LITTÉRATURE. — MUSIQUE
tion du temps dans la littérature qui s'adressait aux esprits cultivés et au public des salons, dans cette poésie de forme classique et très soignée qui affectait de se montrer froidement licencieuse et, n'ayant pas même pour excuse la violence de la passion, semble se faire gloire de la perversité du cœur et de l'esprit. Un critique qu'on n'accusera pas de rigorisme, Sainte-Beuve, a pu dire que la littérature avait aussi besoin de son 18 brumaire.
Fig. 81. — Pillage d'une auberge. D'après une estamiw de la collection Hennin.
Pour les arts, il n'en était pas de môme ; leur inspiration restait en général sérieuse et élevée. En 1789, ils avaient déjà victorieusement accompli la révolution que la politique et la société attendaient encore, et la France nouvelle se trouva ainsi avoir dès l'origine les arts qui lui convenaient.
Dans la musique, l'école austère de Gluck s'était maintenue pendant que la littérature s'abaissait. Le gouvernement républicain était comme le législateur antique, convaincu de l'influence que la musique peut avoir sur les mœurs : c'était l'art essentiellement populaire, celui qui pouvait le plus directement se mêler à la vie de la nation tout entière , dans les fêtes nationales comme dans les camps. Méhul, Gossec, Chérubini, Catel composaient pour les cérémonies publiques des œuvres grandioses , quelquefois même sublimes, telles que le Chant dit 14 juillet 1790, de Gossec, exécuté à la fête de
la Fédération. Cette hauteur d'inspiration n'a pas diminué sous le Directoire, comme en témoigne \ Hymne funèbre sur la mort du général Hoche, composé par Chérubini sur les paroles du poète officiel de la Révolution, Joseph Chénier. C'est toujours la Marseillaise de Rouget de l'Isle, c'est le Chant du Départ de Méhul, moins passionné, mais plus noble et d'un patriotisme plus général, qui excitent et soutiennent nos soldats au milieu des batailles. Les musiciens gracieux qui venaient de créer le genre français de l'opéra-comique enflent leur voix. Grétry laisse là Babet ou Colombine et écrit un Guillaume Tell (1791) avec l'ancien librettiste de Rose et Colas, Sedaine. La chanson de Roland, épisode du livret de Guillaume Tell, qui nous paraît bien naïf, fut populaire avec son refrain :
Mourons pour la Patrie.
Un jour de gloire vaut cent ans de vie.
Puis un auteur dont on ne s'attendrait guère à voir le nom ici, celui qui fit un art et presque une science des plaisirs de la table. Brillât- Savarin, compose les paroles et la musique d'un chant funèbre sur la mort du député Féraud, menacé par les factieux le l""" prairial an IV (20 mai 1795). Enfin, de même que l'on fit plus tard des cantiques avec des airs d'opéras, on adapte des paroles patriotiques et guerrières à des romances de salon que leur succès a mis dans toutes les mémoires (1). L'air Vous qui d'amoureuse aventure, tiré de Renaud d'Ast, opéra-comique de « l'élégant et sensible » Dalayrac, devient le chant de Veillons au salut de F empire, qui, par une destinée vraiment singulière, échappa longtemps aux vicissitudes politiques, et, après avoir été un des airs nationaux de la République dès 1792, et avoir conservé son rôle jusqu'à la fin de ce régime, dut à son premier vers et au vague de sou style de pouvoir devenir aussi le chant officiel du gouvernement jmpérial. Introduit avec d'heureuses modifications par Gossec dans son Offrande
(1) Voir la conférence de M. Tiersot à la Société historique (cercle Saint-Simon), publiée dans le Bulletin de la Société, n»» des 12 mai, 18 juin 1886.