‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 94 sur 389 · PROJETS DE SIEYES · texte numérisé non relu

PROJETS DE SIEYES

il reconnut bien que, pas plus à la Convention qu'à la Constituante, il ne pouvait faire triompher de toutes pièces les plans politiques et sociaux, qu'il avait méthodiquement élaborés; aussi, quoiqu'il ait eu une grande influence dans les débats, il conçut une haine froide et implacable contre la Constitution de l'an III, qui trompait encore une fois

Fig. 88. — Leduc de Brunswick. D'après un tableau du temps.

son espoir. Sieyè^ admettait bien qu'on rejetât en bloc son système politique, car cette conduite montrait assez qu'on ne le comprenait pas. Mais qu'on fît des restrictions, qu'on le discutât dans ses diverses parties en prétendant l'avoir compris, cela était intolérable. Daunou, qui était son collègue à l'Institut, a remarqué que dans les séances de la docte assemblée, il prenait volontiers la parole sur des sujets de philosophie, jamais en matière de science politique; c'était un point sur lequel ses idées n'admettaient pas de discussion.

Pour renverser la constitution directoriale et arriver à son but, il avait songé à Hoche, à Championnet, à Jourdan peut-être, plus sérieusement à Joubert. C'était Fouché, à qui on ne refusera pas non plus le génie de l'intrigue , qui lui avait proposé Joubert. « Car il était temps, disait-il , et cette parole est bien singulière dans la bouche de l'oratorien défroqué, mitrailleur de Lyon et futur duc d'Otrante, il était temps que cette démocratie sans but et sans règle fit place à l'aristocratie répubhcaine, au gouvernement des sages, le seul qui pût s'établir et se consolider. » Sieyès contribua à faire épouser à Joubert M"' Zéphyrine de Montholon, la belle-fille de M. de Sémonville, que les diverses révolutions ont vu toujours si em^sressé à jouer sans éclat un rôle profitable, puis il lui fit donner le commandement de l'armée d'Italie, pour qu'il eût occasion d'y acquérir un renom militaire plus éclatant ; mais le jeune général tomba mortellement frappé sur le champ de bataille de Novi. Le retour de Bonaparte ne pouvait laisser d'incertitude : c'était bien l'homme attendu. Sieyès lui trouvait peut-être trop de gloire et d'autorité pour ce qu'il voulait en faire, mais ce choix lui était imposé, a Car au milieu de cette agitation et de ce choc des passions , il n'y avait réellement qu'une seule et grande conspiration, c'était celle du peuple français contre ses oppresseurs (1), » et Bonaparte était le chef que la nation désignait.

Telle était la situation des esprits lorsque le vainqueur de l'Egypte débarqua à Fréjus. Sa fortune avait failli être arrêtée au dernier ■ moment. La petite escadre de Bonaparte était en vue des îles d'Hyères lorsqu'elle fut aperçue, au soleil couchant, par sept vaisseaux de guerre anglais qui lui donnèrent la chasse. Trompés par la brume, qui ne leur permettait pas de distinguer l'orientation des voiles , les Anglais crurent que cette escadre cherchait à gagner le large et à s'éloigner de Toulon ; Bonaparte put ainsi leur échapper en se contentant de modifier sa direction et en abordant à Fréjus.

Il y est accueilli avec des transports de joie. « On accourt de tous côtés, dit un témoin oculaire, Marmont, des barques nous entourent,

(1) Bail, Histoire politique et morale des révolutions de France.

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