‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 87 sur 389 · MISERE GENERALE · texte numérisé non relu

MISERE GENERALE

agréable, dit-il, que depuis longtemps nous ne recevions rien de la République. » Aussi ne faut-il pas s'étonner du nombre sans cesse croissant des réfractaires et des déserteurs.

La misère de l'armée et de l'administration était l'image de la misère nationale. Cette misère semblait encore devoir s'accroître, car il n'y avait presque plus de capital en réserve, et le travail qui

Fig. 78.

La faction incroyable I Caricature da temps.

peut le reformer était presque partout suspendu. Les industries françaises, autrefois les plus prospères, avaient peine à conserver quelques restes de vie. Cela n'avait pas lieu d'étonner pour les fabrications de luxe, telles que les dentelles de l'Orne, du Calvados et du Nord, mais il en était de même pour les objets de première nécessité, les papiers de la Charente, les draps de l'Eure, les toiles de Bretagne. A Lyon, au lieu des 14.777 métiers pour les étoffes de soie qui existaient en 1788, il n'y en avait plus, en l'an VIII, que 1.000 en activité.

HAPOLiOX I".

L'absence de sécurité, qui s'ajoutait à la pauvreté générale pour arrêter les affaires, provenait de deux causes, l'une morale, l'autre matérielle. La première était le peu de probité des négociants, qui, voyant l'État donner l'exemple, hésitaient peu à manquer à leurs engagements, et n'éprouvaient aucun scrupule à faire banqueroute. La seconde était la difficulté des transports et des communications.

L'ensablement de plusieurs ports, comme ceux de Rochefort et de la Rochelle, menaçait d'entraver complètement l'entrée des bassins ; les jetées et les môles menaçaient ruine. Là même où l'entretien des travaux existants était le plus nécessaire et où leur destruction pouvait amener les plus affreux désastres, la négligence était aussi grande. Les populations des côtes flamandes vivaient dans les transes perpétuelles ; un fort coup de vent pouvant amener la rupture des digues qui, seules, empêchaient le pays d'être submergé. Les canaux s'envasaient; les ponts étaient en ruines; mais c'est surtout pour les routes que le mal était sensible.

« Les plaintes sur ce point, dit Fourcroy, se font entendre d'un bout à l'autre de la France ; les chaussées sont détruites presque partout : elles n'ont plus d'encaissement. Les pierres en sont écartées, déplacées, broyées; une boue liquide les remplace. Des ornières profondes, inégales et multipliées sillonnent de toutes parts la route et n'en sont pas cependant les parties les plus dangereuses. Des trous de plusieurs mètres d'étendue et de cavité, remplis d'une terre molle qui en cache l'existence et l'entrée, forment de fréquents précipices où les voitures peuvent être englouties lorsque les conducteurs ne les connaissent pas exactement et ne savent pas les éviter. Ce malheur devient presque inévitable lorsque deux voitures se rencontrent et sont obligées de se croiser ; aussi est-il très commun de trouver des charrettes ou des carrosses renversés ou enfoncés de manière que, pour les tirer de ces trous lorsqu'ils ne sont qu'embourbés, il faut en creuser le devant, ce qui dégrade de plus en plus le chemin, et ensuite doubler le nombre des chevaux qui y sont attelés ou y ajouter la force de plusieurs paires de bœufs. »

Les difficultés des communications favorisaient les entreprises des bandes de brigands, épaves de la misère et de la paresse, écume de la Révolution et de la guerre. Elles désolaient les campagnes et n'hésitaient pas même à pousser leurs expéditions jusque dans les faubourgs des grandes villes. Depuis les guerres de religion, peut-être.

Page 1