SAINTE-HÉLÈNE
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Epuis le 25 juin , Napoléon était sous la garde d'un membre de la Chambre des représentants, le général Be<\ker. Le 29 ^e^^* au soir, il quitta la Malmaison, et, à travers les populations étonnées et émues, il atteignit Rochefort, où deux frégates l'attendaient, prêtes à l'emporter en Amérique, On avait manifesté, sur son passage, d'énergiques regrets : à Niort, on voulait le placer à la tête des troupes, et partout le peuple lui criait : « A l'armée de la Loire !... » Sans doute, les espérances secrètes de Napoléon, répondant à ce mouvement populaire, l'empêchèrent de précipiter son départ; il eût pu se rendre à bord des navires îa Saale et la Méduse, mis à sa disposition; il n'eia fit rien, et le lendemain, une sorte de croisière des bâtiments anglais, avertis, dit-on, secrètement par Fouché, empêchait la sortie du port! Les dévouements les plus em-
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(1) Nous résnmons Burtout, pour cette captivité de Sainte-Hélène, sur laquelle on a tant écrit, le chapitre de Rapetti (^Xonrelle Biographie générale), qui a puiïé à toutes les sources importantes. KAPOLÉOSÎ I". 107
presses et les plus désintéressés s'offrirent alors à Napoléon : des marins de tous grades voulaient risquer le passage à travers les Anglais; le commandant de la Méduse môme, parlant au nom de son équipage, était prêt à attaquer le BelUrophon, navire anglais de 74, au risque d'être désemparé, puisque la Méduse était de moindre force, mais seulement pour paralyser les mouvements des Anglais et laisser la mer libre à la Saale, qui, profitant de la lutte, conduirait sans grand péril l'Empereur à sa destination. Le plan était praticable, mais le capitaine de la Saale, qui avait le commandement de la station française, s'y refusa, obéissant à un ordre secret émané de Paris, de Fouché, disait-on. Joseph, venu à l'île d'Aix pour embrasser son frère, voulut aussi profiter de sa ressemblance avec l'Empereur pour qu'il passât à sa place par Bordeaux sur un navire prêt à le transporter en Amérique; Napoléon ne voulut pas profiter de ce dévouement. Un temps inappréciable était perdu, Louis XVIII rentrait en ce moment à Paris ; Napoléon se décida à écrire la lettre suivante :
Au Prince récjent ilAmjleterrc.
Eoohefort, 13 juillet 1815.
« Altesse Royale , en butte aux factions qui divisent mon pays et à l'inimitié des grandes puissances de l'Europe, j'ai consommé ma carrière politique, et je viens, comme Thémistocle , m'asseoir au foyer du peuple britannique ; je me mets sous la protection de ses lois, que je réclame de Votre Altesse Royale, comme du plus puissant, du plus constant et du plus généreux de mes ennemis.
Le général Gourgaud fut chargé de porter cette lettre en Angleterre, et le comte de Las Cases, d'en remettre copie au capitaine Maitland du BelUrophon, qui prit sur lui de recevoir Napoléon à son bord. Le 15 juillet, au milieu des sanglots d'une foule accourue sur son passage, l'Empereur quittait l'île d'Aix sur le brick V Épervier, le seul navire français qui eût conservé le drapeau aux trois couleurs, et montait sur le BelUrophon, qui faisait voile pour l'Angleterre.
Au reçu de la lettre au prince régent, le gouvernement anglais avait convoqué le conseil privé, dont les membres, se référant à la déclaration de Vienne (1815), qui