‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 63 sur 389 · I.'.O 500 loises · texte numérisé non relu

I.'.O 500 loises

Fig. 59. — Plan de la rille et du port de Malte.

venue à Bonaparte vers le temps du traité de Tolentino. Il avait intercepté, à Ancône , la correspondance du grand maître Rolian avec l'empereur de Russie Paul I". Dans cette correspondance étaient reprises des négociations remontant à Pierre le Grand et qui tendaient à la conclusion d'un traité pour la fondation de 72 commanderies destinées à la noblesse de rite grec. « Il était difficile d'admettre, dit M. Ernouf, que cette libéralité fût pleinement désintéressée; aussi Bonaparte songea sérieusement à prévenir les projets de la Russie ou de toute autre puissance sur cette station importante de la Méditerranée, que la

décadence avérée de l'ordre laissait à la merci du plus hardi et du plus habile. » « Cette île est pour nous d'un intérêt majeur, » écrivait-il au Directoire, au moment de la mort du grand maître Rohan, et il conseillait au gouvernement d'encourager les projets qu'avait formés le ministre espagnol Godoï, prince de la Paix, de se faire nommer grand maître et d'occuper l'île avec les flottes combinées de la France et de l'Espagne, qui venait de signer avec nous le traité de l'Ildefonse. Mais on était avant le 18 fructidor. Le Directoire ne comprit pas l'importance des conseils de Bonaparte et répondit que c'était au ministre d'Espagne à faire seul une expédition dont il devait seul profiter, Bonaparte ne se découragea pas. Immédiatement après le 18 fructidor, le 27 du même mois, décrivait: « Pourquoi ne nous emparerions-nous pas de Malte? les habitants sont très portés pour nous et fort dégoûtés de leurs chevaliers qui meurent de faim. Je leur ai fait exprès confisquer tous leurs biens en Italie. » C'était là une mesure justifiée par la déclaration de guerre faite à la république par le grand maître. Il ajoutait que c'était pour lui la route de l'Egypte et que le temps n'était pas éloigné où l'on sentirait que c'était en Egypte qu'il faudrait frapper l'Angleterre; déjà, en vue de cette exiiédition, il eut soin de s'approprier le matériel naval de Venise et de faire équiper ses bâtiments, dont il changea les noms de saints, qu'il jugeait « inconvenaats » dans une expédition où l'on devait se présenter comme amis des Turcs. La nomination d'un Autrichien, Hompesch, comme successeur de Rohan, en juillet 1797, semblait favoriser les projets d'annexion que l'on prêtait également à l'Autriche. Il se rencontra, au contraire, que cette élection facilita notre conquête. Si l'on en croit une tradition contemporaine, l'Autriche aurait stipulé la non-résistance d'Hompesch en échange du consentement tacite de la France à l'occupation de Raguse. La corruption scandaleuse d'un gouvernement violent et faible, efféminé et despotique, facilitait aussi l'emploi d'autres moyens que la diplomatie et les armes. Il est à peu près certain qu'un grand nombre de chevaliers et le grand maître lui-même avaient été gagnés par des promesses d'argent.

Maître de Malte, Bonaparte y laissa 3.000 hommes sous le comman-

Page 1