‹ Napoléon IerChapitre 27 sur 56 · SAINTE- HÉLÈNE · texte numérisé non relu

SAINTE- HÉLÈNE

été répété par tout le monde. Mais cette belle histoire paraît n’ôtre qu’une de ces anecdotes inventées ou du moins arrangées à l’effet de frapper les imaginations. Pour la juger ainsi, il suffit de rapprocher, comme on l’a déjà fait (1), du récit de Moniholon le Mémorial de Sainte-Hélène : «Je demandai, rapporte Las Cases, s’il serait bien possible qu’on pût en venir au point d’arracher à l’Empereurson épée. L’amiral répondit qu’il la respecterait, mais que Napoléon serait le seul et que tout le reste serait désarmé. »

En général, les vexations que Napoléon et ses volontaires compagnons d’exil curent à subir de la part du cabinet britannique et de ses agents, particulièrement d’Hudson Lowe, ont été singulièrement exagérées par les prisonniers de Sainte-Hélène. Ce n’était pas là seulement chq^ eux l’effet naturel du malheur qu’ils subissaient, mais un calcul, un système raisonné. Nous avons à cet égard leur propre aveu. « 11 ne nous restait », écrivait Las Cases à la date du 30 novembre 1815, dans un passage de son journal qu’il a depuis supprimé, mais que le manuscrit tombé en la possession d'Hudson Lowe a sauvé de l’anéantissement (2), «il ne nous restait que des armes morales. Pour en faire l’usage le plus avantageux, il fallait réduire en système notre attitude, nos paroles, lios sentiments, nos privations mêmes ; il fallait qu’une nombreuse population en Europe prît un vif intérêt à nous, et que l’opposition en Angleterre ne manquât pas d’attaquer te ministère au sujet de la violence de ses procédés envers nous. » Cet aveu est confirmé par celui de M. de Montholon. 11 disait un jour à un officier anglais qui lui racontait que sir Hudson Lowe n’avait pas voulu !• désigner pour résider à Longcwood, par égard pour Napoléon, parce qu’il n’était encore que simple lieutenant : «Mon cher ami, vous l’avez échappé belle; si vous étiez venu ici comme officier d’ordonnance, nous vous aurions ^rôs-certainement perdu de réputation. Que voulez-vous? cela fait partie de notre système (3). » Bien des années après,

foudroyé ; sa grande taille s’affaissa ; sa tête, blanchie far les années, tomba sur sa poitrine comme celle d’un coupable qui s’humilie devant sa condamnation. L’Empereur garda son épée. »

(1) Histoire de la captivité de Napoléon à Sainte-Hélène, citée plus haut, l. I, p. 26.

(2) Voyez à ce sujet l'ouvrage cité, p. 7.

(3) Voyez même ouvrage, p. 8.

M. de Monthojon, de retour en France et visité par le même offir cier, qui s’eflorçait apparemment de justifier Hudson Lowe, lui répondait : « Que voulez-vous? un ange descendu du ciel n’aurait pas pu nous plaire s’il eût été gouverneur de Sainte-Hélène (4). » On voit déjà, par ces aveux, combien il faut rabattre de toutes les accusations parties de Sainte-Hélène contre le ministère anglais et ses représentants, surtout contre Hudson Lowe. Je ne prétends pas défendre ici sur tous les points la conduite de l’Angleterre ni celle du. gouverneur auquel elle avait confié la garde de Napoléon. Tout en rappelant que l’Angleterre avait le droit do prendre toutes les précautions nécessaires poux empêcher son prisonnier de s’évader, et en ajoutant que la plupart des ve.\ations dont le captif et ses compagnons se plaignaient avec tant d’éclat avaient leur raison d’être dans cetÆ nécessité, je suis disposé à reconnaître que souvent le gouvernement anglais dépassa la mesure et manqua de générosité ^ l’égard de Napoléon, qu’il eût pu faire np phoix plus heureux que celui d’Hudson Lowe, que ce gouverneur n’avait en effet ni l’agrément ni l’adresse désirables, et qu’il ne sut pas toujours éviter des tracasseries inutiles. Mais il faut reconnaître aussi que l’Angleterre et Hudson Lowe ont été horriblement noircis par Napoléon et son entourage. Que n ontils pas dit en particulier contre ce gouverneur? Sous quels affreux traits ne l’ont-ils pas représenté? A les entendre, c’était un odieux sbire, un abominable geôlier, un assassin commis par l’Angleterre pour mettre fin aux jours de l’Kmpercur. Ces accusations, répétées à' l’envi par de complaisants échos, ont formé sur le gouverneur de Sainte-Hélène une de ces opinions que l’on accepte comme des vérités sans prendre la peine de les contrôler. Hudson Lowe a aujourd’hui sa légende à côté de celle de Napoléon : c’est l’infâme bourreau à côté de la glorieuse victime. Lp véridique histoire péfute cette mensongère légende.

