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LA CHUTE DE L’EMPIHE

villes hanséaliqiics, la Hollande, le mécontentement éclatait en séditions cl en tumultes ; et les exécutions ordonnées par Napoléon, tout en imprimant la terreur, ne faisaient qu’augmenter la haine.

L’Allemagne, témoin du désastre de l'armée de Napoléon, tressaillit de joie et sentit renaître l’espérance et le courage. Les troupes prussiennes, qui avaient été forcées de prendre part à la campagne de Russie, se livrèrent à une joie délirante en apprenant la convention conclue à Taurogen (janvier 1813) entre leur général, York, et le général russe Diébitch; et la défection du général prussien causa dans toute l’Allemagne une émotion extraordinaire. Depuis plusieurs années, ce pays s’était couvert de sociétés secrétes, dont le but était de développer dans les âmes le sentiment de la patrie allemande et de préparer l’affranchissement de cette patrie (1). L’exaltation, entretenue par ces sociétés, particuliérement par celle qu’on désignait sous le nom de Tugmdbund {Ligue de la vertu), n’alteridait que le moment favorable pour éclater et se répandre. Ce moment était venu. L'entraînement fut général. M. ïhiers le compare justement à celui qui s’était produit en France en 1792, à l’apparition du duc de Hrunswick; mais il en trace un tableau bien pAle et bien incomplet. Croirait-on que cet historien, si prodigue de détails (quand il s’agit, il est vrai, des choses de la guerre), ne nomme même pas des poètes tels que Kœrner, Arndt, IJhland, dont les ch&nts patriotiques eurent un si grand retentissement et une si grande influence, ni un professeur tel que Fichte, dont les Discours à la nation allemande furent comme les Philippiques de l’Allemagne (2). Je ne puis moi-méme refaire ici ce tableau ; je me borne à constater le mouvement. 11 finit par entraîner le roi de Prusse, qui avait commencé par désavouer le général York et

(1) Sur l’insurrcclion de l’Allemagne, voy. VHisloiro do la guerre de 1813 en Allemagne par le lieutenant-colonel Charras (Leipzig, 18GC), ouvrage qu'une mort prématurée a si malheureusement interrompu, mais qui, tout incomplet qu’il est, n’en contient pas moins, suivant la remarque do V. CiiaufTour (Préface, p. ni), toute la pensée de riiistoricn et la haute moralité qu’il était destiné à enseigner. — Mais en renvoyant le public français à ce beau livre, j’oublie qu’il lui est interdit de le lire. »

(2) Voyez dans le travail que j’ai publié en tete de ma traduction des Considérations sur la Itévolulion française, par Fichte, les extraits que j’ai donnés de ces Discours, p. lxxi et suiv.

JUI.ES DARM, 8

clail demeuré quelque temps fort perplexe, mais à qui la politique de Napoléon ne permit pas de résistera l’ardeur du peuple prussien. Lorsque parurent enfin les édits (des 3, 9 et li février 1813) qui appelaient aux armes la population, ils trouvèrent tous les cœurs déjà embrasés du feu du patriotisme et tous les bras prêts à s’armer. La Prusse ne fut bientôt plus qu’un vaste camp. Alors se forma une nouvelle coalition où, parmi les puissances de l'Allemagne, la Prusse unit seule d’abord ses armes à celles de la Russie et de la Suède, mais où entrèrent bientôt à leur tour, grâce à la folle politique de Napoléon, les autres puissances allemandes et l’Autriche elle-même, qui s’était d’abord proposée comme médiatrice.

Napoléon, après avoir rassemblé de nouvelles forces et avoir constitué un conseil de régence, courut en Allemagne, et battit les coalisés dans la sanglante journée de Lutzeu, où il perdit environ vingt-cinq mille hommes, tués ou blessés, et dans celle de Bautzen, qui ne coûta ^as moins cher. Mais ces victoires, achetées au prix de tant de sang, devaient demeurer stériles, ou plutôt elles ne devaient pas moins le conduire à sa perte que si elles avaient été pour lui des défaites. 11 crut qu’en continuant lu guerre il allait redevenir le maître de l’Allemagne et de l’Europe; et, dans son fol orgueil, il repoussa les conditions de paix qui lui furent offertes au congrès de Prague, quelque avantageuses qu’elles fussent pour la France, à qui elles laissaient, non-seulement ses frontières naturelles, mais plusieurs des annexes qu’il lui 'avait données bien inutilement. Ces propositions froissaient son orgueil : au risque de se perdre tout à fait et de ruiner la France avec lui, il ne voulait d’autre paix que celle dont il dicterait lui-même toutes les conditions à l’Europe humiliée. Aussi le congrès de Prague ne fut-il pour lui qu’un moyen de gagner du temps, afin de préparer de nouveaux armements, moyen maladroit, d’ailleurs, car si Napoléon gagnait par là du temps, il en laissait aussi à ses ennemis pour réunir leurs forces. Je n’insiste pas sur celte dernière faute ; mais on ne saurait trop accuser l’aveugle orgueil dont il fit preuve en cette circonstance. Le ministre autrichien, M. de Mettcrnich, au sortir d’une entrevue qu’il eut avec Napoléon à Dresde le 28 juin 1813, et où il tenta vainement de l’amener à signer la paix, disait à Bertbier', qui lui demandait s'il était content de l’Empereur : « Oui, j’en suis con-

Diyû oy V.

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