‹ Napoléon III en AlǵerieChapitre 10 sur 56 · GUYOT-VILLE · texte numérisé non relu

GUYOT-VILLE

village de Guyot-vill*». situ»' à 15 kilomètre»? X. E. d'Algen nu iMud (J(> la iiMT, fait partie il(» hi commuue de Chéragas; sa |M)pulutioti est de 318 habitants.

Guyot-viUe a été fondé, en 1844, |>ar M. le comte Ouyot^ alors directeur de Tlntérieur, qui avait eu la pensée d*en faire un village de pécheurs. Le diflldle accèe de la baie et la violence des vents qui régnent dans ces parages, firent renoncer à ce projet. On y établit un centre agricole.

Par les soins de Tadministration, une trentaine de petites maisons furent construites: on adjoignit a rluujnp maison un jariim et 12 hectares de terre, et le tout tut concédé gratuitement à des colons français et espagnols.

Tel a été le premier noyau du village de Quyot-ville, qui s'est développé asses lentonent, à cause de sa situation peu favorable pour la culture. Au bord même de la mer, sur une plage battue des vents d*Ouest et du Nord, les plantations y sont d'une réussite difficile. Les meilleures terres sont sur le plateau au dessus , connu sous le nom de BaSnen, et dans les concessions dites du cap Caxine. L'avenir de Guyot-viUe est dans la vigne, qui parait s'y plaire parfaitement.

FMiis de la moitié de la population de Guyot-ville habite de petites fermes hors du village. Ces fermes, parmi lesquelles on peut citer celles de MM. Marguerite , Gasq, Bidart et Pons, sont cultivées avec grand soin et offrent un aspect fort agréable.

Le défrichement des terres de Guyot-^lle qui étaient couvertes de palmiers nains , ne s'est pas effectué sans de pénibles travaux. On ne saurait trop rendre hommage au courage et à la persévérance de ces pionniers de la colonisation, qui s'ef* forcent de rendre à la culture les terrains les plus ingrats.

mOT-YILLE.

Voici à ce sujet que]qap> détails qui nous sont ftmrnis par M. Marguerite, maire adjoint de Guyot-ville.

« Tout le territoire, dit-il, n'était que liroussailies et pal- BÛers nains. II a fallu une patience à toute épreuve et lee labeurs lee plus pénibles pour parvenir à ces défricbements. Malgré ces efforts , plus de la moitié du terrain se trouve en friche, et notre village n*a pas prospéré. C'est que les premiers colons, dénués de ressources pécuniaires et surchaiigés d'en* £uit8, durent défricher et ensemencer au fbr à mesure des traTanx pour obtenir la nourriture de Vannée suivante, ils trouvèrent, il est vrai, à faire un peu de charbon avec les Ijois qu'ils ai i achaient de la terre, mais U fallcVit ensuite transporter ce charbon a Alger, <»t le manque de viabilité rendait cette ressource illusoire. Très-souvent pour faire ce trajet, noub mettions deux jours, (15 kilomètres).

Un autre obstacle bien plus sensible est venu s'opposer à la prospérité de la petite colonie : on a vu, en 1857 et 1858, deux récoltes manquer totalement. Les colons furent dans la nécessité, pour subvenir à leur nourriture, d'emprunter à gros inté. rèts, et une fois tombés entre les mains de l'usure, la plupart d'entr'eux ont été ruinés.

« Cependant il n'y a pas lieu de désespérer de l'avenir du village. Déjà, grâce à la sollicitude du maréchal Pélissier, duc de Malakoff , une grande et belle route traverse Ouyot-ville , en longeant la mer, et par suite nous m ni a u t^uKUiues lieues» d'Alger. Nos denrées y parviendront sans ditiiculté , et bientôt les facilités des communications nous procurerons de nouveaux colons et des visiteurs, attirés par le site remarquable^ par les antiquités romaines et par la salubrité de Tair. »

Bb quittant le village de Staoaëli, le cortège impérial se diri* gea sur Quyot-iflle. La distance entre ces deux centres de popu-

PROVINCE irALOER.

lation n »'>t que de cinq kilomHr#»s. FJlo fut vite parcourue sur une routo mnL-iiiUque. mais û travers im territoire peu fertile, fnr il lon^'ot'oiitimiellement la dune, que Von a <lû trancher sur plusieurs points. Cependant, aux abords de TOued Benîmcttoun, on rencontre quelques oasis de blé, vignes, et même de géranium . qui réussissent parfaitement à Tabri de ce rem»part de sable.

L'Empereur fit arrêter sa iroiture, en arrivant dans le village de Guyot-TîUe. Les colons racclamàrent avec enthousiasme, el quand les cris de : Vt re rEmperettr^ Vive Vlmpératriee,, Vive 1$ Prinee Impérial^ se furent un peu calmés, M. Tadjoint Marguerite prononça d'une voix émue le discours suivant : Sire,

' L:i visite ijue daigne taire votre Maj^eftLé, dans notre liuiiibie village , iious comMe tous d'une joie inexprimable. Nos cœurs sont t'tuus du bonheur de jouir pendant quelques instants de votre auguste présence.

