POLITIQUE INTÉRIEURE DE NAPOLÉON
position dictée par un véril^able esprit de progrès? Mais le nouveau César, dont l'un des premiers actes de la puissance suprême fqt le rétablissement de l'esclavage dans nos colonies, concevait-il le progrès? Comme législateur il ne fut pas plus un homme de génie que Louis XIV qui lit rédiger des ordonnances po"Ur toute la France sur la marine, la justice criminelle, les eaux et forêts, et publia le Code noir.
Napoléon a fait preuve sans doute d'un grand talent pour juger les hommes, les plier à ses volontés, les uti^liser pour son pouvoir et en tirer toute la. substance; mais quant à l'organisation des pouvoirs et aux institutions, il n'a rien inventé de nouveau et de fécond.
Les justices de paix, le jury et la cour de cassation sont des créations de l'Assemblée constituante, les tribunaux de première instance et les cours impériales sont modelés sur les anciens bailliages elles parlements. Napoléon eut seulement grand soin de maintenir les juges sous sa main, et de leur enlever par des anêtés de conflit la connaissance de tout procès dont la décision aurait pu porter la moindre entrave à son pouvoir.
Ses préfets et sous-préfets ne furent pas autre chose (|ue les anciens intendants et les subdélégués, son Conseil d'État fut la continuation des conseils du roi ; ses prisons d'Élat et ses ordres de détention et d'exil remplacèrent la basiille et les lettres de cachet; ses litres do no-
2S4 NAPOLÉON I" PEINT PAR Ll'I-MftMF.
blesse et ses majorais ne furent qu'une copie des titres (le l'ancienne noblesse et du droit d'aînesse; son vaste système de centralisation fut bien le même que celui du gouvernement des rois de France depuis Richelieu et Louis XIV, seulement plus complet, plus absolu pane que la Kévolulion avait abattu ce qui se tenait encore debout et avait tout nivelé; et la main du pouvoir pesait encore avec plus de force pour tout courber jusqu'à terre. Napoléon rétrogradait jusqu'à l'ancien régime pour y découvrir et pour faire revivre et développer ce qui pouvait servir à son pouvoir absolu. Tout le système de Napoléon avait pour but de comprimer, d'annuler toute initiative des particuliers, toute force individuelle, tout esprit d'association, et de charger l'État et ses fonctionnaires de tout faire, ce qui devait abaisser tous les caractères, atrophier les intelligences et paralyser tous les progrès : son système était-il celui d'un homme de génie?
YII
POLITIQUE EXTÉRIEURE DE NAPOLÉON HAINE DE L'ANGLETERRE, BLOCUS CONTINENTAL
Cet orgueil indomptable, cette imagination ardente, cette activité sans repos de Napoléon purent imposer à ses sujets une obéissance absolue, mêlée de crainte et d'admiration, ils produisirent dans sa politique extérieure des résultats désastreux et une guerre perpétuelle, quoiqu'il parlât sans cesse de la paix et dans le beau style de sa réponse au Corps législatif du 21 pluviôse an Xill.
« Messieurs les députés, résolu d'écrire au roi d'Angleterre, j'ai fait le sacrifice du sentiment le plus légitime et des passions les plus bonorables. Le désir d'é-
pargner le sang de mon peuple m'a élevé au-dessus des considérations qui déterminent ordinairement les hommes. Je serai toujours prêt a faire les mêmes sacrifices. Ma gloire, mon bonheur, je les ai placés dans le bonheur de la génération actuelle. Je veux, autant que je pourrai y influer, que le règne des idées philanthropiques et généreuses soit le caractère de notre siècle. C'est ù moi, à qui de tels sentiments ne peuvent être imputés à faiblesse, c'est à nous , c'est au peuple le plus doux, le plus éclairé, le plus humain, à rappeler aux nations civilisées de l'Europe qu'elles ne forment qu'une même famille et que les etiorts qu'elles emploient dans leurs dissensions civiles sont des atteintes à la prospérité commune. »