‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 376 sur 389 · NAPOLÉON HISTORIEN · texte numérisé non relu

NAPOLÉON HISTORIEN

impartialité dans ses jugements sur ses ennemis, ses compagnons de captivité, qui avaient même peine à le suivre dans tous ses développe-

Fig, 183. — Uonument élevé 4 l'Impératrice Joséphine, par Eugèue et Hortense Beaubarnais dans l'église de Eueil.

ments. Napoléon, dont l'éloquence militaire avait déjà surpassé tous ses modèles, ajoutait, par ses Dictées de Sainte-HéVene, une gloire de plus à toutes les autres, celle de l'historien, et prenait rang parmi les pre-

NAPOLÉOX l".

miers écrivains de notre siècle. Les jours se passaient ainsi dans les souvenirs de gloire, dans la préoccupation des passions de l'Europe, dans un souci constant de l'opinion de la postérité.

Cependant la vengeance politique poursuivait son œuvre, et l'Empereur se trouva bientôt en butte à des sujétions et des froissements de plus en plus douloureux. La peur des rois ne recula devant rien pour empêcher une nouvelle apparition de Napoléon sur le continent. Comme le disait lord Byron en 1816, dans le troisième chant de GMlde-Harold, on pensait que Napoléon n'avait pas renoncé « à revêtir la pourpre impériale , à ébranler de nouveau le monde et à en être une troisième fois le Jupiter tonnant. » On fit occuper par une garnison anglaise les îles Tristan d'Acunha, au sud du cap de Bonne- Espérance. Malgré les généreux efforts de lord Holland, le Parlement anglais convertissait en loi de l'Etat le fait de la captivité de Napoléon à Sainte-Hélène. A Sainte-Hélène même, on établit devant Longwood un camp dont les sentinelles allaient jusqu'à toucher la maison pendant la nuit; un officier suivait Napoléon sans le perdre de vue; un télégraphe transmettait d'heure en heure au gouverneur des observations sur les moindres mouvements du prisonnier. Aucune lettre n'était expédiée ou reçue qu'ouverte et devait passer par Londres. Napoléon fut privé de toute correspondance avec sa famille ou ses amis; on ne laissait arriver que les pamphlets et les nouvelles du triomphe de ses ennemis. Dans ses promenades, il aimait à parler aux habitants, à caresser les enfants qui lui rappelaient son fils; la population reçut l'ordre formel de s'éloigner sur son passage et de ne jamais prononcer son nom. Les moindres visites étaient l'objet d'un interrogatoire ])réalable : M"" Bertrand pouvait dire, en présentant à l'Empereur l'enfant qu'elle avait mis au monde à Longwood : « Sire , voici le premier Français arrivé ici sans la permission de M. le gouverneur! » Pour enlever à Napoléon les moyens d'acquérir ou de payer des agents, on entreprit de réduire les dépenses de sa maison, afin de lui faire employer les fonds dont on le soupçonnait possesseur; mais Napoléon, tout en se révoltant contre la parcimonie de ses geôliers, déclara « qu'il n'avait de ressources qu'en Amérique,

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