H résulte des documents si nombreux et si complet^ qui ont été récemment publiés, qu’Hudson Lowe, loin d’être le vil geôlier qu’on nous a.dépeint en lui, était un caractère fort honorable, un homme ayant au plus haut degré le sentiment du devoir et

(t) Même ouvrage, p. 17.3. — Ces citations ont déjà été reltfvées par M. Viel Castel dans son article de la Revue des Deux-Mondes, du 15 févr ier 1855 : Sir Hudson Lowe et la captivité de Sain le- Hélène.

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nullement dépourvu de celui de l’humanité ; que, s’il manquait de grâce et d’adresse, il apporta, dans bien des circonstances difliciles, une modération et un esprit de conciliation vraiment méritoires, qu’il fit les plus louables efforts pour obtenir du ministère anglais l’adoucissement des ordres qu’il était chargé d’exécuter, qu’il en tempéra souvent de lui-méme l’exécution autant qu’il le pouvait sans manquer à ses devoirs, et que, bien qu’outrugeusement^raité par Napoléon et ses compagnons, il ne se montra jamais étranger aux égards que le malheur, même le mieux mérité et le plus mal supporté, obtient d’une âme un peu généreuse. C’est ce qu’attestent une foule de pièces historiques et d’exemples cités par l’ouvrage auquel je viens de faire allusion.

Ce même ouvrage n’atteste que trop, au contraire, ce qui résultait d’ailleurs suffisamment des relations -du Mémorial de Sainte-Hélène, combien peu de grandeur d’âme et de dignité Napoléon montra dans son malheur. N’est-il pas triste de le voir, dans ce profond abîme où il est tombé, non-seulement s’irriter de ce que le gouvernement anglais et son représentant Hudson Lowe refusent de l’appeler du nom d’empereur, mais maintenir autour de lui la ridicule étiquette de la cour impériale ; exiger, par exemple, que ses volontaires compagnons d’exil restent debout devant lui pendant les longues heures que duraient ses parties d’échecs; conserver vis-â- vis d’eux l’attitude d’un souverain absolu; souffrir que quelques-uns de ses domestiques couchent par terre, en travers de sa porte, comme des chiens ; se faire un malin plaisir de tirer, au risque de tuer les gens, sur des animaux inotl’ensifs appartenant à des habitants de l’île, â ses serviteurs ou même à scs compagnons? Tout cela ne dénote pas assurément une âme grande et vraiment humaine. Mais à quelle absence de dignité ne descendit-il pas dans ses rapports avec le gouverneur? Plus d’une fois, sans avoir aucpn grief sérieux contre lui, il l’outragea en face, le traitant de geôlier, de bourreau, d’assassin, de telle sorte qu’Hudson l.owe dut renoncer désormais à toute entrevue avec Napoléon (I); ne pouvant plus Finsulter en

(1) Voy. dans VHisloire de la captivité de Napoléon à Sainte-Hélène, le récit de l’entrevue qui eut lieu entre Hudson Lowe et Napoléon te 17 raai 1816, t. I, p. 217 et suiv., et celui de leur dernière entrevue, le 18 août de la même année, p. 309.

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face, il l’outragea par écrit (1), et ne cessa de s’évertuer à lui rendre sa mission plus difticile et à le faire paraître odieux. Cela rentrait dans le système dont je parlais tout à l’heure. C’est ainsi encore qu’il fit vendre son argenterie pour donner à croire que le gouvernement anglais le laissait dans une gène intolérable.

En même temps qu’il cherchait à exciter ainsi la compassion de l’Europe, il s’appliquait à donner le change âk-l’.opinion sur la politique qui l’avait dirigé dans sa carrière, et <1 se montrer plus ' que jamais converti aux idées libérales. A l’entendre, sa mission avait été d’assurer le triomphe de la Révolution en s’en faisant le modérateur à l’intérieur et le défenseur au dehors. 11 en avait fait briller le flambeau, il en avait consacré les principes, il en avait été le soldat, la persécution achevait de l’en rendre le Messie (‘2). L’établissement de l’Empire, après le Consulat, n’avait eu d’autre but que de mettre les principes et les intérêts de la Révolution à l’abri des factions et de l’influence de l’étranger (3). Là aussi était la cause de cette lutte à mort où il s’était trouvé engagé contre le reste de l’Europe, et il n’y avait succombé que pour avoir voulu la terminer trop promptement (4) . En faisant la guerre à l’Europe et en étendant sur elle sa domination, il y avait d’ailleurs porté lui-même les principes de là Révolution. II. avait ainsi rempli le rôle d’un monarque civilisateur. Il expliquait son règne comme ayant été une sorte de dictature bienfaisante, nécessitée par les circonstances. Quelquefois il affectait' de regretter de n’avoir point pratiqué les idées libérales auxquelles il rendait maintenant hommage; parfois aussi il osait soutenir que son gouvernement avait été une monarchie constitutionnelle et tempérée {b), et que les Français à son époque avaient été le peuple

