‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 374 sur 389 · NAPOLÉON SE CONFIE AU GOUVERNEMENT ANGLAIS · texte numérisé non relu

NAPOLÉON SE CONFIE AU GOUVERNEMENT ANGLAIS

mettait Napoléon hors la loi et hors l'humanité, eurent beaucoup de peine à se décider entre les propositions suivantes : une prison à Dumbarton, une prison à la Tour de Londres, la remise de Napoléon à Louis XVIII, pour être procédé à une exécution capitale, et la déportation à Sainte-Hélène, îlot de 17 kilomètres sur 11, à 15 degrés au sud de l'équateur, à 1.700 kilomètres de l'Afrique et 3.000 de l'Amérique. La seule mais énergique opposition du comte de Sussex fit écarter les résolutions les plus barbares ; la déportation à Sainte-Hélène prévalut.

Kg. 377. — Embarquement de Napoléon à bord du BeUérojphon.

La justice de l'histoire veut que l'on ne rende pas le gouvernement anglais seul responsable de cette déloyauté. A ce moment, l'opinion publique en Europe subissait d'étranges égarements ; elle ne voyait en Napoléon que le pertui-bateur de la paix des nations, l'ennemi commun des peuples et des rois. En France, un des journaux les plus importants justifiait d'avance, dans un article, la décision du conseil privé d'Angleterre qui devait livrer l'Empereur Napoléon à une cour martiale pour le faire condamner à mort (1).

Blucher avait hautement annoncé l'intention de faire fusiller Bonaparte dans le fossé de Vincennes où le duc d'Enghien était tombé, et, sur le refus du duc de Wellington de se prêter à cette exécution, il avait déclaré qu'il « laissait à l'Angleterre la responsabilité de sa faiblesse ». Joseph de Maistre écrivait de Saint-Pétersbourg dans

(1) Montholon, t. I, p. 103, cite le Journal des Débats du 30 juillet 1815.

le même sens et se ralliait à l'idée, qui avait été émise en Angleterre, de faire juger Napoléon par une cour composée des députés de tous les souverains de l'Europe.

Dès le 24 juillet, le BelUrophon, dans la rade de Torbay, et à Plymouth, le 25, était entouré de canots armés, et privé de toute communication avec la terre.

Fig. 378. — Napolcon transbordé du Belîérophon sur le vaisseau îe Nortitumherîand, Gravure du temps.

Le 31 juillet, sir Bunbury vint signifier par écrit à Napoléon la décision du gouvernement anglais. Napoléon protesta ainsi :

En mer, à bord du BeUérophon, 4 août 1815.

« Je proteste solennellement ici, à la face du ciel et des hommes, contre la violence qui m'est faite, contre la violation de mes droits les plus sacrés, en disposant par la force de ma personne et de ma liberté. Je suis venu librement à bord du Belîérophon; je ne suis pas prisonnier, je suis l'hôte de l'.^ngleten-e... Si le gouvernement, en donnant l'ordre au capitaine du Belîérophon de me recevoir ainsi que ma suite, n'a voulu que me tendre un piège, une embûche, il a forfait à l'honneur et flétri son pavillon... J'en appelle à l'histoire. Elle dira qu'un ennemi, qui fit vingt ans la guerre au peuple anglais, vint librement, dans son infortune, chercher un asile sous ses lois ; et quelle plus éclatante preuve pouvait-il donner de son estime et de sa confiance ? Mais com-

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