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LE BRIGANDAGE

on n'avait rien vu de pareil. Les Chauffeurs ont laissé surtout un renom sinistre. Leur principal repaire était dans la forêt d'Orgères, à 40 kilomètres de Chartres. La passion politique avait pris elle-même la forme d'un brigandage qui ne se distinguait guère de l'autre que parce qu'il était mieux armé et causait plus de maux. La chouanne-

Fig.

Faïade «n Camnuel, en 1796.

rie dans l'Ouest, les Compagnons de Jéhu dans le Sud-Est couvraient du nom de représailles politiques les attentats les plus odieux. « La chouannerie, disait Fourcroy, ne doit pas être confondue avec les anciens Vendéens, » et il remarquait qu'il n'y en avait pas dans la Vendée proprement dite, dans le pays ((. de la grande guerre ».

Les compagnons de Jéhu étaient une association formée après le 9 thermidor; elle avait à sa tête des gens d'un rang élevé et comprenait des muscadins qui accomplissaient à date fixe, en plein jour, le

meurtre des anciens terroristes ou de ceux qu'ils avaient intérêt à regarder comme tels. On voyait des jeunes gens parfumés, soignés dans toute leur personne, quitter une partie de bouillotte pour aller à une partie d'extermination commandée, et conserver à leur retour sur leurs mains blanches une petite trace du sang de leur victime comme une marque d'honneur. Les populations assistaient terrifiées ou indifférentes à ces crimes, dont la période jacobine leur avait donné l'habitude.

Bien plus, les brigands étaient protégés par les populations ellesmêmes. S'ils étaient livrés aux tribunaux, on ne trouvait ni dénonciateur, ni témoins pour les accuser, ni jurés pour les condamner. Ou était réduit, pour voyager dans certaines contrées, à prendre des saufsconduits des chefs de brigands et de payer un prix arbitraire. L'audace de ces chefs était telle que, à certains endroits des routes, ils affichaient des placards avertissant les voituriers qu'ils auraient à livrer 100 francs, non pas en assignats, mais en or, sous peine d'être passés par les armes. Dans l'Ouest et surtout dans le bassin du Ehône, le brigandage semblait être devenu une profession comme une autre ; il y avait des communes qui servaient publiquement de résidence à ceux qui l'exerçaient. Dans un village de la Vaucluse, cinq bandits, auteurs chacun de douze à quinze assassinats, ayant été arrêtés, on organisa une souscription pour les sauver et, malgré la misère qui régnait alors, elle réunit bientôt 50.000 francs. « Tous les jours, dit Barbé-Marbois , on me rapportait que quelques habitants avaient été tués, une diligence pillée. A l'indifférence avec laquelle ces événements sont racontés, on croirait que ces pays ainsi troublés sont dans leur état naturel. » Comment, en effet, les communes, celles mêmes qui souffraient du brigandage, s'en seraient-elles indignées lorsque plusieurs d'entre elles l'exerçaient en grand contre les biens de l'Etat? En plein jour, des communes entières, avec charrettes et chevaux, se rendaient dans les forêts municipales et nationales et y coupaient à tort et à travers tout le bois qu'elles pouvaient emporter. Dans le département de l'Ain seulement, deux cent onze scieries étaient entretenues ainsi à bon compte. Les populations donnèrent là la triste mesure, non seulement de leur démorahsation ,

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