‹ Napoléon IerChapitre 24 sur 56 · LES CENT- JOURS · texte numérisé non relu

LES CENT- JOURS

connaît M. Thiers (page 457); elle décelait aussi une arrièrepensée despotique.

Le titre donné par Napoléon au nouvel acte constitutionnel entraînait d’ailleurs une conséquence à laquelle, par la même raison, il tenait absolument : c’était de le dispenser de recourir à une assemblée nationale qui, en discutant et en votant, après un libre examen, la nouvelle constitution, en aurait fait son œuvre et lui aurait ainsi enlevé cet acte de souveraineté, ou tout au moins l’aurait partagé avec lui. 11 consentait bien à se soumettre, au moins pour le moment, à une nouvelle Constitution, mais il la condition de l’octroyer en quelque sorte lui-même, comme Louis XVllI avait fait pour la Charte; et quoiqu’il affectât en ce moment de s’appuyer sur le printipe de la souveraineté de la nation, il voulait conserver dans cet acte fondamental la réalité de cette souveraineté, sauf à soumettre son œuvre à la vaine formalité d’un de ces votes qui se faisaient sur des registres ouverts aux secrétariats des mairies et des administrations, et qui avaient successivement sanctionné tous les sénatus-consultes du Consulat et de l’Cmpire. Seulement il imagina un champ de mai, où le recensement des voles eûnsi recueillis devait se faire solennellement en présence de tous les membres des collèges électoraux qui voudraient se rendre à Paris, et où l’Kmpéreur devait recevoir et prêter un nouveau serment; inaiscette solennité n’était qu’une nouvelle manière d’escamoter la souveraineté nationale.

Aussi n’est-on pas étonné quand on voit Leffet que produisit sur les contemporains la publication de l'Acte additionnel, quelques dispositions libérales qu’il contînt d’ailleurs. Le litre même qui rattachait cette nouvelle Constitution à celles de l’Empire, si justement détestées, et que commentait encore le préambule en rappelant comme des monuments de gloire ces odieuses Constitutions; le mode d'acceptation renouvelé du Consulat et de l’Empire, sauf la vaine cérémonie du champ de mai; le maintien de la consfiscation ; l’hérédité de la pairie, celte institution attentatoire au principe de l’égalité et par là si impopulaire eu France, etc.; tout cela était bien fait, il faut en convenir, pour ouvrir les yeux sur les vrais sentiments de Napoléon. Ceux qui avaient cru d’abord à sa conversion ne purent persister plus longtemps dans leur, erreur. La publication de l'Acte additionnel fut, comme le reconnaît M. Thiers lui-même (p. 449), « une

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déception universelle et cruelle ^ « Je ne me rappelle pas, dit un témoin trùs-favorable à Napoléon, M. Hobbouse (1), avoir jamais vu, dans ce que l’homme est porté à nommer l’opinion publique, uci changement pareil à celui qui eut lieu à Paris, lorsque parut VActe additionnel. » — « L’effet, dit Thibaudeau (‘2), fut prompt comme la foudre : à l’enthousiasme des patriotes succéda incontinent un froid glacial; ils tombèrent dans le découragement, ne prévirent que malheurs et s’y résignèrent. »

Les contemporains ne se montraient-ils pas ici plus clairvoyants que ne le suppose M. Thiers et qu’il ne l’est lui-méme en affirmant qu’ilg se trompaient sur les vraies dispositions de Napoléon, et que celui-ci était en effet corrigé par l’expérience et l’adversité ? Je crois hn avoir dit assez pour prouver qu’il n’était nullement changé, et que, en parlant liberté, en quittant le rôle d’empereur absolu pour prendre celui de monarque constitutionnel, il ne faisait que se conformer à contre-cœur aux nécessités du moment, en attendant que les circonstances lui permissent de rentrer dans s'jn ancien rôle.

