demande à Napoléon. « De l'infanterie, où veut-il que j'en prenne? veut-il donc que j'en fasse? » Une partie était restée à Planchenoit, à Hougoumont, à la Haie-Sainte. Le reste était occupé contre les 30.000 hommes de Bulow, qui réussit un instant à s'emparer de Planchenoit sur nos derrières. Napoléon espérait toujours voir arriver Grouchy. Une colonne se montra à l'horizon. C'est Grouchy.... Non, c'était Blucher et toute l'armée prussienne. Il était encore temps de battre en retraite, mais il n'y avait pas un instant à perdre : Napoléon s'acharna. A 7 heures du soir, il usait de sa dernière ressource et faisait marcher la garde contre Wellington.
Derrière un mamelon la garde était massée, La garde, espoir suprême et suprême pensée! « Allons, faites donner la garde ! » cria-t-il. Et lanciers, grenadiers, aux guêtres de coutil,
(l) Barthélémy et Méry, Waterloo. — Comparer les MiscraMe» de Victor Hugo, 2' vol.