« Tous les habitants que vous voyez à votre entour , sont heureux de voir votre Majesté; ils Lui sont entièrement dévoués de cœur et d'âme.

c Pénétrés de la plus grande admiration pour leur Souverain, ils savent, Sire, que vous avez quitté (quoique laissée entre bon nés mains) votre capitale, pour venir, vous même, faire le bien à toute l'Algérie, que vous regardez, ù juste titre , comme la plus belle colonie de votre vaste empire.

« Partout, Sire, dans le cours de votre visite, vous serez reçu avec le m(»me enthousiasme , les mêmes acclamations ; mais elles ne peuvent pas être plus sincères que les nôtres, quoiqu'elles pourront être plus brillantes.

« Sire, notre pauvre commune a de nombreux besoins, mais nous ne devons pas en cette circonstance, en entretenir Votre Majesté, crainte d'abuser de ses précieux moments.

« Nous nous en rapportons entièrement à la loyauté de notre brave Maréchal, ici présent, à qui nous les avons exprimés il y a peu de jours.

GinrOT-VILLE.

« Sire, daignez agréer les hommages infiniment respectueux des habitants de Guyot-ville ; ainsi que ]es vœux bien siiicères que nous adressons au Tout-Puissant, pour vous conserver de longs jours, ainsi qu'à votre auguste épouse, l'Impératrice et le Prince Impérial. >

Sa Majesté a répondu avec une extrême bienveillance au discours de M. radjoint, et Ma fiiit remettre par son aide de camp, une somme de 200 francs, pour être distribuée aux plus pauvres.

Pendant cette remise, M. le maréchal de Mac-Mahoii. 4111 était auprès de Sa Majesté, a dit à M. Marguerite, en pi ( iice de l'Empereur, qu'il se rappelait iurt Mon la tlemand.' (jiu lui avait été faite, dans le but d'obtenir : !« la construction d'un grand bassin pour contenir et utiliser les eaux qui se perdent dans la mer ; 2» de mettre à la charge des ponts et chaussées rentretien de la route de Guyot-ville à Chéragas ; 3o la distribution des lettres au moins tous les deux jours, tandis qu'elle n*a lien que tous les quatre jours.

Après quelques bonnes paroles adressées de nouveau à M. radjoint de Guyot-ville, Sa Majesté salua les colons avec cette grâce et ce sourire de bienveillance qui lui gagnent tous les cœurs, et les voitures s'éloignèrent, aux cris mille fois répétés de : Vive i Kin^ercur.

En moins d'une heure, le cortège impérial franchissait la distance du village au chef-lieu, que la poste met 4 jours à parcourir et Sa Majesté rentrait à Alger, après avoir vu les hameaux de la Pointe Pescade et de Saint-Eugène, et avoir ^ été acclamée par les colons disséminés sur cette route si accidentée et si pittoresque.

PROVINCE lyALGER.

BÛUFFARiK.

Bouffarik, chef lieu de oomioime, esl situé au centre de la Mitidja, entre Alger et BUdab, & 35 kilomètres de la première de ces villes, et ii 14 kilomètres de la seconde.

Cette commune comprend deut anneiest Soumah et Bout' nan ; su population totale est de 7,205 habitants.

Boiiiï.irik l'tait, en ISiiO, un jnai'ais inhahiLable, rempli de sangliers o{ de brios fauves. Le grutTal Drouet d'Erlon y établit un camp en 1832, et le 27 septembre 1836, l'administration civile y créa un centre de population agrùx>le.

Ce village eat, dans le principe, beaucoup de peine à se développer, à cause des fièvres qui enlevaient chaque année la majeure partie de la population.

Hais les colons ne perdirent pas courage, ils continuèrent à bouleverser le terrain ; ils y firent de nombreuses plantations, et parvinrent ainsi à force d'énei^le et de persévérance à des* sécher les marais. Aujourd'hui Bouffarik est l'un des centres agricoles les plus saiuî» dn TAlgérie. « Boutiank, dit M. Fromentin, est on pleine prosj)érité. Plus de malades, plus de fiévreux. Les eiu'0})éens s'y portent mieux; qu'ailleurs. Pendant qîîe tant d'bonitnos y mouraient empoisonnés par la double exhalaison des eaux stagnantes et des tenues remuées, les arbres, qui vivent de ce qui nous tue, y poussaient violemment comme dans du fumier. A présent, c'est un verger normand, soigné, fertile, abondant en fruits^ rempli d*odeur d*étable et d*activîté champêtre, la vraie campagne et les vrais campagnards. Il a fallu pour se Tapproprier^ dix années de guerre avec les arabes, et vingt années de luttes avec un climat beaucoup plus meurtrier que la guerre. »

Le marché de Bouffarik^ qui se tient près de la ville, tous les

GUTOT-VILLE. M

lundis, est très-frfiquente j»ar les arnhes et par les européens. Il s'y fait un commerce important de bestiaux.

