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SITUATION POLITIQUE DE LA FRANCE

czar, les places du Piémont que l'armée austro-russe avait reconquises, il ne i)ut continuer à se faire illusion sur le but purement égoïste que poursuivaient ses alliés. Les victoires de Brune et de Masséna augmentèrent son mécontentement. Nos succès, en effet, pouvaient être attribués en grande partie aux fautes militaires des Autrichiens,

Fig. 76. — Le pape arrêté par la cavalerie française et reconduit à Vérone.

qui semblaient avoir sacrifié les Russes. Il saisit le prétexte de refus que firent ses alliés de lui livrer Ancôiie pour sortir d'une alliance où il ne tenait plus, disait-il, le rang qui lui appartenait. Il rappela même les 10.000 hommes qu'il avait, avec l'assentiment des Anglais, envoyés dans les îles de Jersey et de Guernesey pour soutenir au besoin un soulèvement royaliste qu'on espérait en Bretagne.

« La France, dit M. A. Lefebvre (Histoire des cabinets de l'Europe pendant le Consulat et VEmjnre), la France était donc sauvée d'un péril immense et prochain ; mais sa situation n'en restait pas moins déplorable. L'édifice qu'elle avait élevé à Campo-Formio était renversé : elle était expulsée de l'Italie et menacée de perdre ses conquêtes sur la rivegauche du Rhin. L'attitude de la Pi-usse continuait de l'inquiéter;

cette couronne persistait dans la résolution d'occuper les duchés de Clèves et de Gueldre, et ses troupes restaient cantonnées dans le voisinage du Rhin, n'attendant qu'un ordre de Berlin pour franchir le fleuve et envahir le territoire français. »

D'autre part, l'armée d'Italie continuait à être malheureuse, et bientôt la bataille de Genola perdue par Championnet (4nov.), nous rejetait définitivement de l'autre côté des Alpes et amenait les Autrichiens sur le Var.

La situation intérieure de la France était loin d'être meilleure. Le gouvernement perdait chaque jour de son autorité, il n'était ni estimé, ni craint. La constitution de l'an III, violée au 18 fructidor, au 22 prairial, au 30 floréal, ne pouvait offrir aucune sécurité politique. Un agiotage, tel qu'on n'en avait pas vu en France depuis le système de Law et qui profitait surtout aux amis et même aux agents du gouvernement, amenait la formation rapide de fortunes d'autant plus scandaleuses qu'elles insultaient à la misère générale. Les grandes opérations financières des mandats territoriaux et du tiers consolidé avaient eu pour résultat, la première, de mettre finaux assignats, la seconde, d'éviter une banqueroute totale en sacrifiant trop facilement, il est vrai, une partie des droits des créanciers de l'État. Ces mesures auraient été moins impopulaires à cause de leurs heureuses conséquences, si elles n'avaient pas été pour quelques-uns l'occasion de bénéfices énormes fondés sur les pertes de leurs concitoyens. On pouvait craindre qu'il ne se formât alors une sorte d'aristocratie, financière d'origine, qui aurait eu en sa possession la plus grande partie des biens nationaux. Presque toutes les terres non encore vendues passèrent, en effet, à la suite de la liquidation financière de l'an III et de l'an IV, dans un très petit nombre de mains. Ce ne fut que plus tard, par une seconde vente, que ces biens se morcelèrent entre les mains des paysans, lorsque les premiers propriétaires commencèrent à craindre que l'œuvre de la Révolution ne fiit pas durable sur ce point, et qu'une restauration monarchique n'annulât les ventes de biens nationaux.

Nous pouvons nous faire une idée exacte de la situation de la France à cette époque par les Rapports de la police de Paris, pendant la période révolutionnaire , publiés par Schmidt (Leipzig, in-8°) et par

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