‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 6 sur 389 · L'ÉCOLE MILITAIRE DE PARIS · texte numérisé non relu

L'ÉCOLE MILITAIRE DE PARIS

11 arriva à Paris au mois d'octobre 1784. L'École militaire n'était pas alors sévèrement tenue : les élèves , encore jeunes , avaient besoin d'y perfectionner leur éducation première ; aussi l'instruction technique y étaitelle assez négligée. Bonaparte y montra la même assiduité et la même ardeur au travail, continuant la lecture d'auteurs anciens, militaires et autres, prenant peu de part aux plaisirs mondains et aux distractions bruyantes que ses camarades trouvaient dans la capitale. Comme ils jouissaient d'une large liberté, quelques-uns, en assez petit nombre il est vrai (car il y en avait peu de riches), en profitaient pour étaler un faste contraire à leur rang de simples soldats, futurs officiers. Bonaparte en était choqué : il n'aurait pas voulu que les privilèges de la fortune se fissent sentir entre tous ces jeunes gens, égaux au moins dans une carrière poursuivie en commun. 11 poussa môme ce sentiment jusqu'à rédiger un projet de réforme sévère qu'il adressa au sous-principal de l'École :

la tentative passa inaperçue; mais l'élève, devenu maître, se la rappela plus tard, et modifia, suivant ses premiers desseins, l'organisation des écoles militaires.

Il ne resta qu'une année à Paris. Déjà il était signalé par ses maîtres comme il l'avait été à Brienne : « Corse de nation et de caractère, il ira loin, dit l'un d'eux, si les circonstances le favorisent. » C'était, de l'aveu de tous, le premier mathématicien de l'École; or les mathématiques étaient déjà à la mode. Le pédantisme qui citait autre-

Fig. 6. — Bonaparte ^ Ilrieime.

Statue (le Rochet, au musée de Versailles.

fois des phrases latines à tout propos, comme le remarque Vaublanc, tendait à devenir géomètre et algébriste. Les formules abstraites entraient dans l'éloquence et les discours académiques. En août 1785, Napoléon passa devant l'illustre Laplace un examen à la suite duquel il obtint un brevet de lieutenant en second. Il fut attaché au régiment d'artillerie de la Fère, alors en garnison à Valence, en Dauphiné.

Voilà donc Napoléon, officier à seize ans, envoyé dans une obscure ville de province, sans ressources, sans appuis. Les régiments, à cette époque, comptaient un nombre d'officiers supérieur aux besoins du service et, pour ceux qui n'avaient pas de fortune, l'existence n'était ni brillante ni facile. Il paraît qu'à Valence presque tous étaient dans cette situation. Aussi Bonaparte n'eut pas à souffi-ir de la modicité de sa solde. Il pouvait même compter parmi les officiers aisés, car il recevait douze cents francs de sa famille. Il s'appliqua, nous apprennent les rapports et les notes conservés sur son passage à Valence, à accomplir exactement tous les devoirs de son état, rigoureux observateur des exigences de la discipline et se soumettant aux faciles ennuis de son métier. Bientôt, il fut au courant de tous les détails de ses fonctions , et il était apprécié par ses chefs comme un des officiers les plus assidus et les plus capables. C'est à Valence qu'il connut Montalivet, Collinde Sussy, Sorbier, Lariboisière, Hédouville, qu'il ne devait pas oublier lorsqu'il devint tout-puissant, et auxquels il confia des postes importants dans l'administration, la guerre ou la diplomatie.

C'est alors aussi que pour la première fois il entra dans la société mondaine et prit part aux plaisirs qu'elle lui offi-ait.

Des publications récentes ont insisté a\ec complaisance sur l'absence de tact, le mépris de tout usage poli et de tout bon goût, les manières soldatesques par lesquelles Napoléon, même sur le trône, laissait voir l'égoïsme du despote et la gi-ossièreté du parvenu. Ces publications sont certainement présentes à l'esprit du lecteur; on ne peut donc se dispenser de dire un mot de cette question. Quoique ce soient là des critiques bien secondaires lorsqu'il s!agit d'un pareil pereonnage, il n'est pas inutile actuellement de rappeler que de nombreux témoignages contemporains présentent Napoléon sous un jour tout différent, et que les témoignages de ce genre ne sont pas rares dans les auteurs mêmes que l'on invoque pour arriver à une conclusion contraire. Avec des procédés aussi méticuleux et aussi exclusifs, il n'j a presque pas

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