Benjamin Constant lui-méme, le rédacteur de VAcle additionnel, était loin d’étre sans défiance à l’égard de Napoléon. U en était de même, en général, de ceux qui, parmi les amis de la liberté, crurent devoir adhérer à cet acte, et d’abord du glorieux vétéran du parti libéral, de l.a Fayette. Ce dernier, après avoir vivement bldmé le titre, la forme d’acceptation et diverses dispositions à&\' Acte additionnel, ne consentit à y adhérer que lorsque l’assemblée des représentants de la nation eut été convoquée, c’est-à-dire que quand la nation eut été mise en possession de»

, moyens de surveiller, de contenir et au besoin de renverser Napoléon. 11 écrivait à Benjamin Constant, qui venait de lui annoncer le décret ordonnant la réunion des députés et qui lui demandait s’il était satisfait (l*^' mai 181ô) : « Oui, je suis satisfait, el j’aime à vous le dire I » .Mais est-ce la sincérité de Napoléon qui le satisfaisait? Non, c’est que, comme il le dit dans sa réponse à Benjamin Constant, la convocation immédiate d’une assemblée de représentants lui paraissait l’unique moyen de ««-

(t) Cité par M. Duvergier de Hauranne, t. 11, p. 508. (2) Duvergier de Hauranne, t. II, p. 509,

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lut (l). Quant à îa sincérité de Napoléon, elle lui était toujours tellement suspecte, qu’après le vote qui consacrait l’Acte additionnel,. \ivemeul sollicité par Joseph et par d'autres personnages d’aller voir Napoléon, il répondit que n’étant pas en confiance sur les dispositions de V Empereur, se sentant destiné à les combattre, il ne se pressait pas de faire des démarches que Napoléon pourrait prendre pour des engagements. On voit jusqu’où allait même alors la défiance de La Fayette et combien son adhésion était restreinte.

11 ne se fit pas faute d’ailleurs, en consignant son vote sur le registre de sa commune, d’y exprimer nettement scs restrictions : « Le nouvel acte appelé additionnel Ù des ci-devant Constitutions de l’Empire qui, pour la plupart, ne furent jamais soumises à la délibération nationale, est lui-méme présenté par une autorité provisoire, non à la discussion légale, mais à la signature individuelle des citoyens. 11 renferme dos articles que tout ami de la liberté doit, à mon avis, adopter; d’autres que je rejette pour ma part sans que le mode imposé permette de les distinguer, encore moins de les discuter ici, mais que je me réserve de désigner ailleurs. Cependant, comme les droits de la souveraineté du peuple ont été reconnus et qu’ils ne peuvent, non plus que les droits essentiels de chacun de nous, être aliénés sur aucun point, je dis oui malgré les illégalités et sous les réserves cidessus, parce que je veux hAter de tout mon pouvoir la réunion d’une assemblée représentative, ce premier moyen de salut, de défense et d’amendement. »

M. Thiers, obéissant à une sorte départi pris, n’a pas rapporté trf*8-e.\actement les sentiments de La Fayette au sujet de Napoléon et de VActe additionnel, non plus que ceux de Benjamin Constant; à l’égard de M“' de Staël, par suite de la même cause, il a pris juste le contre-pied de la vérité. L’erreur commise ici par M. Thiers a déjà été relevée par l'auteur du livre Coppet et Weimar, et par M. ChaulTour-Kestner (2); mais je tiens A la mettre en lumière à mon tour, parce qu’il s’agit d’une femme illustre non-seulement par son génie, mais par sa résistance au despotisme de Napoléon, et parce qu’un écrivain fort répandu,

(1) Mémoires de La Fayette, t, V, p. 42â.

(2) Réforme littéraire, 23 février 1862.

M. Sainte-Beuve (1), a cru devoir défendre id M. Thiers contre l’auteur de Coppel et Weimar.

Dans ses Considérations sur la Révolution française (V? partie, cbap. xiv), M“‘* de Staël s’exprime ainsi :

