RIVOLI
ce point, important, il serait obligé de combattre sans artillerie et sans cavalerie. Toutes les troupes se mirent donc en marche pour être à la pointe du jour à Rivoli ; le général en chef s'y rendit lui-même, il y arriva à deux heures du matin.
« Le temps s'était éclairci, le clair de lune était superbe ; il monta sur les différentes hauteurs et observa les lignes des feux ennemis;
Fig. 36. — Bataille de Eivoli. Tableau de Carie Veruet.au musée de Versailles.
elles remplissaient le pays entre l'Adige et le lac de Garde, l'atmosphère en était embrasée. Il distingua fort bien cinq camps, chacun composé d'une colonne, qui avaient déjà commencé leurs mouvements dès la veille. Les feux des bivouacs annonçaient quarante à quarantecinq mille hommes. Les Français ne pouvaient opérer sur le champ de bataille qu'avec 22.000 hommes ; c'était encore une très grande disproportion ; mais ils avaient sur l'ennemi l'avantage de soixante pièces de canon et de plusieurs régiments de cavalerie. Il parut évident, par la position des cinq bivouacs ennemis, que Alvinzi ne voulait pas attaquer avant dix heures du matin. » (Napoléon.)
Bonaparte ne s'inquiète pas de la colonne de Lusignan, qu'il montre
de loin aux soldats qui l'entourent en disant : « Ceux-là sont à nous. » Il ne se préoccupe pas non plus des soldats de la rive gauche, qui ne peuvent agir que par les boulets incertains d'une artillerie éloignée et tirant de bas en haut. C'est sur Oskay, Liptay, Kolbos et Quasdanovich qu'il concentre ses efforts. Le combat est acharné ; Masséna, Joubert, avec leur infanterie, Lassalle, à la tête de ses hussards, font des prodiges. Le général en chef lui-même fut à deux ou trois reprises entouré d'ennemis et eut plusieurs chevaux tués sous lui. Cependant, à 2 heures de l'après-midi, le succès était décidé : les troupes venues de Monte-Baldo et celles qui arrivaient d'Incanale regagnaient à la hâte, sans avoir pu se rejoindre, les chemins par lesquels elles étaient venues; tout était pris, tué ou culbuté. Les troupes de Lusignan, foudroyées par quinze pièces de canon, étaient rejetées sur la réserve de Rey et obligées presque toutes de mettre bas les armes.
Bonaparte laissa Joubert et Eey continuer la poursuite et, avec la division Masséna, il reprit, le soir même, la direction de Mantoue. Ces troupes s'étaient battues le 13 janvier devant Vérone, avaient marché toute la nuit du 13 au 14 pour arriver à Rivoli; elles avaient combattu toute la journée du 14 et elles allaient encore marcher toute la nuit du 14 et la journée du 15 pour combattre encore le 16 devant Mantoue. « Ce n'est pas tant avec nos bras qu'avec nos jambes qu'il gagne des batailles, » disaient les soldats. Mais de cette activité dépendait le succès final de la campagne.
En effet, Provera, dont les Français avaient plus d'une fois eu l'occasion d'apprécier la bravoure et l'énergie, avait surpris le passage de l'Adige à Anghiari, et, quoique vivement poursuivi par Augereau, marchait à la délivrance de Mantoue. Il arrivait par la route de Legnano et comptait surprendre le faubourg de Saint-Georges, occupé seulement par 1,500 Français sous le commandement de Miollis, et protégé par une simple ligne de circonvallation. Ce poste fut sauvé par la présence d'esprit d'un tambour et d'un sergent. Miollis ne se gardait que du côté de la ville , sachant qu'une division défendait l'Adige. Le 16, à l'aube, HohenzoUern, avec l'avant-garde, s'était présenté à la porte de Saint-Georges à la tête d'un régiment ayant des