POLITIQUE INTERIEURE DE NAPOLEON
Napoléon se peint lui-même «lans les lellres ipi'on vient tie lire. Jamais souverain n'a dit avec pins de conviction, d'énergie et de superbe :
Sic Tolo, sic jubeo. iiic pru ratione voluiilas.
A celte volonté de fer, Napoléon joignait une activité prodigieuse, un esprit qui embrassait l'ensemble et pénétrait en même temps dans les détails, voulait tout savoir et semblait présent partout. Imposant !< silence à tous dans son empire, ne voulant que la publicité payée ou ordonnée par lui, se mettant an dessus
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des lois qui auraient dû garantir la liberté individuelle et l'indépendance des tribunaux, toujours prêt à envoyer dans une prison d'Étal, en séquestrant leurs biens, tous ceux qui pouvaient lui être un obslacle ou un embarras, Napoléon qui avait vu couler tant de sang sur les champs de bataille et tenait si peu compte de la vie des hommes, faisait trembler tout le monde ; même ses principaux serviteurs qu'il comblait de faveurs, de titres, de croix et de dotations, et savait aussi, quand il le voulait, fasciner par le charme et la puissance de sa parole et de son regard.
Convaincu qu'il en savait plus long dans son petit doigt, suivant l'expression de l'une de ses lettres', que les plus fortes tètes de son empire, se croyant un être prédestiné, supérieur à l'humanité, il regardait la résistance aux ordres que dictait son génie, comtne une sorte d'impiété qu'il fallait punir sans merci; U'
AU PRINCE EUGÈNE
Saint-Cloud, U aMil I8W.
( ...Je n'iti point l'habitude de chercher mon opinion polili({ue dans le conseil des autres, el tues peuples d'Italie nie connaissent assez pour ne devoir point oublier que j'en sais plus dans mon polit doigt qu'il» n'en savent dans toutes leurs lètes réunies, et à Paris où il y a plus de lumières qu en Italie, lorsqu'on se tait el qu'on rend hommat;e à l'opinion d'un homme qui a prouvé qu'il voyait plus loin et mieux que les autres, je suis étonné qu'on n'ait pas en Italie la même condi-scendame.
a Napoléon. •
Tumi^ XII, ^age l'S.
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glorieux empereur érigea son pouvoir absolu en dogme, et ses écrivains, qui seuls pouvaient se faire entendre, façonnèrent à son gré l'opinion des Français et prêchèrent le culte de Napoléon. 11 voulut, par un catéchisme imposé aux évèques et à l'aide de l'Université, création de son esprit centralisateur, s'emparer des intelligences et des âmes de toute la jeunesse française, les frapper de son empreinte, en faire les instruments fanatiques de son pouvoir. Après avoir renouvelé par le concordai la vieille alliance de l'Église et de l'État, il s'indigna bientôt de trouver dans le pape un pouvoir indépendant, un homme qui osait résister à ses volontés, et conservait une autorité sur la conscience de la plus grande partie de ses sujets; il eut recours à la violence pour briser celte seule volonté qui ne s'inclinait pas devant la sienne, et rêva toutes sortes de projets pour faire des membres du clergé les instruments dociles de son pouvoir sans bornes.
Son désir le plus ardent était de fonder une dynastie, mais quelles institutions avait-il créées pour la soutenir et la perpétuer ? Il avait une trop grande expérience des hommes pour se dissimuler que son fils^ dans les moments de grande crise, ne pourrait compter sur ce peuple de fonctionnaires obséquieux et serviles, dévoués avant tout à leurs places et prêts à changer avec la fortune ; il crut avoir trouvé une force plus sûre pour maintenir sa dynastie; dans sa première jeunesse il
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avait été frappé de cet axiome, partout répandu avant 1789, que la noblesse était le soutien du Irône, et il crut consolider son trône en créant une noblesse nouvelle, des princes, des ducs, des comtes, des barons et des chevaliers ; pour perpétuer et affermir celte noblesse, il institua des mnjorats qui détruisaient l'égalité des partages ; mais, ne voulant pas admettre d'autres volontés, d'autres pouvoirs que sa volonté et son omnipotence, il se garda bien de donner à ses nouveaux nobles la moindre attribution, le moindre droit réel; sa noblesse ne pouvait donc être qu'une vaine décoration du trône, mais non un soutien, car cette noblesse sans fonctions, inutile au public, qui choquait les idées d'égalité du reste de ses sujets, n'était pas une force, même avec les richesses dont il voulait là doter ; selon une expression profonde, on ne s'appuie que sur ce qui résiste.
En réalité le pouvoir de Napoléon ne reposait que sur l'armée dont il comblait les chefs de faveurs et de distinction^, qu'il gratifiait des riches dépouilles des peuples vaincus; mais une grande armée qui vient de faire un souverain ne peut rester dévouée que si on l'occupe, si on lui donne des occasions de gloire et de forlune, il lui faut Tunité et la vigueur du commandement; pour perpétuer une dynastie dont les souverains peuvent et doivent être parfois des hommes médiocres, ou des vieillards, ou des enfants, il faut la volonté d'une na-
lion. L'empire n'était pas une véritable monarcliie oij les droits de la dynastie sont garantis et limités par les droits des sujets et de la nation ; c'était une dictature militaire à la façon des Césars romains qui ne purent jamais éta))lir l'hérédité du trône parce qu'il n'y avait dans l'empire romain (|u'une armée maîtresse, et point de nation, mais des multitudes.
On exalte sans cesse Napoléon comme un génie incomparable dans le gouvernement de l'Etat, examinons :
Napoléon est-il un génie comme législateur? Sans doute il a ordonné et promulgué le Code civil et plusieurs autres codes. Toutes les anciennes coutumes qui faisaient loi dans les différentes provinces ayant été abolies par la Révolution, des lois générales pour toute la France étaient nécessaires; mais en matière civile, commerciale et de procédure, les nouveaux codes ne furent pas autre chose qu'un choix plus ou moins heureux entre les différents articles des anciens édits ou des coutumes, on n'y voit pas une disposition nouvelle; en matière criminelle le code créa des tribunaux d'exception à côté des cours d'assises et fut empreint d'une rigueur extrême pour l'instruction et la punition do crimes. Napoléon fut-il un homme de génie comme l« gislateur pour avoir ordonné à quelques jurisconsultefameux et à son Conseil d'État de rédiger des codes où Ton ne trouve pas une vue nouvelle, pas une seule dis-