M Si c’était un crime de rappeler Bonaparte, c’était une niaiserie de vouloir masquer un tel homme en roi constitutionnel : du moment qu’on le reprenait, il fallait lui donner la dictature militaire, rétablir la conscription, faire lever la nation en masse, enfin ne pas s’embarrasser de la liberté quand l’indépendance était compromise. L’on déconsidérait nécessairement Bonaparte en lui faisant tenir un langage tout contraire à celui qui avait été le sien pendant quinze ans. 11 était clair qu’il ne pouvait proclamer des principes si différents de ceux qu’il avait suivis quand il était tout-puissant, quo parce qu’il y était forcé par les

circonstances Quelques amis de la liberté, chercbant à se faire

illusion à eux-mëmes, ont voulu se justifier de se rattacher à Bonaparte en lui faisant signer une Constitution libre; mais il n’y avait point d’excuse pour servir Bonaparte ailleurs que sur le cbamp de bataille. Une fois les étrangers aux portes de la France, il fallait leur en défendre l’entrée : l’estime de l’Europe ne se regagnait qu'à ce prix. Mais c’était’ dégrader les principes de la liberté que d’en entourer un ci-devant despote ; c’était mettrede l’hypocrjsie dans les plus sincères des vérités humaines. En effet, comment Bonaparte aurait-il supporté la Constitution qu’on lui faisait proclamer? Lorsque des ministres responsables se seraient refusés à sa volonté, qu’en aurait-il fait ? Et si ces mêmes ministres avaient été sévèrement accusés par les députés pour lui avoir obéi, comment aurait-il contenu le mouvement involontaire de sa main pour faire signe à ses grenadiers d’aller encore une fois chasser à coups de baïonnettes les représentants d’une autre puissance que la sienne. ...Une grande faute aussi qu’on a fait commettre à Bonaparte, c’est l’établissement d’une Chambre des pairs. L’imitation de la Constitution anglaise, si souvent recommandée, avait enfin saisi les esprits français, et, comme toujours, ils ont porté cette idée à l’extrême ; car une pairie ne peut pas plus se créer du soir au lendemain qu’une dynastie... »

On vient de lire le jugement porté par M™® de Staël sur le

(1) Causwiei du lundi, 12 mai 1862.

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nouveau rôle de Napoléon, sur les quelques amis de la liberté qui s’étaient rattachés il lui, enfin sur la nouvelle Constitution elle-même, l’Acte additionnel ; voici maintenant l’affirmation de M, Thiers :

« M"’“ de Staël, que son rare esprit et sa parfaite connaissance de l’Angleterre garantissaient des erreurs régnantes (sans doute du préjugé contre l’hérédité de la pairie?), approuva hautement l’Acte additionnel (p. 453) (1). »

Cette assertion de M. Thiers paraît bien étrange après le chapitre de M“® de Staël que je viens de rappeler. Quoi ! M“® de Staël qui, dans ce chapitre, s’est exprimée avec cette vivacité sur le compte de ses meilleurs amis (Benjamin Constant et Sismondi), M“" de Staël avait elle-même hautement approuvé l'Acte additionnel! Comment une telle contradiction esUelle possible? Si pourtant le fait est établi, il faut bien l’admettre, quelque impossible qu’il paraisse, suivant l’axiome logique : ab esse ad posse valet consequentia. Mais il faut pour cela de bien fortes preuves, ür, quelles sont celles de M. Thiers? Ce n’est pas sans doute l’autorité du duc de Rovigo, cet instrument des persécutions exercées conire M“® de Staël, appelé ici en témoignage par M. Sainte-Beuve (2). Sur quoi donc se fonde M. Thiers ? 11 parle plus loin (p. 466) de lettres écrites par M™® de Staël pour disposer les ministres anglais 4 la paix et remises à M. Crawford, ministre des États-Unis à Paris, qui, retournant en Amérique pour y occuper le ministère de la guerre, passait par Londres, où il avait des amis et du crédit ; et, analysant le contenu de .ces lettres, il fait dire à M™* de Staël que Napoléon n’était plus un despote isolé dans la nation, mais un monarque libéral appuyé sur la France. Mais la seule pièce sur laquelle M. Thiers puisse s’ap-

(1) Plus haut, M. Thiers a affirmé que, depuis le retour de Napoléon, M”® de Staël n’avait pas quitté sa demeure , tandis qu’il est parfaitement établi qu’elle était partie pour Coppet le 12 mars.