Il existe prns de Boufi'urik, sur l'emplacement de l'ancien camp d'Ërlon, une succursale de l'Orphelinat agricole de Ben> Aknoun, fondé par le P. Bnimaud

Le 6 mai, à 11 heures 50 minutes du matin, l'Empereur qti| avait quitté Alger moins d'une heure auparavant, arrivait dan s la gare de Bouffarîk. Il était accompagné de M. le maréchal Gouvemear Général, de MM. les généraux Fleuryet Castelnau, de M. le colonel comte Reillei de M. Lapaîne, secrétaire général du gouvernement et de M. Poignant, préfet d*Alger.

Les colons réunis en grand nombre à BoufTarik, h Voccasion du coiicours agricole de l'arrondissement do Blidah, s'étaient transportés à la gare, où leurs vivats entliousiastr's annoncèrent à Sa Majesté, ^u'£lleétait attendue par une fouie heureuse et reconnaissante.

M. Ribouleau, maire de fiouffarik, entouré de son conseil municipal, adressa à l'Empereur le discours suivant^ qui dut produire une vive impression sur sa Majesté, car il lui fit connaître les efforts courageux et persévérants de ces colons qui Joîn d'être les paresseux ou les spoliateurs dont on lui avait parlé, avaient conquis par des travaux meurtriers les terres qu'ils cultivaient, et avaient transformé des marais infbcts en riches cultures.

« Sire,

« En 1835, la Société de colonisation offrait un prix à celui ' qui oserait se rendre an marché arabe de Bouffarick 1 BoufTariek n'était alors qu'un vaste marais infect.

c En 1805, nous avons l'honneur de recevoir Votre Majesté, il Bouffarick, au milieu d'une oaMs riante et fleurie, couverte

PROVINGE ITAUSKR.

àt migniflquw récoltes, de riches cultures, et en face du premier établisiemeni indasthel miment séiieux qui se soit asâs dans notre Colonie.

i Votre visite, Sire, pour les liardis colons qui ont réalisé cette métamorphose pénible, est nne superbe espérance, une garantie certaine de l'avedr.

« Je suis heureux d'être appelé à vous présenter la mnnicîo palité de nouihirick ; je suis Iut d'être appelé à vous offrir les fe»jiectueu\ liomma>çes de uo^ vaillants pionniers de la colonisation et d'entonner, le premier, le cri qui déborde de leurs cuiurs.

« Vice l* Empereur!

€ Viee Vlmpîratrice !

€ \ive U Prince Impérial! »

Après avoir adressé quelques paroles bienveillantes à M. le Maire de Bouiïarick, rFnipereur s'en t r etin t un instant avec les

membres du conseil municipal et notamment avec M. Oi^aud, l'un des plus anciens colons de la province d'Alger (1).

Au moment où 8a Majesté allait quitter la gare, les memhres de la Société de ^erours mutuels de Bouflfarick Jui furent présentés par leur vice-président, M. Bérard, qui s'exprima eu ces termes :

€ Sire,

« La Société de secours mutuels de cette ville est heureuse de déposer aux pieds de Votre Majesté, le tribut de ses hommages.

« Sous cette modeste bannière. Votre Majesté peut voir ios restes hér(Mrques des premiers fondateurs de Bouflbrlelt.

a Notre Société, Sire, est encore dans ses débuts ; mais elle marche avec courage et coniiante à travers les diilQcultés de sa créati(»i.

(1) Le conseil municipal de Douffarick est ainsi composé : MM. Ribouleau, mri\rc : Orsaud, Bresson et Gonsard, adjoints ; Delangle, Humel, Barberet (iilluns, Tculc, Pa^d, Navarro, et Hadji-Hai>setay conseillers,

BOUFFABIK.

« Lui serait-il permis d'oser espérer de rOmpereur, providence de la mutualité, un témoignage d^encouragement ?

« Ce serait pour elle un baptême de gloire, uti gage infaillible de prospérité. »

L'E^pereor a écouté ce petit discours avec un iotérftt marqué, et a répondu que toute sa sollicitude était aequise aui Sociétés de secours mutuels. Sa Migesté a foit remettre immédiatement à M Bérard une somme de SOOfr.f destinée à augmenter les ressources de )a Société naissante.

Avant de se rendre à Boutldrick, rEnipereur a voulu visiter rusino linicre et cotonnière, fondée par M. de Megnil. Sa Majesté vit fonctionner machines à tisser le lin et à égrejier le coton. Kile a tout examiné en détail et a admiré surtout les magnifiques échantillons de coton longue soie, qui ont été placés sous ses jcut. Sa Majesté a complimenté h plusieurs reprises M. de Megnil, administrateur général de la Société, sur la bonne installation de l'usine, et sur Timpulsion qu*il a donnée à cette branche importante de Tindustrie algérienne.

Quelques instants après, le cortège impérial entrait dans fiouffarik qui, pavoisée et fleurie , resplendissait de fraîcheur et d*animation — La perle de la Mitidja s'était parée coquettement pour recevoir son auguste vibiUai . Et la luulc qui se pressait sous les grands arbres, ornés de l)anderoles aux couleurs variées, acclamait l'Empereur avec un enthousiasme indescriptible. «C'était, selon l'heureuse expression du journal Le Tell^ le triomphe d'un père de famille que tous ses enfants acclamaient en l'accompagnant.» milieu de cette foule, pas une bouche restait muette, tous les cœurs battaient, le bonheur était sur tous les visages, car les colons comprenaient que Tavenir de l'Algérie était à tout jamais assuré.

