‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 380 sur 389 · AFFAIBLISSEMENT DE LA SANTÉ DE NAPOLÉON · texte numérisé non relu

AFFAIBLISSEMENT DE LA SANTÉ DE NAPOLÉON

Antommarclii, et deux prêtres, Buonavita etVignali (1). Le docteur trouva l'Empereur atteint des symptômes les plus alarmants; le mal avait fait d'irréparables progrès. Le 17 mars 1821, Napoléon disait à Antommarclii : c( Ce n'est pas la faiblesse, mais la force qui m'étouffe ; » puis, posant la main du médecin sur son estomac : « lisent mis là un couteau de boucher, ils ont brisé la lame dans la plaie. » Le 2 avril, on

Fig. 38 î. -

Le corps de ^'apolc'ou quitte la terre d'exil à Saiute-HL-Iène , le 16 octobre 1840. Lithographie de Monthelier.

annonça l'apparition d'une comète : « Une comète! s'écria-t-il, ce fut le signe de la mort de César. » Le 15 avril, l'Empereur arrêta ses dernières volontés et fit son testament. « Voilà mes apprêts, dit-il à Antoramarchi; pas d'illusion, je sais ce qu'il en est, je suis résigné. » Le 19, une amélioration se produisit ; on le félicitait : « Ne vous y trompez pas, c'est ma fin qui approche. » Il ajouta : « Quand je serai mort, chacun de vous aura la douce satisfaction de retourner en Europe; vous reverrez vos parents, vos amis, la France! moi, je retrouverai mes braves aux Champs Élysées... ); Haussant la voix : ce Kléber, Desaix,

(1) On avait refusé, dit-on, à Tabbé de Quélen, depuis archevêque de Paris, l'autorisation qu'il avait sollicitée de se rendre à Sainte-Hélène.

Bessières, Duroc, Ney, Murât, Masséna, Berthier, tous viendront à ma rencontre... nous causerons de nos guerres avec les Scipion, les Annibal, les César, les Frédéric;... à moins, ajouta-t-il en souriant, qu'on n'ait peur là-haut de voir tant de guerriers ensemble. »

Arnott, médecin anglais qui avait donné des soins à Napoléon avant l'arrivée d' Antommarchi , entra en ce moment. L'Empereur, très agité, l'interpella brusquement, disant à Bertrand de traduire ses paroles sans omettre un seul mot : « J'étais venu m'asseoir au foyer du peuple britannique; j'attendais une loyale hospitalité. Vous m'avez donné des fers... C'est votre ministère qui a choisi cet affreux rocher, où se consume en moins de trois années la vie des Européens, pour y achever la mienne par un assassinat... Il n'y a pas une indignité, pas une horreur dont vous ne vous soyez fait une joie de m'abreuver. Les plus simples communications de famille, celles même qu'on n'a jamais interdites à personne , a'^ous me les avez refusées. Vous n'avez laissé arriver jusqu'à moi aucune nouvelle, aucun papier d'Europe; ma femme, mon fils môme n'ont plus vécu pour moi... Dans cette île inhospitalière, vous m'avez donné pour demeure l'endroit le moins fait pour être habité, celui où. le climat meurtrier du tropique se fait le plus sentir. Il m'a fallu me renfermer entre quatre cloisons, dans un air malsain, moi qui parcourais à cheval toute l'Europe!... » Il termina ainsi : « Mourant sur cet affreux rocher, privé des miens et manquant de tout, je lègue l'opprobre et l'horreur de ma mort à la famille régnante d'Angleterre. » L'Empereur s'évanouit en prononçant ces mots.

Le 21 avril, ayant demandé l'abbé Vignali (l'abbé Buonavita n'avait pu supporter le climat de Sainte-Hélène et était reparti), l'Empereur voulut remplir ses devoirs religieux, ses devoirs de chrétien, catholique romain, comme il le disait; il entendit la messe et communia, malgré l'opposition de la plupart de ses compagnons de captivité, qui ne craignirent pas, en ce moment solennel, de troubler Napoléon dans ce dernier acte de sa foi et firent enlever la chapelle ardente qu'il avait fait disposer. Le 28 et le 29, il recommanda de faire l'autopsie de son cadavre et de porter son cœur à sa « chère Marie-Louise ». Il dicta la lettre qui devait annoncer sa mort à Hudson Lowe, et donna

Page 1