‹ Napoléon Ier, peint par lui-mêmeChapitre 78 sur 134 · Tome Xlil, page · texte numérisé non relu

Tome Xlil, page

AU PRINCE EUGÈNE

Saial-Cloud, 7 aoùl iSU6.

« Mon fils, je vous envoie un exemplaire du catéchisme qui vient d'être adopté pour toute la France ; s'il pouvait sans inconvénient l'être pour le royaume dllalie, ce serait un grand bien ; mais ce sont des matières très-délicates sur lesquelles il faut être trèscirconspect. Consultez le ministre des cultes. Le mieux serait que quelque évêque le publiât dans son diocèse comme catéchisme diocésain, mais il faut mettre à cela beaucoup de prudence et de secret.

u Napoléon. »

Pagt b€.

Quel était donc ce catéchisme auquel Napoléon nttachait tant d'importance et qui devenait une affaire dÊlat?

Un décret du 4 avril précédent était amsi conçu :

« Articu: 1. — tn exécution de l'article 59 de la loi

146 NAPOLÉON I" PEIMT l'AR l.CI-MÊMK.

du 18 germinal aiiX, le catéchisme annexé au présent décret, approuvé par Son Éminence le cardinal légal, sera publié et seul en usage dans toutes les églises catholiques de l'empire.

« Aht. 2. — Notre ministre des cultes surveillera l'impression de ce catéchisme, et, pendant l'espace de dix années, il est spécialement autorisé à prendre à cet effet toutes les précautions qu'il jugera nécessaires.

« Aht. 3. — Le présent décret sera imprimé en tête de chaque exemplaire du catéchisme et inséré au Bulletin lies lois.

« Napoléok.

« Par l'empereur :

« Le secrétaire d'Etat,

« HUGLES B, MaRET ry

Toutefois ce décret ne fut pas immédiatement exécuté ; les évéques hésitaient à adopter ce catéchisme imposé qui leur semblait une usurpation de leurs droits sacrés ; mais le maître voulut étre.obéi, et le cardinal archevêque de Paris ordonna la publication de ce catéchisme dans son diocèse par un mandement du 12 août

CLERGÉ, REMGIOX, l'APK. UT

1800; les autres évêquos de l'empire suivirent son pxeniplo '.

' J ai là sous les yeux un arrêté du ministre tJes cultes, l'orlalis, imprimé en tète du catéchisme, qui concède à trois libraires l'impression et la vente du Catt'chisnie à l'usage de lotîtes les églises de l'Empire français: Tiartirlc II est ainsi conçu :

« Ils sont pleinement autorisés à prendre à cet effet, avec les imprimeurs et les libraires de MM. les archevêques et évêques, tel nrrangement qu'ils aviseront bon être, pourvu que tous les exemplaires qui seront mis en vente par eux, leurs ayants cause, correspondants ou commissionnaires, soient revêtus de la n;riffe d'un commis vérificateur de l'impression, nommé par nous; voulant par ce moyen empêcher toutes contrefaçons et nous assurer que le lexte du ralérhisme ne sera ni altéré ni chan°:é. »

Tous les exemplaires de ce catéchisme portent en effet la griffe de Maurice, commis vérificateur nommé par le ministre.

J'ai aussi sous les yeux un Avertissement donné le 20 octobre 180G, par L. Ap. de la Tour du Pin Montauban. archevêque-évêque de Troyes, ainsi conçu :

« Les dispositions relatives à la publication du Catéchisme à l'usage 'le toutes les e'glises de l'Empire ayant été faites à Paris, nous n'avons pu être informé que très-tard des conditions de la vente et de la distribution. Voulant prévenir de nouveaux délais, suite nécessaire du mode d'impression qui a été préféré pour rendre impossible (oute altéiation dudit catéchisme, nous avons pris le parti d'adopter le mandement de Son Km. monseigneur le cardinal de Belloy, archevêque de Paris, métropolitain de cette province ecclésiastique.

'( L«'s imprimeurs que nous avons choisis pour le débit du catéchisme *ont MM... Ils ne le |K)urront vendre plus de 70 centimes ou 14 sous, c'est le prix lixé à Paris par Son Ex. monseigneur le ministre des aflaires concernant le culte catholique.