(2) Voici le passage des Mémoires de Rovigo cité par M. Sainte-Beuve : « Les publicistes en étaient satisfaits (de VActe additionnel)-, M”*® de Staël elle-même applaudissait aux garanties qu’il renfermait.» — « Les actes additionnels, écrivait- elle au prince '***, sont tout ce qu’il faut à la France, rien que ce qu’il faut, pas plus qu'il ne faut. » Et comme il faut qu’il y ait toujours quelque chose d’individuel dans ce qui parait le plus indépendant, elle ajoutait ; u Le retour de l’Empereur est prodigieux et surpasse toute imagination ; je vous recommande mon fils. »

puyer ici e*t une lettre publiée dans le recueil de le correspon- ' dance de lord Castclreagh e*t intitulée par l’éditeur : Lettre de

de Sla'él à M. Crawford. Or il est au moins douteux que celle lettre ait été écrite en efl'et par M"' de Staël (l’auteur de Coppet et Weimar a donné contre l’authenticité de celte pièce de trèsfortes raisons que ne détruit nullement l’argumentation de M. Sainte-Beuve); et, en tous cas, elle ne contient pas un mot qui ail trait au libéralisme de Napoléon et à VActe additionnel. Ainsi cette lettre, fût elle de la main même de M™" de Staël, ne prouve absolument rien en faveur de cette affirmation si catégorique, que de Staël avait hautement approuvé l’Acte additionnel ; et l’analyse qu’en donne M. Thiers est absolument inexacte. Que cette fenme illustre ait remis ou envoyé à M. Crawford des lettres destinées A détourner le gouvernement anglais de la guerre qui se préparait contre la France, il n’y aurait là assurément rien que de très-patriotique et de très-louable, je l'accorde sans peine à .M. Sainte-Beuve; mais l’ayocat de M. Thiers déplace ici la question : i) s’agit de savoir si, comme le soutient cet historien, M““ de Staël a jamais approuvé ou patronné la politique soidisant libérale de Napoléon et défendu Y Acte additionnel. «Toute ■ la question est là, » dirai-je à mon tour, en empruntant à M. Sainte-Beuve ses paroles ; toute la question est là entre M^’de Staël etM, Thiers- Or, le document dont s’est servi M. Thiers et que M. Sainte-Beuve reproduit tout entier, ce document, fût-il authentique, ne fournit aucun argument à l’appui de l’assertion de M, Thiers, qui l’a, je le répète, très-inetactement analysé. Ainsi l’inconséquence où serait tombée M"" de Staël (si elle avait commis la même faute) on blâmant, dans scs Considérations sur la Révolution française, ceux des amis de la liberté qui, comme Benjamin Constant et Sismondi, avaient cru devoir se rallier à Bonaparte, cette inconséquence, qu’admet M. Sainte-Beuve, mais qui ne choque guère cet écrivain, ne lui peut être reprochée. Il faut que M. riiiers raye de Staël de la liste des personnes qui ont approuvé l’Acte additionnel.

Nous avons, d’ailleurs, sur les opinionssoutenuespar de Staël pendant la durée môme des Cent-Jouis, son propre témoignage. Elle écrivait le 8 décembre 1815 au sujet de Sismondi (1): «Je suis

Voyez les Lettres inédites de Sismondi, de Bonslelten, de Jl”* de

LES CENT-JOUaS.

de votre avis surSismondi; c’éstuii homme de la meilleure foi du monde. Nous avons eu des querelles terribles par lettres sur Bonaparte (1) : il a vu la liberté là oit elle était impossible; mais il faut convenir aussi que, pour la France, tout valait mieu.x que l’étal où elle est réduite actuellement.» Ainsi de Staël a eu par lettres avecSismondi des luttes terribles sur Bonaparte et VActe additionnel, dont ce publiciste avait entrepris la défense en règle dans le Moniteur ; si elle l’a attaqué contre Sismondi, elle ne l’a donc pas approuvé hautement, et il n’est pas vrai que, comme l’affirme M. Thiers, l’école fort éclairée des publicistes genevois (par où il faut sans doute entendre Sismondi) ait ici suivi sou impulsion, puisque M""= de Staël s’était placée dans le camp opposé.

