ORGANISATION DE L'EGYPTE
qu'elles envoyèrent au Caire, afin qu'il ordonnât dans toute l'Egypte aux Égyptiens de se comporter avec elles selon l'usage des Français. (NAPOLÉOîf.)
Mais, tout en se faisant ainsi vénérer à l'égal d'un envoyé de Dieu et en parlant le langage du prophète, Bonaparte avait donné l'ordre d'occuper solidement les places dont il s'était emparé, redoutant l'inconstance des cheiks, leur amour de rébellion et voulant que dans un moment critique il eût des points de refuge solides et inabordables. Il songeait aussi à réparer le désastre de la flotte et à en créer
Fig. 69. — Bonaparte sur la plus haute des pyramides d'Egypte. Gravure de la collection Hennin.
une nouvelle ; il est vrai que le bois manquait en Egj'pte, mais Bonaparte était persuadé qu'on pouvait mettre à profit les vastes forêts de l'Abyssinie, ces Alpes inconnues comme il les appelait, et il se reposait sur le fleuve même du soin d'apporter ce bois de construction dans les provinces du Delta. Il cherchait aussi à modifier les rades d'Alexandrie et de Damiette, faisait relever avec le plus d'exactitude possible la carte des côtes méditerranéennes et étudiait avec ardeur des plans de canalisation et d'irrigation qu'il rêvait d'efiectuer pour régler le cours du Nil et tirer le meilleur parti de ses inondations. Malgré les charges qu'apportait nécessairement la présence d'une armée qui devait vivre aux dépens du pays, Bonaparte, déjà préoccupé d'or-
gaiiisation sociale, voulut que l'occupation de l'Egypte fût pour le pays un véritable bienfait. Les impôts furent perçus avec une prolnté et une égalité dont les Egyptiens n'avaient pas idée. L'enregistrement fut appliqué à l'Egypte : c'était là une ressource fiscale, mais c'était aussi un moyen d'assurer la propriété individuelle de tous les habitants, quelle que fût leur situation et leur origine. Des tribunaux de commerce furent institués. Les exactions de la justice furent arrêtées par une loi qui substitua un droit fixe aux honoraires arbitraires des cadis. Il supprima le supplice de la bastonnade, employé pour faire parler les accusés ou simplement ceux que l'on croyait en possession de quelque secret important. Malgré les ménagements les plus grands pour les musulmans et leurs préjugés, il prépara l'émancipation sociale des Coptes par une série de mesures, gages de mesures plus importantes encore.
Mais au milieu de ces projets d'avenir, il n'oublie pas que la guerre doit être actuellement le premier de ses soucis. Il s'efforça d'appliquer h l'organisation de l'armée toutes les ressources du pays. C'est ainsi qu'il forma des corps de cavalerie d'un nouveau genre, où les chevaux étaient remplacés par des dromadaires.
Un jour, près de Suez, il vit devant la tente d'un clieik deux dromadaires sellés et bridés. Voulant savoir si ce qu'on disait de la rapidité et de la docilité de ces animaux était vrai , il dit à Eugène de Beauliarnais et à Edouard Colbert de les monter et de les faire courir. « A peine étions-nous perchés sur cette monture d'une nouvelle espèce, raconte le général Colbert dans ses Souvenirs inédits, que Bonaparte, sa cravache à la main, lançant son cheval après nous, cherchant à nous atteindre, se mit à nous poui-suivre, mais sans pouvoir nous joindre, bien qu'il montât un excellent cheval. Cette plaisanterie eut des suites sérieuses. Frappé de la légèreté de ces animaux, de leur sobriété, de leur résistance à la fatigue, il conçut tout de suite l'idée de les utiliser, d Les Arabes bédouins, en effet, inquiétaient souvent les derrières de l'armée et venaient jusque dans les faubourgs du Caii'e commettre des vols et des assassinats. Grâce à la vitesse supérieure de leurs chevaux, ils parvenaient presque toujours à échapper aux poursuites de la cavalerie française. Le général Bonaparte tenait à mettre un terme à ces incursions ; sa pensée fut bientôt réalisée, et l'armée, par un arrêté du 9 janvier 1799, fut augmentée d'un régiment de dromadaires à quatre escadrons composés d'hommes d'élite montés sur ces animaux. Chaque chameau portait des \i\res et de l'eau pour cinq ou six jours. Il était monté souvent par deux hommes placés dos à dos.