« Tout étant ainsi réglé et prévu autant qu'il a dépendu de nous, pour viter des retards, nous ordonnons que le Catéchisme à l'usage de

'iites les églises de l'Empire soit seul enseigné dans l'étendue de notre diocèse. »

148 NAPOI,É(>>' 1- l'F.INT P\H iri-MI-MK

Voici comment s'exprime ce catéchisme à propos du qiiatiième commandement de Dieu :

« Demande : Quels sont les devoirs des chrétiens tt l'éqnrd des princes qui les (jouvernenty et quels sont^ en particulier^ )ios devoirs envers Napoléon /", notre empereur ?

« Réponse : Les chréliens doivent aux princes qui les gouvernent et nous devons en particulier à Napoléon l", noire empereur, lamour, le respect, l'obéissance, la fidélité, le service militaire, les tributs ordonnés pour la conservation et la défense de l'empire et de son trône, nous lui devons encore des prières ferventes pour son salut et pour la prospérité spirituelle et temporelle de l'Ktat.

« D. : Pourquoi sommes-irous tenus de tous ces devoirs envers notre ejnpereur?

« R. : (î'est premièrement parce que Dieu, qui crée les empires et les distribue selon sa volonté, en comblant notre empereur de dons, soit dans la paix, soit dans la guerre, l'a établi notre souverain, l'a rendu le ministre de sa puissance et son image sur la terre. Honorer et servir notre empereur est donc honorer et servir Dieu même. Secondement, parce que Notn» Seigneur Jésus-Christ, tant |)ar sa doctrine que par ses exemples, nous a enseigné lui-même ce que nous

CLERGÉ, nELlGION. PAPE. Uit

devons à notre souverain; il est né en obéissant à l'édit de César-Augusle, il a payé l'impôt prescrit ; et de même qu'il a ordonné de rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu, il a aussi ordonné de rendre à César ce qui appartient à César.

« D, : N'y a-t-il pas de motifs particuliers qui doivent plus fortement nous attacher à Napoléon t% notre Empereur ?

« R. : Oui; car il est celui que Dieu a suscité dans les circonstances difficiles pour rétablir le culte public de la religion sainte de nos pères et pour en être le protecteur. Il a ramené et conservé l'ordre public par sa sagesse profonde et active ; il défend l'État par son bras puissant; il est devenu l'oint du Seigneur par la consécration qu'il a reçue du souverain pontife, clief de l'Kglise universelle.

« D. : Que doit-on penser de ceux qui manquei'oient à leur devoir envers notre empereur^

« R. : Selon l'apôtre saint Paul ils résisteraient à l'ordre établi de Dieu même et se rendraient dignes de la damnation éternelle.

« D. : Les devoirs dont nous sommes tenus envers notre emperetir nous lieraient-ils également envei's ses

sucreaseurs légitimes dans V ordre établi dans les c<mslihUions de l'empire?

M R. : Oui, sans doute; car nous lisons dans la sainte Kcriture que Dieu, seigneur du ciel et de la ferre, par une disposition de sa volonté suprême et par sa providence, donne les empires non-seulement à une personne en particulier, mais aussi à sa famille'. »

DECISION

r\ RKPIIXSK * IS lUITORT Ol'l CO»llEJtÇ*IT AIN-I :

« Sire, plusieurs évêques de l'empire m'ont adressé « des représentations sur la manière peu décente avec « laquelle on chôme dans certaines commun-s l«'s Péipv « consacrées par le concordat. »

' En If'le «tu rnlôchisme on lit l'avis siiiivnnl :

« On trouvera dans ce cnléchisme le.^ demandes les plus nécessaires à savoir, marquées d'un afléiisque, et les catéchistes pourront se dispenser d'apprendre aux enfants les moins intelligents les di^niandes qui n'ont pas cette marque. Quand l'astérisque est mis en tjte d'une leçon, il signifie <|ue touter- les demandes de cette leçon doivent être apprises. »

En têlc de la leçon où se trouvent les devoirs envers Napoléon on voit briller un astérisque.

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