(t) Dans une apostille écrite par Napoléon au dos d’une lettre d’Hudson Lowe, 18 novembre 1817, il qualifie les lettres du gouverneur de dëgoûtanls écrits, et cet officier d'assassin : « Je ne puis le traiter que comme un assassin » ; et il ajoute : « Si l’on eût envoyé en ce pays un homme d’honneur, j’aurais quelques tourments de moins sans doute, mais on sc fût épargné bien des reproches de l’Europe et de l’histoire que le fatras d’écrits de cet homme astucieux ne saurait tromper. »

(2) Mémorial, 9-10 avril 1816.

(3) Ibil., 8 septembre 1816.

(4) Ibid., 14-18 septembre 1815.

(5) Ibid,, 8 septembre 1816.

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le plus libre de l’Europe (Ij. Dans d’autres moments, il est vrai, il laissait reparaître tout entière la griffe du despote : « Pour gouverner, s’écriait-il, il faut être militaire; on ne gouverne qu’avec des éperons et des bottes (2). » Mais son langage ordinaire était calculé en vue de l’esprit libéral qui soufflait alors. Tous ces artifices que le Mémorial se chargea de répandre n’obtinrent que trop de crédit dans les esprits, et ils exercèrent une déplorable influence sur le cours de la démocratie française. Ils ne dataient sans doute pas tous de Sainte-Hélène : ce n’est pas là qu’est née cette sophistique napoléonienne qui a bouleversé le sens des mots, confoivlu les notions les plus simples, faussé l’esprit public, égaré la démocratie; mais elle a reçu de Sainte- Hélène UB non eau développement et un nouveau lustre. Or, là est le plus grand mal que Napoléon ait fait à la France : la brutalité d’un despotisme franc , le fléau de la guerre et celui de l’invasion sont des maux qui n’altèrent pas nécessairement le caractère d’un peuple et dont il peut même profiter ; mais lorsque le sophisme a si profondément pénétré dans sou esprit, comment l’en extirper?

Je ne m’arrêterai pas sur les entretiens littéraires de Napoléon : son goût pour la tragédie classique, à la manière de' Luce de Lancival, et son dédain pour le drame, à la manière de Shakespeare, de Oœthe et de Schiller, qu’il appelait la tragédie des femmes de chambre, n’ont rien qui doive étonner de la part d’un homme qui. avait donné à toute sa carrière une sorte de grandiose théâtral. Mais quoique j’aie déjà parlé des sentiments religieux de Napoléon, je ne saurais laisser passer sans réflexion le récit fait f)arM. Thiersdes conversations de Sainte-Hélène sur ce sujet. Je pourrais demander d’abord àM.Thiers ce que signifient les opinions religieuses d’un homme quand elles ne servent pas à le soutenir dans lè chemin de la vertu, et opposer à celles de Napoléon la vie même de oe personnage, cette vie si absolument étrangère à tout principe de moralité, par conséquent à tout vrai sentiment religieux. Mais quand on examine la profession de foi de Napoléon, même dans l’exposition de son historien, on y re-

(1) .Mémoriat, 20 juillet 1816.

(2) 76id., 5 juillet 1816.