C'est ainsi, entourée et fêtée, que Sa Migesté s'est rendue à l'exposition, où elle a entendu deux discours : l'un prononcé par M. Rubod, président du comice ; Vautre par M. Amould, président de la Société impériale d'agriculture. Sa Majesté a çt\-

Yi PAOVlZiGB D'ALGEB.

suite décor « - 1 ntain M. AriKHild et M. de FraBcliea : deux mcicns agriculteurs algériens.

Ce ecxicours agricole, cette fete de l'agriculture, à laquelle Jm préseme de l'Empereur donnait une tr<'-s-frrr\ndc solennité • iatpiré les réflexions soÎTantei à M. Alexandre Lambarl» l*un datpkis émiiiants défentean delà cotonigatioo wuùpéeaaoB.

% Cètte «poâtioii afalt lieu sons 1m beaux platanes de Bouffarick^ platanes dont les pins rienx ont à peine quinse w et qui tous mûntenant sont hauts et gros comme les marronni«*ni des Tuileries. C'est que ces arbres ont été nourris dans un iu.u aift t ugraissé par trois couches de colons morts a la peine daus lob travaux de diifrichenient et de culture. Ah ! la belle et vaillante année agricole que la France a dans noti e Colonie ! C'ost là qti'il y a des cœurs forts, des bras courageux, des cerveaux intelligents ! En effet, le moindre de nos colons était en France l'un des plus énergiques de son village, car il faut posséder cette qualité, et bien d'autres, pour se décider à abandooner la terre ^de ses pères et tenir conquérir un nonvean monde ! Nos colons comprsnnent qa*U leur fimt se hâter pour réparer la paresse douse Ibb séonlaire des Arabes, aussi comme Us marchent, comme ils transft>nttent le déserti

c Ces pensées ont bien certidnement été celles de TEmpe* reur , qui saura les exprimer un jour mieox qne je ne pois le faire. En descendant (lu chemin de fer, Sa Majesté a été émerveillée du spectable magmliqu*: qui s'oift ait à ses regards. Il y avait là, il y a trente-cinc} a)is, un marais immonde et pestiientiel; c'était le repaire des bètes fauves, le foyer d'oii la niort s'élançait sur la plaine, et c'est aujourd'hui le plus riche joyau de la Mitidja, une ville de laborieux cultivateurs, grande comme une grande ville de France, calme et verte comme un de ces beaux villi^es qne les peintres savsnt inventer, parceqn*lls n'en trouvent pas ailleurs de semblables pour modile.

< L'&nperear a reçu de laibule assemblée un accueil qu'il est impossible de décrire* L'Algérie n'aime pas ce Prince, de qui eUe attend sa régénération elle su est iUle I

OOKD-SL-AJLUSOG. TS

« L'Empereur qui n'avait pas de soldats autour de lui, était entouré , pressé par nos colons, qui tous voulaient l'entendre , le voir de près , le toucher s'ils le pouvai^t. Et songez bien q[ue œtte populatU» est Algérienne , c'est-à-dire mélangée àm Français, d*EqMignol8, d'Italiam, d'Allemands, et déjeunes gens qui sont nés dans la Ckdonie et qui ne connaitient pas d*auire patrie. Jamais aowt, je crois, les aeelamations populaires n^ont touché plus profimdément TEmperenr; la figure était rayonnante, il était le Boi de$ Colomt

« L'Empereur a donné la croix à deux agriculteurs : ce sont les premières décorations qu'il ait distiibuées ici ; c'était la croix mise sur le drapeau de l'agriculture, de la colonisation. Ch^un le pensait, chacun le disait. »

OUED-EL-ALLEUG.

Oued-el-Alleug, chef-lieu de coBimune, est situé à 15 kilomètres d'Alger et à 10 kilomètres de Blidah. Sa population est de 3,003 habitants.

Ce village, créé le 15 décembre 1851, a pris un rapide développement, et a dû être détaclié du territoire de Blidah pour former urio commune à part. Ses ressources financières J> élèvent arinuellcrnciit à plus de25,(XM) francs.

La nouvelle commune , administrée avec intelligence par M. Bucomman, est en voie de progrès. Ses terres sont fertiles et très-bien cultivées. On y récolte le tabac, le coton et le oolia. L'oranger y réussit admirablement* De nombreuses fenues, très-bien eiploitées sont répandues sur son terri* Unre.

PROYUfCE I^ALGER.

Le 6 mai, vers deux heares de rapràs-midi, TEmpereur arrivait Oued<ei-Alleug. Toute la population^ qui s^étatt portée a sa renoontre, l'aeeueilUt avec cetenthottsiaeme et ces vivats cent fbis répétés, dont la vigueur et la sincérité Ont dû

prouvera Sa Majesté pendant la durée de son voyage, combien Elle est ni m6e et cninbien fri ande est la coniiance des algériens dans sa sollicitude pour la colonie.

