‹ Napoléon III avant l'Empire (volume 2)Chapitre 9 sur 21 · NAPOLEON IH · texte numérisé non relu

NAPOLEON IH

le théâtre nécessaire, parce qu'on ne trouverait pas un officier général pour le faire » . La Gazette de France (1) ne redoute pas non plus les coups d'État... « Quand nous n'aurions pas pour garants les serments qui lient le Président... sa loyauté personnelle qu'on ne peut suspecter ainsi sur de simples allégations... nous ne pouvons supposer que la témérité de son entourage l'entraîne hors des règles ordinaires de la prudence, de la raison et de l'honneur... Toute tentative d'usurpation... serait un acte de folie... Quel est le prétexte plausible pour tenter un nouveau 18 brumaire? Où sont les moyens de le faire réussir?... Par qui ferait-on restaurer l'Empire?... Il serait donc en ce moment aussi difficile d'assurer la réussite d'un coup d'État que de le motiver... » Cependant la Gazelle dit le lendemain (2) : « Pourquoi la persistance de ces bruits de coups d'État qui sont dans l'air... et sont accompagnés de détails si bien précisés... qu'on pourrait demander dans la rue : « Où louerons-nous des fenêtres pour voir passer le coup « d'État? » Le coup d'État, c'est le mot à la mode. En se réveillant, on le trouve à son chevet; il n'y a pas une voiture qui passe avec quelque bruit, pas un tambour qui roule, pas une fusée qui éclate, qu'on ne dresse les oreilles et que chacun n'aille disant : « Si c'était le coup d'État! » Le coup d'État, c'est l'emploi de la force. Depuis tantôt soixante ans il n'y a pas un pouvoir qui n'ait fait usage de la recette. Gomment le coup d'État ne serait-il pas passé dans nos habitudes?... 55 Pour le National (3), il y a une usurpation en expectative avec son despotisme éventuel... « Qu'elle ne crie pas à la calomnie, cette faction dont les criminelles insolences nous forcent à nous occuper de ce qui ne mériterait qu'un silencieux mépris. Par quelles mains a été déchiré ce rideau, fort transparent d'ailleurs, derrière lequel on préparait la parodie d'un 18 brumaire? Par quelles mains, si ce n'est par les mains mêmes de ces histrions d'impérialisme, tout enguenillés d'illustres

(1) 27 juillet.

(2) 28 juillet.

(3) Ibid.

LE GODVERISEMENT PERSONNEL DU PRESIDENT. S6t

défroques usées jusqu'à la corde, qui croient élever leurs tréteaux à la hauteur du grand théâtre d'une gloire passée? Ils se sont trahis eux-mêmes... L'unique moyen auquel la faction dont nous parlons puisse avoir recours pour réaliser ses plans usurpateurs, c'est un coup d'État... » h'Ordre (l) s'écrie : » L'Empire! Se 6gure-t-on aujourd hui l'Empire sans l'illustration personnelle..., sans le prestige des batailles gagnées, sans un cortège de généraux victorieux, sans le génie... L'Empire! sans la liberté... sans les institutions parlementaires qu'il ne pourrait supporter! avec des commis, avec des huissiers, avec une cour composée de ceux qui font en ce moment de pareils rêves!... Parlera-t-on (2) des suppositions malveillantes qui mettent en doute son intention de tenir religieusement le serment qu'il a prêté?... Ne sont-ce pas les journaux de l'Élvsée qui disent tous les jours, et très haut, qu'il serait ridicule de croire le neveu de l'Empereur lié par les termes rigoureux de ce serment?.. . « Et le journal d'OdilonBarrot cite cet extrait d'une correspondance — le Bulletin de Paris — adressée à toutes les feuilles modérées des départements : « Personne ne peut se figurer sérieusement que cette date (de mai 1852) soit celle de sa retraite définitive . . , ^i II ajoute (3) : ^ Si la France vit en République, d'après les bonapartistes, elle n'a plus à nommer de président, elle en a un qui lui est imposé, qui est à vie, à qui elle doit tout, qui seul a tout fait, qui a sauvé tout le monde,... qui peut à son gré couvrir de la popularité de son nom l'Assemblée, ou la disperser d'un souffle s'il le juge utile à ses desseins. Voilà ce qu'on nous signifie ! Et, pour peu que la France montre d'hésitation à garder sa constitution républicaine, son sort est également fixé : l'Empereur est tout prêt, il ne reste plus qu'à poser la couronne sur son front!... Assurément il serait plus romain de la part du Président... de quitter sans effort et sans bruit la magistrature provisoire dont il est revêtu... Le fera-t-il?

