‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 92 sur 389 · AFF»A.IBLISSEMENT DE L'ESPRIT PUBLIC · texte numérisé non relu

AFF»A.IBLISSEMENT DE L'ESPRIT PUBLIC

nent à Paris même ; c'est le commissaire du Directoire près l'administration du département de la Seine qui écrit : « L'esprit public est dans une léthargie qui fait craindre son entier anéantissement. Nos revers ou nos succès ne font naître ni joie ni inquiétude. Il semble qu'en lisant le récit de nos batailles on lise l'histoire d'un autre peuple. Les changements de notre situation intérieure n'excitent pas plus d'émotion. On se questionne par curiosité, on répond sans intérêt , on apprend avec indifférence. Quels sont les moyens de

PIg. 83. — Le général Hoche, mort au camp de Wetzlar, le 18 septembre 1797.

faire cesser ce sommeil de mort? b Cela était écrit un an avant le 18 brumaire.

II semblait alors qu'on s'en tînt aux plaintes et à la satire contre le nouveau gouvernement : on se contentait de répéter avec plus ou moins de mystère les chansons d'Ange Pitou, telles que son célèbre Père Hilarion, qu'il chanta le 1" janvier 1797 et qui fut une des principales causes de sa déportation.

Peuple français, peuple de frères, SoufErez que père Hilarion Turlupiné dans vos parterres, Vous fasse ici sa motion (bis).

Il vient sans fiel et sans critique , Et sans fanatiques desseins , Comparer tous les Capucins Aux frères de la République..

Nous renonçons à la richesse , Par la loi de notre couvent :

Votre code, plein de sagesse , Vous en fait faire tout autant.

Comme dans l'ordre séraphique, Ne faut-il pas , en vérité , Faire le vœu de pauvreté Pour vivre dans la République?

On nous ordonne l'abstinence Dedans notre institut pieux :

N'observe-t-on pas dans la France Le jeûne le plus rigoureux?

Dans votre carême civique Vous surpassez le capucin.

En vivant d'une once de pain Vous jeûniez pour la République.

Nous avons notre discipline,

Instrument de correction :

Vous avez votre guillotine ,

Fraternelle conviction.

Ce châtiment patriotique

Est bien sûr de tous ses effets ;

11 n'en faut qu'un coup, pour jamais

Ne manquer à la République.

Bientôt on ne s'en tint plus aux chansons ni aux intrigues : le mécontentement croissant rendait du courage. Le Languedoc et les Cévennes s'agitaient, l'Anjou, le Poitou, le Maine, une partie de la Normandie étaient au moment de s'insurger. A Paris, le Directoire était menacé par les royalistes et les jacobins. Vainement le nouveau ministre de la police, Fouclié, sur lequel les jacobins croyaient pouvoir compter, se tourne-t-il contre eux, fait fermer le club du Manège et arrêter les auteurs de onze journaux hostiles au Directoire ; la guerre civile est imminente et Sieyès exprimait l'opinion générale, lorsqu'il disait qu'il fallait, pour sauver la France, une tête et une épée.

Arrêter et consacrer à la fois le mouvement révolutionnaire en revenant, sous une forme ou sous une autre, à un pouvoir de caractère monarchique, mais en dehors de l'ancienne maison de France,

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