connaît aussitôt la nature tout extérieure et politique de sa religion. l'ist-cc, par exemple, le fait d’un esprit profondément religieux que de prétendre que chacun doit vivre et mourir dans la religion où sa mère lui a enseigné à adorer Dieu, et que la religion est une partie de la destinée (p. é73) ? M, Thiers n’a pas d’ailleurs rapporté complètement et fidèlement les opinions exprimées sur ce point par Napoléon é Sainte-Hélène. Il ne dit pas que, malgré la précédente maxime et son attacliemerit pour la religion calholique, Napoléon avouait sans façon que, pendant l’expédition d’Égypte, il ne se serait pas fait scrupule d’embrasser l’islamisme, s’il y avait trouvé un grand avantage politique : « Il m’eût fallu pour cela, ajoutait-il, au moins jusqu’à l’Kuphratc (1). » M. Thiers lui fait dire ensuite que, quand à l’époque du Concordat quelques vieux révolutionnaires lui parlèrent de faire la France protestante, il avait été révolté, comme si on lui eûfproposé d’abdiquer sa qualité de Français pour devenir Anglais -ou Allemand; mais il ne mentionne pas le reproche que Napoléon faisait à François 1“' de n’avoir pas adopté le protestantisme à sa naissance et de ne s’en être pas déclaré lé chef en Europe (2). Enfin comment M. Thiers peut-il rapporter sérieusement (p. 704) l’apostrophe adressée par Napoléon au docteur Antomarchi, lequel s’était permis de sourire en l’entendant recommander qu’on observât à ses funérailles les rites du culte catholique ; « Jeune homme, nous avez peut-être trop d’esprit pour croire en Dieu :

je n’en suis pas là N’est pas athée qui veut! » Napoléon savait

très-bien, et son historien reconnaît sans doute qu’on peut parfaitement croire en Dieu sans se soumettre aux rites du culte catholique. Lui-même, tout en faisant profession de. croire en Dieu, n’avait pas craint, dans des entretiens que M. Thiers a négligé aussi de rapporter, de se déclarer incrédule à l’endroit du catholicisme (3) Son apostrophe à Antomai>chi n’était donc pas à sa place, outre que la conduite du ^rand homme expirant n’était pas irrépréhensible j car, on ne doit pas, sous peine d'étre faux et

(1) Mémorial, 2C> avril 1816.

(2) Ibid., l7 août 1816.

(3) « Je suis bien loin d’filre athée, assurément, disait-il à Sainte-Hélène (Mémorial , 7-8 juin 1816); mais je ne puis croire tout ce que l’on m’enseigne en dépit de ma raison, sous peine d'étre faux et hypocrite. » H faut lire toute la suite de cet entretien.

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hypocrite, sc soumellre aux cérémonies d'une religion i laquelle on ne cro’it pas.

r.e ménàe historien, racontant (p. 705) les derniers entretiens de Napoléon, le fait ainsi parler ; « Vous allez, dit-il à ses amis qui l’entouraient, retourner en Europe. Vous y reviendrez avec le reflet de ma gloire, avec l’honneur d’un noble dévouement. Vous y sefez considérés et heureux. Moi, je vais rejoindre Kléber, Desaix, Lannea, Masséna, Bessières, Duroc, Ney !... Ils viendront à ma rencontre... ils ressentiront encore une fois l’ivresse de la gloire humaine... Nous parlerons de ce que nous .avons fait, nous nous entretiendrons de notre méüer avec Frédéric, Turenne, Condé, César, Annibal.» Puis, s’arrêtant. Napoléon ajouta avec un singulier sourire : « A moins que là-haut, comme ici-bas, on n’ait peur de voir tant de tmlitaires ensemble. » — Ce Jéger badinage mêlé à ce langage solennel émut vivement les assistants. Les paroles rapportées par M. Thiers sont tirées, avec quelques modifications (suivant l’usage de cet historien), du récit d’.Antomarchi (1) ; mais il paraît que cette belle tirade et le léger badinage qui la termine ontété imaginés par un littérateur français, qui a cru bien faire en embellissant ainsi la relation des derniers moments de Napoléon (2).

n n’est pas jusqu’au crâne de Napoléon qui n’ait été amplifié et transformé par la légende. Oui, il y a une légende crâniologique de Napoléon, comme l’a très-bien constaté et expliqué un physiologiste philosophe, aussi bon observateur que spirituel écrivain, M. Louis Peisse (3). C’est cette légende qui a inspiré à Victor Hugo ces vers hyperboliques :

Ce" front prodigieux, ce crâne fait au moule Du globe impérial

L’historien du Consulat et de l’Empire la reproduit A son tour, en écrivant (p. 70:)) que Napoléon avait la tête la plus vaste dont la science anatomique ait constaté l'existence. La science anatomique constate tout le contraire. Écoutez sur ce point le savant

(1) Derniers moments de Napoléon.

(2) C’est ce qui m’a ôté affirmé de la manière la plus positive , d’après un témoignage parfaitement digne de foi , mais que je n’ai pas le droit de nommer.