(1)28 juillet.

(2) 31 juillet

(3) 2 août.

Nul ne le pense. Ajoutons... que si les partis l'y invitent, la masse des paysans et au sein de la bourgeoisie la plupart des hommes qui ont des intérêts sérieux d'industrie ou de commerce à sauvegarder sont loin d^ exiger de lui un tel sacrifice. » Cette déclaration faite par un adversaire du prince, et par un adversaire passionné, doit être retenue lorsqu'on voudra porter un jugement impartial sur l'acte du 2 décembre 1851. he Journal des Débats fait entendre (1) une note plus calme : « Nous ne sommes pas suspects de tendresse aveugle pour le pouvoir exécutif; nous ne sommes, on le sait de reste, ni bonapartistes, ni impérialistes... Il y a des gens qui s'imaginent que le pouvoir exécutif n'est rien, il y en a d'autres au contraire qui sont portés à considérer ce pouvoir comme plus grand que la Constitution. Nous le déplorons; mais qui pourrait s'en étonner?... lorsque la majorité... semble se laisser mener par les exagérés des partis extrêmes, réunis dans une coalition dont le seul résultat possible serait une révolution nouvelle... La composition (2) de la commission de permanence a été visiblement un acte de défiance, novis pourrions dire de défi... Les amis de l'Elysée ont crié; il est dans la nature humaine de crier quand on vous écorche... L'Assemblée... devrait ne pas s'émouvoir pour rien et ne pas crier aux armes à chaque fausse alerte... Nous ne croyons pas aux coups d'État... »

Le ton des journaux de l'Elysée ne baisse pas. Le Constitutionnel (3) déclare que « les accusations de coups d'État sont des calomnies absurdes, répandues par ceux qui ne cherchent que des occasions de désordre... Depuis huit jours (4) nous n'avons que déclarations de guerre... Quel est ce redoutable ennemi? C'est le Président, c'est-à-dire l'homme investi par le pays de la plus grande somme de confiance dont l'histoire fasse mention, l'homme qui a rétabli l'ordre. . . l'homme qui a donné constam-

(1)27 juillet.

(2) 28 juillet.

(3) 27 juillet.

(4) 28 juillet.

ment l'exemple du respect de la Constitution après dix circonstance? dans lesquelles la nation, avide de pouvoir et de force, ne lui aurait peut-être pas fait un grand crime d'en sortir... Le spectacle d'une telle honnêteté. . . ne peut que grandir le Président. Il deviendra de plus en plus l'espoir du pays... Il aurait ,1) des rapports avec des journaux? Où serait le mal? Estce que le pouvoir parlementaire n'a pas les siens? Rendra-t-on le pouvoir exécutif responsable de toutes les violences de ses défenseurs à l'égard du Parlement?. . . Tout parti dans ce monde a ses ultras dont il ne se rend pas solidaire... Pourquoi n'y aurait-il pas des hommes plus présidentiels que le Président, plus bonapartistes que Bonaparte? S'il v a quelqu'un auquel il ne soit pas raisonnable d'attribuer l'initiative d'attaque sourde contre le Parlement, c'est le Président. Quand il lui est arrivé de n'être pas en complet accord avec l'Assemblée, il l'a dit... lovalement. Mais... les journaux de l'Assemblée attaquent avec acharnement le Président, comment pouvait-il arriver que les journaux qui voient dans le pouvoir du Président la plus forte garantie de la société n'attaquassent pas l'Assemblée avec les mêmes armes?... »

Le journal le Pouvoir dit aussi (2) : o On s'est demandé ce que voulait dire cette déclaration de guerre... cette injure gratuite, jetée en quelque sorte à la face du Président par la défiance et le soupçon de ceux-là mêmes qui excitent le plus, et ajuste titre, les soupçons et les défiances du pays. . . Il est impossible de trouver le moindre fait qui ait pu servir même de prétexte à l'attitude afgressive de la coalition contre le Président... dont le concours s'est constamment montré pour l'Assemblée sympathique et dévoué, et qu'il donne sans arrière-pensée, souvent avec une abnégation... voisine du sacrifice..., modestement, patriotiquement... L'Assemblée se suicide (3); rien n'est plus ingrat et plus insensé que la conduite des partis envers le Président. Il les a positivement retirés de l'abîme, ainsi que le

(1)29 juillet.