M. Duoomman, maire de la commune, MM. les conseillers municipanx (i), M* le curé Astruc et les sœurs de la Doctrine Chrétiemie avec leurs jeunes élèves, entourèrent la voiture impériale. L'Empereur, apris avoir adressé quelques paroles gradaoses à M. le Maire, et 8*ètre fait remettre son discours, s'approcha avec une bonté toute paternelle des enfants qui Tacdamaient de leurs cris joyeux, et reçut des mains do la jeune fille de M. Bailly, secrétaire de la mairie, un très-joli bouquet qui parut lui faire grand plaisir.

L'Empereur se rendit ensuite avec le Maire et quelques personnes de sa suite, au puits communal récemment creusé. Toute la population qui voulait jouir le plus longtem[«s possible de sa présence, lui faisait cortège. Chemin faisant, Sa Majesté remarqua les belles prairies de la propriété de M. Lescanne, et les importants travaux d'amélioration exécutés par cet agronome distingué.

Arrivé devant le puits communal, TEmpereor se déganta, prit un peu d*eau dans le creux de sa main, et après en avoir goûté, dit qu'elle était excellente. Sa Majesté voulut ensuite

(1) I/a(1niiin«,lr.iliou municipale d'Ouol-ol-AlIfu;; est ainsi coniposêe: M. Ducoiiuiian, maire; M. Jagerschmidl , adjoiiU; AliM. Charnaux, Domu, de Fhôeliea, Rouquier, Tenge el Beo*Aissa-ben>DjeUoul, conseillers.

OUED-fiL-ALLBUG.

visiter le canal de detisèchement qui charriait en ce moment une quantité d*eau considérable. Elle s*y arrêta pendant près de vingt minutes, questionnant tour à tour M* le Maire d'Ouedel-Âlleug et M. Ville» ingénieur des mines, sur remploi de ces eaux, et sur tout ce qui pouvait intéresser la commune. Puis, le cortège impérial s'élcrigna, laissant toute la population remplie de reconnaissance pour le souverain, qui s'occupait avec tant de sollicitude du bieu-ètredes colons, ne dédaignant aucun détail* voulant tout savoir, et sadiant tout se fidre dire par sa manière séduisante d'interroger et d'écouter. — M. Ducoiiiiiiaii, tiiis à Taise par la bieuveiilante attention de Sa Majesté, insista sur quelques-unes des demandes contenues dans le mémoire qu'il lui avait remis. Ce document que nous reproduisons ci-aprè»^ est remarquablement écrit. Il y a peu de maires en France, même des villes les plus importantes, qui diraient mieux.

« Sire,

€ Daignes me permettre de vous adresser quelques mots sur la situation de là localité que j'ai Thooneur d'administrer depuis bientôt huit ans.

c Sire, Je crois être l'interprète sincère des habitants de cette commune, en vous disant que votre visite inattendue est poui eux un événement méaiorable, et que le souvenir qulis en conserveront sera précieux pour la prospérité du pays.

« Le village d'Ouèd-cl-Alieug, doiit Votre Majesté a décrété la création le 15 décembre 1851, a commencé à s'établir à cette même époque.

^L Si Votre Majesté veut bien se reporter avec moi par la pensée à la date de son installation, elle verra que ces lieux ii*ofllraient à la vue du voyageur qu'un vaste marais inaccessible, couvert de plantes aquatiques et de broussailles d'une végétation exhubérante, repaire des bétes fauves et des fôroces I]a4îoutes qui harcelaient Bouffarik, incendiaient ses avirons, pillaient et massacraient les malhenreux colons qui tentaient d'en fertiliser le sol.

« Ce tableau^ Siro. 1 Hiie rigoureuse exactitude et si différent de ce f]ui frft|>i)e \(i> regards, doit déinontrer à Votre Majesté, que si le^ soldat.s de la France, venus en Algérie pour y détruire la piraterie et y implanter la civilisation, ont eu des» olKitaclci à vaincre, les soldats de la aecondd heure, les soldflU de la paix, les colons n*ayant pour arme que la charrue, et* la plupart, pour renôurees, que leur courage, leur éoergie et leur peraéf éranee « ont bien mérité de la patrie. Ettx aussi ont campé, car les plus riches, à leur arriivée, n'airai«it pour abri qu'une baraque de planches, ei Ici autres qu'un gourbi, construction primttife dont quelques broussailles et un peu de chaume font les frais.

€ D.uis CCS conditions. Sire, et après quelques mois des plus rudes labeui-s, les maladies, les fièvres paludéennes devaient infailliblement atteindre les familles de beaucoup de pionniers de la colonisation et les décimer. Alors le découragement succéda à Tespérance si vive au début ; la nostalgie, an souvenir des bomies conditions d'existence de la mère-patrie, s'emparait de ceux que la mort n*avait pas firappés ; ils demandaient à rentrer en France, et dès qu'ils y étaient^rrivés, ils dénigraient rA^gérie et lui donnaient la réputation équivoque, pourtant si imméritée, dont elle jouit aujourd'hui et dont l'effet est n diffi* cile à détruire.

