CAPITULATION DE MANTOUE
quantité de vivres qu'il avait dans ses magasins de réserve. Le général en chef s'approcha de la table, prit la plume et écrivit pendant près d'une demi-heure ses décisions en marge des propositions de Wurmser, tandis que la discussion durait toujours avec Sérurier. Quand il eut fini : « Si Wurmser, dit-il à Klenau, avait seulement pour dix-huit ou vingt jours de vivres et qu'il parlât de se rendre, il ne mériterait aucune capitulation honorable ; mais je respecte l'âge, la bravoure et
pig. 1
■ Bataille de la Favorite, iirt-s Mantoue. D'après Daplesaia-Bertaax,
les malheurs du maréchal. Voici les conditions que je lui accorde, s'il ouvre ses portes demain. S'il tarde quinze jours, un mois, deux mois,... il aura encore les mêmes conditions : il peut attendre jusqu'à son dernier morceau de pain. Je pars à l'instant pour passer le Pô et je marche sur Rome. Vous connaissez mes intentions, allez- les dire à votre général. » (Napoléon.)
Les conditions étaient des plus honorables pour le vieux maréchal, envers qui la fortune avait été cruelle, mais qui, comme l'écrivait Bonaparte au Directoire, n'avait cessé de montrer des connaissances militaires et un courage que l'histoire remarquera : Wurmser pouvait
sortir librement de Mantoue ave» deux cents cavaliers, cinq cents fantassins à son choix, six pièces de canon et tout son état-major. "VVurmser accepta (2 février) avec empressement.
La capitulation de cette célèbre ville, qui passait avec raison pour l'une des plus fortes places de l'Europe, était la consécration visible des victoires de l'armée d'Italie. Elle porta à son comble la popularité de Bonaparte. Des chansons imprimées avec des têtes de clous, sur du papier à chandelle, célébrèrent l'armée d'Italie et son général. Adaptées à des airs connus de tous, elles se répandaient facilement dans la foule. On y trouve plus de conviction que de prosodie et même d'orthographe, mais la naïve platitude du style ne montre que mieux leur caractère vraiment populaire. Nous citerons, par exemple^ quelques couplets du Détail de la prise de Mantoue par le général Bonaparte (1).
Mantoue est en notre pouvoir De Bonaparte on parlera
La chose est véritable; Tout comme d'Alexandre,
Mais l'empereur pour la ravoir C'est un César dans les combats.
Se donnerait au diable. II sait bien se défendre.
Il veut armer, ce nous dit-on. Tous ses soldats sont bons garçons
La Faridondaine, la Faridondon, La Faridondàine, la Faridondon,
Toutes les femmes de Hongrie, biribi, Aussi les traite-t-il d'amis, biribi,
A la façon de Barbari, mon ami. Point de façon de Barbari, mon ami.
Pour que l'on ne trahisse pas
Ce fils de la victoire.
Il sera toujours bon soldat,
Il s'est couvert de gloire.
Partout, au bruit de nos canons, La Faridondaine, la Faridondon, Il fera danser l'ennemi, biribi, A la façon de Barbari, mon ami. fik.
Par Perrotin.
L'auteur de cette pièce n'hésite pas, on le voit, à livrer son nom à la postérité.
De nombreuses chansons avaient été faites depuis le début de la Révolution sur les succès de nos armes. On y célébrait le courage et le patriotisme des soldats, le triomphe des principes révolutionnaires ; mais le plus souvent les généraux ne sont pas même nommés. Dans une dizaine de chansons que contient le recueil de chants sur la bataille de Fleurus, nous avons vainement cherché les noms de Jourdan et de Carnot; on voit qu'il n'en est pas de même pour Bonaparte.
(I) Recueil de chansons nouvelles; à Paris, chez Daniel, in-32, sans date.