TRISTE ETAT DES FINANCES
l'ouvrage intitulé : L'Etat de la France au 18 brumaire, dans lequel M. Rocquain a réuni les rapports confidentiels des commissaires délégués en l'an IX dans les différentes parties du territoire. Nous y ajouterons l'ouvrage de M. René Stourm : Les Finances de V ancien régime et de la Bévolution. Nous remarquerons que le Directoire ne doit pas être rendu seul responsable de tous les abus que nous rapportons et dont plusieurs étaient pour lui le triste héritage des années précédentes.
Fig. 77. — Le café politique. D'après uae gravure du temps.
Les services publics semblaient suspendus presque partout et l'on allait à l'anarchie par la faiblesse. Les contributions ne rentraient plus. La corruption , s'appuyant sur l'esprit de parti, avait faussé presque partout la répartition de l'impôt foncier. Les agents municipaux avaient en maint endroit fait décharger leurs terres et celles de leurs amis pour surcharger celles de leurs ennemis. On en trouva même, parmi celles appartenant aux républicains les plus purs, qui n'acquittaient depuis dix ans aucune imposition. Les livres des percepteurs montraient des traces visibles de fraudes et de dilapidations de toute espèce.
Les fonctionnaires, avilis par l'esprit de dénonciation, menacés sans cesse dans leur position et môme dans leur vie, n'étaient payés qu'en assignats. A chaque instant les Conseils législatifs reçoivent l'expression de leurs plaintes; on se contente de renvoyer leurs pétitions à des commissions qui n'aboutissent à rien.
Un message du président du Directoire aux Conseils (15 octobre 1798, — 24 vendémiaire an VII) constate que dans la plupart des départements il est dû aux magistrats, -sans parler des années précédentes, six à neuf mois et même la totalité de leurs appointements de l'an VI ; on n'a pas même remboursé aux juges de paix les avances qu'ils ont bien voulu faire pour l'entretien de leurs bureaux. Aussi un grand nombre de fonctionnaires, dans l'impossibilité de tenir leur poste, donnent leur démission. Pour d'autres, malheureusement, la démoralisation résultant du manque d'autorité et de la misère amènent des actes d'improbité fort rares dans l'administration française. Ils spéculent sur les fonds qui leur sont confiés. «L'art de faire sortir promptement les fonds des caisses publiques, disait en février 1799 un membre du Conseil des Cinq-Cents, est presqu'aussi difficile que celui de les y faire rentrer, )) et une circulaire du ministre des finances du 25 floréal an VIII signale l'agiotage effréné auquel se livrent un certain nombre de percepteurs comme un scandale public.
Il est facile de juger d'après cela ce que devaient être les malversa- ' tions dans les opérations où la surveillance était plus difficile, tels que les marchés de fournitures. Dans de telles conditions on peut se figurer ce qu'était l'état du crédit public ; la rente consolidée 5 % s'offrait à 11 francs.
Les soldats n'étaient pas plus favorisés que les fonctionnaires civils. Les armées ne vivaient le plus souvent, même sur le territoire français, que de réquisitions : pas d'approvisionnements, la plupart du temps pas de solde. L'armée d'Italie surtout était de nouveau dans une misère extrême. L'abbé C... raconte dans son journal qu'il lui fallut être prisonnier des Autrichiens pour toucher la demi-solde de son grade. Il était alors caporal et avait été fait prisonnier pendant le blocus de Gênes. « Cet incident financier nous fut d'autant plus