1 Mais les hommes qui ont résisté aux difficultés inhérentes à toute sérieuse création, par leur caractère, leur tempérament, leur énergie, leur courage, leur toi daus la colonisation, ont transfornit'î cette contrée, et à la place des lienx infects et pcslilenlicls de?- jn eniiers jours existe après le court espace de quatorze ans, ce riant village complanté de beaux al lât es. De bonnes et solides maisons y ont été construites ; les cérér aies, la vigne, les prairies artificielles et naturelles, et diverses cultures industrielles de la plus belle venue occupent l'espace oà naguère on ne trouvait que marécages ou broussailles ; la santé est rentrée au Ibyer; lafamiUe s'est constituée; les beaux et nombreux enfiwts qui existent parmi nous, prouvent que la

OUED-EL-ALLEUG.

TT

noaveUe génération marchera sur les traces de son intrépide devancière, qu'elle tiendra une grande place dans le pays, et qa*dle y exercera une salutùre inila^ice.

« Un brillant avenir lui est réservé, Sire, et c*est k vous qu'elle le devra, car Votre Majesté désire que TAlgérie progresse. Or, dans ce but, Votre Majesté voudra que les trois voies ferrées projetées soient promptement achevées ; que l'on s'occupe activement de l'am iirigeiiient des eaux d'irrigation et (le leur répartition sur des zones plus étendues ; que des raesures soient prises pour que la population européenne devienne plus dense ; que l'entretien des voies de communications rurales et vicinales soit l'objet de soins 4)articulier8 , qu'^ifin les municipalités soient désormais débarrassées des quelques liens qui empêchent leur élan.

x> Avec cela, Sire, et de la moralité ches les administrateurs, ^'Algérie sera prospère et heureuse.

c Sire, vous aves daigné venir au milieu de nous pour juger de nos travaux et vous enquérir de nos besoins.

« Avant d'exposer ceux-ci à Votre Majesté, qu'Elle veuille bien me permettre une allégorie.

« Une commune, de même qu'une machine, a essentiellement besoin de tous ses engrenages pour fonctioimer utilement.

« Oued-el-Âlleug, Sire, n'a pas d'église. Une simple salle détachée, non sans gène pour le service municipal, de la mairie, est affectée à la célébration du culte. L'absence d'une église et l'appropriation défectueuse du*lieu où se célèbrent actuellement lee offices, privent une foule de fiunîUes des bons préceptes qu'elles puiseraient dans Tezercice de leur religion. La morale publique souffre assurément de cet état de choses, et je suis poi suadé que Votre Majesté le fera cesser.

« La po&ition centrale d'Oued-el-Alleug fait que vers ce centre converge une population nomade qui exige impérieusement rinstallation d'une brigade de gendarmerie. Du reste, le Oenseil général du département d'Alger saisi de cette question

n PROVINCE lyALGEft.

par un vcra tMunilé Taniiée dernière, a rceomni ropportmité dê cette créatioQ.

c Nous auriouB, Sire, à demander à Votre Hajeeté bien d'autres améliorations, mais nous devons nous borner ans plus urgentes, car nous savons qu*il sera Ikit appel i sa sollieitnde à chaque pas qu'elle Ibra sur ce sol.

« J'ai un dernier devoir^ Sire, à remplir, c'est celui d'appeler votre attention sur un propriétaire de cette commune, d'un grand mérite

c Arrivé en 1835 en Algéne. avec un patriinome d'une certaine iiiipoi t4ince, que compromit bientôt l'état de guerre dans lequel se trouvait le pays, Tbonorable personne dont je viens parler à Votre Majesté, traversa des jours laborieux et difficiles.

« La perte de sa Ibrtune n'empêcha pas qu'en i84l « U ne fht d*une utilité ucontestable à la France en accompagnant Monseigneur Dupucfa, de vénérée mémoire, pour opérer le premier échange de phsoni^ers avec Abd-èl-Kader.

t M. le baron Maurice de Franclieu, Sire, ne borna pas sa mission n« rôle de médiateur, il s'offrit en otage à Sidi-Embarrek, lieutenant d'Abd-el-Kader, et l'échange des prisonnière s'effectua sur la propriété de Ben-Salah, que M. de Franclieii a acquise dt-puis cet nrte de dévoiiment. Entin il s'y est fixé en 1850, avec de bien modiques ressources.

« La propriété qu'il exploite, Sire, d'une contenance de 130 hectares, est dans un parfait état de culture. On y admire de belles plantations dVbres fruitiers, une vigne remarquable par la valeur et la quantité des produits, la plupart des cultures propres au pays, intelligemment soignées, une installa^ tion ou tout est prévu et à laquelle a préâdé une coonaissanee complète des besoins agricoles de TAIgéiie.

< Dans les travaux agronomiques de M. de Franclieu que je viens d'indiquer, rien n'y serait extraordinaire s'ils avaient été réalisés au moyen d'une première mise de fonds importante; mais exécutés, comme cela a eu Ueu^ avec les ressources pro-

KOLÉAH.

irenant de la propriété, ces travaux sont un exemple à citer. Sîre, voaa jugerez si les faits que j'ai eu l'honneur de signaler à Votre M i^esté concernant M. le baron de Franclieu méritent récompense.

