‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 72 sur 389 · LE CAIRE · texte numérisé non relu

LE CAIRE

de son général un superbe sabre orné de pierreries sur lequel on avait gravé ces mots : « Conquête de l'Egypte ».

Pendant ce temps, Bonaparte avait fait son entrée au Caire, dans cette brillante capitale arabe qui s'élevait à côté des ruines de la grande ville des premiers pharaons. Les mamelouks avaient su l'embellir des antiques colonnes de Memphis. De nombreuses mosquées s'y faisaient remarquer par leur richesse et leur grandeur ; la ville possédait une école où l'on enseignait la philosophie d'Aristote et du Coran à plus de quatorze mille étudiants venus de toutes les parties de l'Arabie et de l'Egypte. Dans les temps des grandes eaux, toutes les places du Caire devenaient de vastes lacs où se réfléchissaient les lumières des maisons; les cafés et les bains de vapeur étaient installés eu grand nombre. Les rues étaient étroites, mais les maisons, bâties à l'indienne, présentaient des vitrages de couleurs qui formaient un spectacle intéressant et original pour un œil européen.

Ce fut là que Bonaparte, après |i voir mis tant d'activité à conquérir, n'en mit pas moins à organiser sa conquête , et s'exerça à son futur métier de chef d'empire. 11 chercha à s'attacher par la reconnaissance les populations qu'il avait vaincues par la force. Déjà il avait fait mettre en liberté les sept cents esclaves musulmans qu'il avait trouvés à Malte. Dès le lendemain de sou arrivée, il composa un divan des personnes les plus respectables de la ville, et, persuadé que le meilleur moyen de

Fig. 68. — Le général Desaix. D'après Steuben.

se faire aimer était de montrer du respect pour la religion du Prophète et les liabitudes du peuple, il aft'ectait la plus grande déférence pour les imans et les cheiks, leur laissant croire qu'il embrasserait un jour l'islamisme, flattant leur vanité par des compliments, leur cupidité par des promesses. Dans une entrevue demeurée célèbre, dans l'intérieur de la grande pyramide de Chéops, il rendait grâce à Allah de sa victoire et se déclarait son plus humble serviteur, mais se disait aussi son envoyé, et montrait l'importance du rôle que ce dernier lui avait confié pour la gloire de l'Egypte ! Il les étonnait par des sentiments d'humanité et de sollicitude pour les humbles, qui n'étaient pas dans les habitudes du gouvernement turc.

Si la position ordinaire de l'Egypte, qui ne peut devoir sa prospérité qu'à l'étendue de ses inondations, exige une bonne administration, la nécessité de réprimer vingt à trente mille vt^leurs, indépendants de la justice parce qu'ils se réfugient dans l'immensité du désert, n'exige pas moins une administration énergique. Dans ces derniers temps, ils portaient l'audace au point de venir piller les villages et tuer les fellahs sans que cela donnât lieu à aucune poursuite régulière. Un jour que Napoléon était entouré du divan des grands cheiks, on l'informa que des Arabes de la tribu des Osnadis avaient tué un fellah et enlevé des troupeaux ; il en montra de l'indignation et ordonna d'un ton animé à un officier d'état-major de se rendre de suite dans le Bahirch avec deux cents dromadaires et trois cents cavaliers pour obtenir réparation et faire punir les coupables. Le cheik Elmadi , témoin de cet ordre et de l'émotion du général en chef, lui dit en riant : « Est-ce que ce fellah est ton cousin que sa mort te mette tant en colère? — Oui, répondit Xapoléon, tous ceux que je commande sont mes enfants. — Faïb ! lui dit le cheik, tu parles là comme le Prophète. »

Les femmes avaient surtout à gagner à voir se répandre en Egypte les idées des Français.

Le général Menou ayant épousé une Egyptienne de Eosette, il la traita à la française. Il lui donnait la main pour entrer dan^ la salle à manger, la place d'honneur à table ; les meilleurs morceaux étaient pour elle ; si son mouchoir tombait, il s'empressait de le ramasser. Les autres femmes de Eosette, fort curieuses , comme on le comprend, de savoir comment les choses se passaient dans un intérieur européen, l'accablaient de questions, surtout lorsqu'elle se rendait au bain, qui est le lieu ordinaire de réunion pour les femmes. Elle ne demandait pas mieux, du reste, que de leur faire connaître les égards dont elle était l'objet. Ses discours produisirent une grande agitation dans toutes les têtes féminines, et elles adressèrent au sultan Kebir une pétition

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