(2) 27 juillet.

(3) 28 juillet.

pays tout entier, le 10 décembre... Le communisme qui aurait tout englouti, momentanément, disputerait maintenant aux Cosaques les restes sanglants de la France... Groyant(i) fermement que la République... est inconciliable en France avec l'ordre public, croyant en outre que le rétablissement de la monarchie est, pour le moment, une utopie... il ne reste qu'un parti à prendre... celui de consolider le plus qu'il se pourra la situation du prince Louis-Napoléon... L'enthousiasme du peuple. . . son vote unanime a fait du neveu de l'Empereur une puissance, une ancre, un port de salut... Vous qui cherchez (2) à diminuer les titres du neveu de l'Empereur... qu'auriez-vous fait sans lui? Vous auriez baisé le sabre du général Gavaignac, et aujourd'hui vous disputeriez vos propriétés au communisme et vos tètes à l'échafaud. Ah! vous vous croyez de taille à lutter avec le prestige d'un nom que vingt années de gloire et de génie, qu'un malheur plus grand encore que sa grandeur, que des millions d'échos, le répétant pendant quarante années à des millions d'hommes, ont fait ce qu'il est aujourd'hui. Essayez donc de mettre le vôtre à côté de celui de Napoléon. Qui vous parle de disposer de la France sans son aveu? Jamais, sachez-le bien, un Bonaparte n'a disposé de la France sans son aveu. Jamais un Bonaparte n'a méconnu la souveraineté du peuple. L'Empereur a eu, seul, ce mérite de n'avoir régné que par la volonté de la nation... Deux fois la France a pu disposer d'elle-même, elle s'est donné deux fois pour chef un Bonaparte ; ce qu'elle a fait, tout dit qu'elle le ferait encore... «

Quant au Napoléon (3), il avait continué sa campagne de propagande bonapartiste. « Napoléon, sa gloire, ses traditions, son gouvernement, les héritiers de son nom, voilà le point lumineux vers lequel le peuple a sans cesse tourné ses pensées et ses espérances. Les masses ont toujours compris qu'avec Napoléon... elles étaient en possession de l'égalité

(i) 29 juillet.

(2) 31 juillet.

(3) 7 avril.

véritable... Quand la révolution de Février remit tout en question... rhéritier de ce grand nom était en exil. La France par un mouvemement électrique et unanime alla l'v chercher pour lui confier ses destinées... Il y a de ces popularités immortelles qui sont une véritable force. Loin d'être épuisée, la vertu du nom de Napoléon reste immense, parce que ce nom résume tous les principes... Napoléon (1) n'a pas été seulement un conquérant. Son génie a peut-être été plus merveilleux encore dans le gouvernement que dans la guerre. Napoléon a été le premier penseur de son siècle. Il a pensé pour les masses; il a résolu la plupart des grands problèmes politiques et sociaux... Les masses (•2) n'ont jamais séparé la Révolution et Napoléon. Pour elles, c'est la même cause. » — Le Napoléon donne les Conseils de l'Empereur à son fils sous la forme d'une dictée faite au général Montho'on : « Tous ses efforts doivent tendre à régner par la paix. S'il voulait recommencer mes guerres, il ne serait qu'un singe {sic). Refaire mon ouvrage, ce serait supposer que je n'ai rien fait... J'ai sauvé la Révolution... je l'ai lavée de ses crimes, je l'ai montrée au monde resplendissante de gloire; j'ai planté en France et en Europe de nouvelles idées... Que mon fils fasse éclore tout ce que j'ai semé... Mon fils sera obligé de régner avec la liberté de la presse... Mon fils doit être l'homme des idées nouvelles et de la cause... pour laquelle je meurs martvr... Les peuples comme les rois ont intérêt à l'avènement de mon fils... »

(1) 5 mai 1850.

(2) 19 mai 1850.

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