« Il ne me reste, Sire, i)lu3 rien à signaler à Tattention de Votre Maj esté ; mais qo'Elle me permette de la prier d'accueillir

les vœux de toute la population d'Oued-el-Alleuget les miens : que Dieu vous conserve pour le repos et la grandeur de la France, vous, Sire, et votre aimée Dynastie ! »

KOLÊÂH.

Roléah, clief*lieu de commune, est situé sur le revers méridional des collines du Sahel, en face de Blidàh, et à 38 kilomètres d*Alger.

Cette petite ville, bâtie en 4550, sous le pachalik de Hassenben-Klieireddin, avait acquis un assez grand développement lorsque le tremblement de terre de 4825 la détruisit. Elle s'était cependant repeuplée ; et les Hadjontes, qui l'occupaient, nous en disputèrent le possession pendant plusieurs années. Ce ne fut qu'en 4838 qu'elle fit sa soumission.

Koléah était la résidence des descendants de Sidi-AU Embarek, un des marabouts les plus vénérés de la province d*Alger. Parmi les miracles accomplis par ce marabout on raconte le suivant :

Sidi Embarek était khramës (méta} er qui cultive un cinquième), cbez un propriétaire de Koléah, nommé Ismaël.

Il avait mérité par ses bonnes actions la protection divine , car son travail se faisait pendant qu'il dormait. Ses bœufs labouraient très-régulièrement comme s'il les avait conduits. On

•i PROVIMCE VALGER.

rapporta ie prodige à lamafil qui, voulant s'«b assurer de ses propres yaiii^ se cacba im Jour près de là, et tit Embarek eoncliéeoiis un arbre, tandii que ses bœofr traçaient le sillon.

La tradition igoote qne les perdrû, pendant ce temps, 8*approehaient de Sidi Emliarek ponr hri enlever la irermine ! Isroa^I, 8C précipitant alors à ses genoux, lui dit : « Tu es l'élu de Dieu ; c'est toi ({ui es luoii maître, je suis ton serviteur. 9 Aiissit'it. le ranjonant chez lui. il le traita avec le plus profond iv>[ji'ct. Sa n'-putation de sainteté s'étendit au ioin : de toutes parts ou venait solliciter ses prières et lui apporter des offrandes (1).

Une mosquée et nne koubba élevées en llionneur de Sidi Embareki étaient en grande vénération. La mosquée a été conirertie en hôpital, mats la konbba qui a été respectée, est encore très-fréquentée par les fidèles.

La population de la commune de Koléah est de 6,190 habitants, répartis ainsi qu'il suit : Roléah 4548, dont 1821 européens ; Fouka 370 ; Donaouda 341 ; Oastiglione 444 ; Tefschoun 242; Bérard 125, et Assatha 120.

Le territoire de Koléali est très-fertile. Les eaux sourdent de toutes parts dans non petit vallon, abondantes et pures ; elles sont distrihiiées avec soin ot arrosent de magniiiqnes vergers d'orangers, de citronniers et de grenadiers.

Le dix mai 1805, à deux heures et demie du soir, Sa Majesté l'Empereur venant de Boufarick, où Elle avait bien voulu ho norer de sa présence le comice agricole, après avoir pria la route qui conduit de cette ville au village de Oued-el-Halleug au milieu de la végétation la plus luxuriante, est arrivée à

(1) CAsiTKLLA^fS, Si/uvenirg de la i te miUiauc en AffiÇM.

KOLÉaH.

Koléah, oà Tattendaii toute la population de la ville et des YÎUages voisins.

Be concert avec H. Bessiferes de la Jonquières, commandant

des zouaves, et par les soins de M. Gérv, uiiiirede Koléah, un arc de triomphe avait été dressé sur la route imptiiale qui, bordée de chaque côté d'arbres maprniiiiiufs, ollVait le plus joli coup d'œil^ et ne contribuait pas peu à en rehausser la décoration.

La section des pompiei's, un détachement de ia milice et toute la garnison formaient la haie sur le parcours que devait suivre Sa Migesté. Le Conseil municipal, M. le juge de paix, le cadhi et tous les membres de l'ordre judiciaire, MH. les curéi de Koliah et des environs, les cbels des différents services, les officiers sans troupes, ceux en retraite, MM. les membres delà Légion d'honneur, les médaillés de Sainte-Hélène, tenaient la droitè de Tare de triomphe ; sur la gauche, étaient rangés ^es élèves des écoles des deux sexes, de Koléah, de Fouka, de Castiglione et de Tefschouii, accompagnés de leurs instituteurs. Sur le {Ji oiongeiin'iit de la route qhi Ibnno une rue du nom d'El-Anda, étaient i-anjxés les habitants auxquels s'étaient jointes les populations accourues au devant de Sa Majesté avec douze bannières, désignant chacune un centre : Koléah (banlieue), Fouka, Douaouda, Castiglione, Tefscboun, Bérnrdi AUatba, Zoudj-Ël-Âbbès, Saïghr, Messaoud, Berbessa et Chatba. Sur la place du caravansérail, qui fait suite à la rue, étaient groupés comme des faisceaux d'armes, les outils aratoires des divers colons, charriots, charrues, herses, pioches, etc... Sorte d'exposition faite par des colons cultivateurs, désireux de manifester à l'Empereur leur amour du travail, et lui montrer qu'ils sauraient devenir, avec ces nouvelles armes, victorieux du sol, comme ils avaient été victorieux des ennemis de la France avec les armes du soldat.

