INTRODUCTION
« date néfaste », comme,il l’appelle (1); Lamartine peignant Napoléon, dans son Histoire de la Restauration, sous des couleurs aussi justes que brillantes, et, dans son Cours familier de littérature, soumettant l'Histoire du Consulat et de l'Empire de M. Thiers à. un examen critique qui en dévoile supérieurement les défauts ; Eugène Pelletan (2), Lanfrey (3), Scherer (4), Chauffour-Kestner (5) pesant dans les balances de la critique historique et de la morale publique ce même historien et son héros. Voilà des exemples (et j’en pourrais ajouter beaucoup d’autres) bien propres à m’encourager et à me soutenir; voilà les autorités sur lesquelles je m’appuie et dont la forte parole viendra au besoin confirmer mes propres jugements.
Défiant l’histoire du haut de son rocher de Sainte-Hélène, commedl avait bravé le monde au temps de sa puissance. Napoléon disait que ceux qui oseraient attaquer sa mémoire mordraient sur -du granit, et que ceux qui voudraient être beaux Je loueraient (6). Je me soucierais peu, pour ma part, d’étre beau à ce prix; et quoique je ne connaisse que trop le prestige de cette mémoire sûr l’imagination des hommes, je suis loin de penser qu’elle soit un granit inattaquable à des dents qui ne sont pas celles du serpent jaloux, mais les dents de fer de l’histoire et de la morale. A l’œuvre donc. Il ne s’agit pas de déclamer, mais de juger. « I.es déclamations passent, disait très-justement cette fois Napoléon, les actions restent. » Laissons les déclamations, voyons les actions et jugeons-les comme il convient.
(1) Tome h'', p. â4I.
(2) Revue de Paris (8 avril 1856).
(3) Revue nationale (10 juin 1861). L’étude rappelée ici a servi de prélude à cette belle Histoire de Napoléon P', que M. Lanfrey publie en ce moment.
(4) Éludes critiques sur la littérature contemporaine.
(5) M. Thiers, historien : Notes sur l'histoire du Consulat et de l'Empire.
Lorsque j’ai composé mon travail, l’ouvrage de M. d’Haussonville romaine et le premier Empire) n’avait pas encore paru. Je le signale à mes lecteurs comme l’une des meilleures sources d'informations que présente la littérature historique de cotre temps. Enfin, je leur recommande la Correspondance de Napoléon Bien qu’incomplétemcnt publiée, cette Correspondance est un témoin à charge accablant et, nul ne peut le contester, irrécusable contre la mémoire de son auteur.
(6) Mémorial, 21 octobre 1816,