TOLENTINO
Cependant Wurmser avait été fort touché des conditions que Bonaparte lui avait accordées ; il lui en témoigna bientôt sa reconnaissance en le prévenant d'une trame d'empoisonnement qui se préparait contre lui dans les Romagnes. L'aide de camp qui apportait cet avis à Bona-
Fig. 40. — Plan de la ville de llantoue.
parte le trouva à Bologne ; car, sans même attendre la reddition de Mantoue, Bonaparte s'était dirigé sur les Etats de l'Eglise. Le cardinal Busca essaya vainement, comme il en menaçait le ministre français, Cacault, de faire de la Romagne une nouvelle Vendée. «~ La guerre sainte avait été proclamée, la dernière classe du peuple était dans le délire et la frénésie : les prières des quarante heures, les missions sur les places publiques, les indulgences, les miracles même, tout avait été
mis en œuvre. Mais de pareils moyens ne pouvaient arrêter des soldats qui avaient déjà détruit cinq armées. » La modération de Bonaparte facilita encore ses succès. Les prisonniers faits dans les premiers combats furent renvoyés chez eux. « Je viens, leur disait-il, pour votre bien; vous êtes libres, retournez dans vos familles, assurez-leur que les Français sont amis de la religion, de l'ordre et du pauvre peuple. » Il agit de même avec les prisonniers faits devant la ville d'Ancône, que le général piémontais Colli, alors à la tête de l'armée papale, avait essayé de défendre.
Le 13 février, Bonaparte avait son quartier général à Tolentino. La route de Rome était ouverte : il pouvait, s'il le voulait, pénétrer à la tête de ses troupes dans la ville éternelle. Il y avait là de quoi tenter même le vainqueur de Rivoli. De plus, le Directoire était contraire à toute négociation avec Rome. Il désirait la destruction du pouvoir temporel du Saint-Siège. Mais Bonaparte ne le voulut point : sans parler des sentiments de respect qu'il avait conservés pour le culte de son enfance, sentiments dont on pourrait donner plus d'une preuve dans sa vie militaire antérieure, il comprenait l'importance politique de la religion. Ses relations avec le Saint-Siège en font foi : sa déférence étonna, rassura et charma les cardinaux, comme le pape lui-même, et leur fit paraître moins dures les conditions du traité de Tolentino, qui confirmait et aggravait même les conditions de l'armistice de Bologne. Avignon était définitivement reconnu à la France. Napoléon insista longtemps pour que la cour de Rome abolît l'inquisition; mais en présence des difficultés que cette demande soulevait de la part des cardinaux, il se désista.
Le Saint-Siège n'avait pas été seul à craindre pour son existence, la République de Saint-Marin fut très inquiète du voisinage des troupes françaises. Il la rassura et lui proposa même une extension de territoire : le syndic refusa au nom de ses concitoyens. « Dans notre petitesse, ditil, est notre liberté. » Bonaparte offrit alors deux pièces de canon à la petite République comme un témoignage de sympathie de la part de sa grande sœur la République française. Le syndic refusa encore. «Ils nous seraient inutiles, dit-il, leur portée excède les limites de notre pays. »