Avait-elle raisop contre Sismondi, ou bien la vérité et la sagesse étaient-elles du côté de ce publiciste, se portant garant de la bonne foi et des dispositions vraiment libérales de^ Napoléon, et défendant l'Acte additionnel comme la meilleure constitution que la France ait jamais eue. Au jugement de M. Thiers (p. 455), « ce qu’écrivait M. de Sismondi était la vérité même, mais la vérifé pour les esprits sages et non prévenus. » Je pense au contraire et je crois avoir prouvé que les esprits sages ne devaient pas avoir la moindre confiance dans les promesses et dans les actes de Napoléon ; que le rôle de monarque constitutionnel qu’il jouait en ce moment n’était pour lui qu'un rôle Torcé et passager ; que le titre même et le mode d’acceptation de l’Acte additionnel an était une nouvqjilc preuve ; que d’ailleurs cet Acte renfermait des dispositions contraires aux principes de la Révolution, comme, par exemple, l’institution de la pairie héréditaire, si justement critiquée par La Fayette, par M'"® de Staël, et plus tard par Benjamin Cuastant, qui l’avait soutenue contre Napoléon, •lequel après l’avoir repoussée, l’avait acceptée en voyant le parti qu’il en pouvait- tirer. Enfin j’ajoute avec M“* de Staël qu’il n’y avait point d’excuses pour servir Bonaparte ailleurs que sur le champ de bataille...

Staël et de de Souza, publiées par M. Saint-flené Taillandier, 1863, p. 349.

(1) Combien il serait à désirer que ces lettres, si elles existent encore, fussent enfin publiées I

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C’est qu’il y a des alliances qu'on ne saurait accepter sans se rabaisser et sans compromettre la cause nàcrne qu’on veut servir. Telle était l’alliance avec l’usurpateur de Brumaire, avec le despote du Consulat et de l’Empire. Bonaparte s’était rendu à jamais indigne d’étre accepté comme le chef d’un peuple libre et d’étre appuyé à ce titre par des hommes tels que Benjamih Constant, Sismondi, etc. Ces hommes devaient le repousser pour cause d’indignité.

Ils devaient le repousser aussi pour cause d’incapacité : je veux dire qu’eût-il été sincère en offrant la liberté, il était absolument incapable de remplir le nouveau réle qu’on attendait de lui. Il y a des empreintes qui, une fois contractées, ne s’effacent plus : telle est celle du despotisme; il y a des pentes qu’on ne remonte pas ; quand on a été César, on ne saurait devenir Washington ou même Guillaume d’Ora.nge. « C’était donc une duperie, comme dit M*®® de SUiél, que de vouloir masquer Napoléon en monarque constitutionnel.- » Un tel homme était incorrigible. Mais, de plus, quoique prétende M. Thiers, il ne pouvait être sincère.

Aussi ne rencontra-t-il partout que l’incrédulité ou le doute. L'Acte additionnel n’obtint qu’un nombre insignifiant de suffrages, et la cérémonie du champ.de mai, où Napoléon se rendit avec l’appareil et dans la voilure du sacre, et se montra dans le costume de son couronnement, culotte de soie, manteau impérial, toque à plumes, cette cérémonie ne contribua point à ramener la confiance; elle ne fit qu’accroître l’Incrédulité générale. M. Thiers voit là une grande leçon donnée au génie vainement, quoique sincèrement repentant (p. 629). Je regarde comme une fable le sincère repentir supposé par M. Thiers ; mais le spectacle ne m’en parait pas moins grandementinstructif et profondément moral : quand on a fait le 18 brumaire, le Consulat et l’Empire, on a perdu le droit d’être pris au sérieux le jour où l’on veut parler la langue de la liberté.

Mais Napoléon eût-il été réellement résolu à se transformer en monarque libéral, et eût-il réussi à se faire accepter comme tel, son retour n’en devait pas moins avoir pour effet de soulever toute l’Europe contre la France. I.’effet ne se fit pas attendre. Lorsqu’il débarqua au golfe Jouan, les puissances réunies à Vienne n’avaient pu s’entendre encore sur le partage de ses dépouilles, et peut-être allaient-elles en venir aux mains ; en face du péril

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