‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 91 sur 389 · PEINTURE · texte numérisé non relu

PEINTURE

à la Liberté (1792), il était joué encore pendant la retraite de Russie, sur les bords du Dnieper, par les quelques musiciens survivants de la Grande Armée,

Les arts du dessin avaient le même caractère que l'art musical Le tableau de David le Serment des Horaces , exposé en 1785, marquait une époque dans l'histoire de l'art français, non pas tant par le mérite de l'œuvre que par le succès qu'elle avait obtemi. Ce succès

Fig. 82. — Tabatière à la Uadame Angot. Collection de U. Ma».

montrait en effet que l'école nouvelle, adversaire de l'école de Boucher appelée alors école académique (les mots ont quelquefois une destinée singulière!), avait gagné le goût public. Le changement était même si complet que les peintres légers qui jouissaient jusque-là de la faveur du public durent abandonner leurs sujets habituels : Fragonard, l'auteur de l'Escarpolette, du Verrou, de laFontaine d amour, prouvait que la souplesse de son imagination était égale à celle de son pinceau, en célébrant les joies pures de la famille dans le Berceau, V Heureuse Fécondité, et surtout V Heureuse Mère, que le peintre de la Guimard dédia à la Patrie.

Les expositions du Salon, interrompues pendant la Terreur, avaient été réouvertes après le 9 thermidor, en vendémiaire 1795. L'achat

SAPOLÉOS l". Sg

des œuvres de peinture et de sculpture rej^renait de l'activité. Mais si l'on considère l'ensemble de la nation, jamais les intérêts intellectuels n'avaient été plus négligés. Jamais l'instruction publique, sous l'ancien régime, n'avait été dans un état plus déplorable.

Pour l'Assistance publique, tous les commissaires témoignent de la détresse des hôpitaux , du nombre considérable des enfants abandonnés et de leur effroyable mortalité par suite de la misère. « Ces enfants abandonnés coûtent beaucoup au trésor, écrivait Regnaud de Saint-Jean d'Angely, ou plutôt, ils lui coûteront beaucoup quand il paiera. » Fourcroy estime que si l'Etat eût voulu payer seulement aux nourrices la moitié de l'arriéré qui leur était dû, la somme se serait élevée à vingtcinq millions.

Pour faible qu'il fût, le gouvernement du Directoire n'en était pas moins violent; on sait avec quelle âpreté de vengeance et quelle absence de scrupule il frappait ses adversaires lorsqu'il était en état de le faire. Le 18 fructidor était là pour le dire, et, tout récemment encore, l'odieuse loi des otages , qui rendait responsables des agissements des émigrés leurs parents restés en France. On put croire, à partir de fructidor, que la Terreur était revenue sous inie autre forme et qu'il n'y aurait entre les deux régimes d'autre différence que celle que l'on peut mettre (( entre tuer et faire mourir ». M, V. Pierre, dans l'ouvrage récent intitulé précisément la Terreur sous le Directoire, rappelle qu'il y eut plusieurs milliers d'arrêts de déportation ; l'on envoyait les coupables dans des régions insalubres oii la mort était presque certaine. Aussi appelait-on la Guyane « la guillotine sèche ». On ne s'en tenait pas là d'ailleurs, et si on ne guillotinait plus on fusillait encore. La Revellière , le mystique théophilanthrope, et Merlin le légiste étaient les principaux auteurs de ces mesures. Un des défenseurs du régime, l'abbé Grégoire, a pu dire : « Que le Directoire ait été persécuteur, qu'il l'ait été avec acharnement et avec fureur, c'est un fait indéniable. »

Les forces vives de la France semblaient atteintes, et partout les rapports envoyés au gouvernement signalent, non seulement un mécontentement, mais un découragement épidémique. Ces sentiments domi-

Page 1