(3) La Médecine et les Médecins, t. II, p. 47

que je viens iie nommer. « Ce qui frappe d’abord dans la tête véritable de Napoléon, dit M. Peisse fp. 48-49), c’est la- petitesse du crûne. Le buste de Canova, celui de Chaudel surtout, les effigies des monnaies nous ont si fort exagéré la dimension du crâne de Napoléon, et principalement celle de la région frontale, que, comparé à cette mesure idéale, le crâne véritable parait petit, mesquin. Cependant il est extrêmement bien proportionné, soit avec la face, soit avec le corps tout entier. Sa circonférence étant de 20 pouces 10 lignes, sa dimension absolue n’offre rien de remàrquable ; c’est là une mesure des plus communes : sur dix têtes d'hombaes adultes, plus de la moitié offrent de 20 à 21 pouces. Le crâne de Napoléon n’avait donc rien de plus extraordinaire, quant à la dimension, que celui du plus sot de ses chambellans. Tout ce qui a été débité à ce sujet est absolument imaginaire... J’ai mesuré, dit encore M. Peisse (p. 60), l’angle frontal (sur le plâtre d’Antomarchi et sur la médaille de bronze incrustée à la partie inférieure) : il ne dépasse pas dans la nature 75 degrés; dans la médaille, c'est un angle droit et même obtus. On conçoit qu’avec un*e exagération de 15 degrés, les artistes aient pu mouler à Napoléon un front de Jupiter olympien. En réalité, le front était, phrénologiquement parlant, assez médiocre; c’est là un fait dont tout observateur de bonne foi conviendra. Le simple coup d’œil suffit pour s’en assurer, et la mesure de l’angle (75 degrés) est une preuve géométrique sans réplique. »

Je ne prétends tirer de ces observations anatomiques aucune conclusion contre le génie de Napoléon, mais simplement opposer à la légende qui s’est attachée au crâne de ce personnage le témoignage même de la science.

Si maintenant j’osais mêler en cette matière le plaisant au 'sérieux, je rappellerais que le docteur Antomarchi ayant été curieux d’appliquer à la tête de Napoléon le système phrénologique de Gall et de Spurzheim, le premier signe qui lui apparut fut l'organe de la dissimulation.

On n’a pas toujours fidèlement reproduit les dispositions testamentaires de N^'oléon; l’article suivant, par exemple, a été entièrement omis dans l’analyse qu’en a donnée M. TKiers (p. 703): ÿ /dm (10 000) dix mille francs au sous-officier Canlillon, qui a essuyé un procès comme prévenu d’avoir voulu assassiner lord

S\INT!;-nÉI.iiNE.

Wellington, ce dont il a été déclard innocent. Cantillon avait autant le droit d’assassiner cet oligarque que celui-ci de m’envoyer pour périr sur le rocher de Sainte-Hélène. Wellington, qui a proposé cet attentat, cherchait i\ le- justifier sur l’intérêt de la Grande-Bretagne. Canlillon, si vraiment il eût assassiné le lord, se serait couvert, et aurait été justifié par les mêmes motifs, l’intérêt de fa France de se défaire d’un général qui, d’ailleurs, avait violé la capitulation de Paris, et par là s’était rendu responsable du sang des martyrs Ney, Labédoyère, etc., et du crime d’avoir dépouillé les miisées contre le texte des traités. »

Cet article est assez caractéristique pour mériter d’être recueilli par l’histoire (1).

(1) M. Duvergier de Hauranne, dans sa belle Histoire du gouvernement parlementaire, n’a pas manqué de le relever à propos de la mort de Napoléon, t. VI, pages 389-390 ; et il le rapproche de celle déclaration que contient le même Icslamcnt toi>chanl le meiirlre du duc d'Ênghicn : « J’ai fait arrêter et juger le duc d’Engliieii, parce que cela était nécessaire à la sûreté, à l’intérêt et à l’iionneur du peuple fiançais, lorsque le comte d’Artois entretenait, de son aveu, soixante assassins à Paris. Dans une semblable circonslonce j’agirais encore de môme. » — « Ainsi, s’écrie l’iiistorien justement indigné, après avoir rappelé ces deux articles du testament de Napoléon, ainsi se trouvaient solennellement proclamés par l’empereur Napoléon deux droits aussi abominable.^ l’un que l’autre : pour le souverain, le droit de tuer, ou nom de la sûreté de l’État, l’ennemi dont il soupçonne les intentions et dont il redoute les desseins ; pour le simple Citoyen, le droit d’assassiner le général d’armée, et, à plus forte raison, le souverain dont les actes lui paraissent injustes ou dont il croit l’existence nuisible aux intérêts du pays. Nous le demandons aux honnêtes gens de tous les partis, poussa-t-on jamais plus loin l’oubli de toutes les notions du bien et du malT »

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