ARCOLE
taque sérieuse soit faite de ce côté ; mais Bonaparte pense que les Autrichiens, qui ont subi de si grandes pertes et fait de si grands efforts sans résultats, qui ont tant de fois touché à la victoire sans pouvoir l'atteindre, sont démoralisés et perdent leur sang-froid. Au moment où la canonnade est vive sur toute la ligne et où les tirailleurs sont aux
Fig, 32. — Arcole. Tableau d'Horace Vernet.
mains, lorsque toute l'attention des Autrichiens est occupée sur leur front, ils entendent tout à coup sur leur droite, à travers ces marais qu'ils croient impraticables, un bruit de chevaux qui se précipitent précédés de trompettes qui sonnent à pleine bouche. Ce sont 25 guides seulement et 4 trompettes qui, sur l'ordre de Bonaparte, se sont avancés à travers les roseaux et s'apprêtent, avec le chef d'escadrons Hercule, à charger l'armée autrichienne. Mais celle-ci se croit tournée par des forces importantes, et ce stratagème la décide à abandonner Caldiero. Il était temps : Davidovich avait chassé Vaubois de Rivoli
NAPOLBOS I".
et Bonaparte allait être écrasé entre les deux armées; mais la retraite d'Alvinzy entraînait celle de son lieutenant (17 novembre). « L'armée française rentra triomphante dans Vérone par la porte de Venise, trois jours après en être sortie mystérieusement par la porte de Milan. On se peindrait difficilement l'étonnement et l'enthousiasme des habitants ; les ennemis même les plus déclarés ne purent comprimer leur admiration. »
Stendhal a pu dire à cette occasion : « L'étrange fermeté de caractère dont Napoléon fit preuve à deux reprises différentes en ne se mettant pas eh retraite avant Lonato et avant Arcole est peut-être le plus beau trait de génie que présente l'histoire moderne. Et remarquez que ce ne fut pas le coup de désespoir d'une tête étroite, mais la résolution d'un sage auquel l'imminence d'un danger extrême n'ôte pas la vue nette et précise de ce qu'il est encore possible de tenter. Ce sont là des choses que la flatterie elle-même ne peut gâter, car il n'y a rien au monde de plus grand. »
La bataille d' Arcole est restée une des plus populaires de notre histoire ; il y en eut peu d'aussi disputée ; il y en eut peu où I'oti ait vu plus de généraux mis hors de combat. Gros commença sa réputation par l'admirable portrait de Bonaparte au pont d' Arcole. Joseph Chénier fit une ode touchante sur la mort du colonel Muiron, où il consacra le souvenir de sa jeune épouse morte de douleur eu recevant les derniers soupirs de son époux.
Arcole, en tes vallons fameux par nos guerriers, Les larmes du vainqueur ont mouillé ses lauriers ; Tu vis de cent héros moissonner la vaillance Qu'à l'Italie encor redemande la France. Là, plus d'un grand destin en naissant immolé. Plus d'un nom que la gloire eût un jour révélé. Expire dans l'oubli de la tombe jalouse. Mais du jeune Muiron, mais de sa tendre épouse Ma lyre veut du moins consacrer les malheurs, Et l'avenir ému leur donnera des pleurs.
L'armée française reçut un renfoit de 7.000 hommes, qui compensèrent les pertes d' Arcole et du blocus de Mantoue : des troupes italiennes s'y joignirent. Bonaparte avait envoyé 3.000 Français et 4.000 Italiens à Bologne pour intimider le gouvernement pontifical,