« La plume est impuissante, nous écrivait M. le Maire de Koléah, à rendre l'émotion qui s'empara de tous les cœurs) le bonheur qui rayonna sur tous les visages, et qui se traduisit

niOVINGE D'ALGER.

par le» cria mille fois répétés de : vive l'Empereur, vivel'lm' pérafrice, vire le Prihce Impérial^ au moment OÙ la TOiture de Sa Majasté s'arrêta sous l'arc de irtomphe. »

Le maire, M. Géry, présenta à à*£iiipereur le corps manicipal, les membres de la justice civile et îwÛgènet les curés, les feuetioniiaires des diverses administratioiis et prononça an miliett des acclamations sans cesse renaissantes, cette petite allocotion:

« Sire,

. « Béni soit le jour où il noui» est permis d'oflVir à Votre Majest(^. î'hoiuiiiiige ihi respectueux dévouement des habitante de la conirauno de Koléah.

<i Daignez, Sij*e, jeter un regard sur cette foule, heureuse de voir son Souverain, et qui, pleine de conliance dans l'aveiùr, et persuadée que toutes vos sympathies lui sont assurées, ne craint pas de placer sous vos yeux les armes avec les^ueUss elle a vaincu, et compte vaincre encore, les obstacles que peuvent rencontrer la civilisation et le progris.

t Aussi, faeurenz et reconnaissants, et avec Tenthonsiasiiie du cœur, n*avoDs nous, Sire, qu'une même voix pour crier ensemble :

c Vive VEmperewr !

€ Fûw Vlmpératrice !

€ Vive le Prince Impérial, i

Ces cris fur. m auss i ôt répétés par la population et la troupe, et tout le monde s'avança respectueusement auprès de la voi' ture impériale, comme des enfants qui désirent voir leur pcre. Le Maire eut la bonne pensée de présenter à l'Empereur deux jeunes enfimts, un petit garçon, âgé de dix ans, Morstel Alexandre, et une petite fille du même fige,Pisot Anna, tenant chacun en mains un bouquet. Sa Miyesté écouta avec une bienveillance toute paternelle ce petit compliment que lui adressa la jeune flUe :

« Sire, nous prions Dieu pour votre Majesté, pour l'Imp^rutrice et pour le i^nnce Impérial^ l'espoir delà France. »

KOLKAH

M. Géty avait pris VenùaA dam ses bras pour réteier jasqn*à la porliàre, afin ^eUe pût être entendue de Sa Miyesté, reçut les fleurs avec une satîsftuîtion marquée ; puis, la main qui porte Tépée de la France carema gracieusement la joue de la jeune enfoat.

Sa Majesté voulut avoir le discours de M. le Maire. Elle lui demanda ensuite quel était le nombre deà malheureux que pouvait compter la commune. Aujourd'hui, lui rt'[)Ondit M. Géry, il n'y a pas un seul malheureux à Koléah, tout le monde est heureux. Sa Majesté s'informa ensuite du chiffre de la population, de celui de la garnison, Elle jeta un coup d'oeil sur le charmant jardin du régiment de souaves, et exprima son r^;ret de ne pouvoir le visiter*

Pendant ce petit entretien, les plus vives acclamations se fiûsaient entendre, TEmpereur était visiblement satisfait, et le manifestait par des saluts et des signes d*une bienveillance toute paternelle.

Les mêmes cris redoublés de: vwe V Empereur, l'ont accompagné à son départ. A cent cinquante mètres environ, la voiture s'est arrêtée pour relaj'er, et là encore la population a entouré sa voiture pour voir de nouveau Sa Majesté, qui avait bien voulu s'entretenir avec un arabe de la famille de.*» Embareck, Sidi-Kaddour-Ben-Uadj-Sereir, décoré de la Légion d'honneur.

Enfin, Sa Ms^esté a continué sa route, répondant par les salutations les plus gracieuses aux groupes nombreux de colons qu'Elle rencontrait sur son passage.

Arrivée à Douaouda, annexe de la oommunede Koléah, située à quatre Idlomètres environ de cette ville, sur la route d*A]ger, SalfiQesté a été reçue sous un arc de triomphe, heureusement improvisé et précédé de deux haies formées d'un côté par la milice, et de rautrc par les élèves de récole. M. l)uchon, adjomt, accortipagné de M. le cui ('■, s'est approché de Sa Majesté et lui a adressé le discours suivant, pendant que toute la population faisait entendre les vivats les plus enthousiastes :

PROVINCE D*AIjGER.

« Permeitrt-nioi d*ètre auprès de Voire Miyesté rinterpfèle ' des tentimenU respectueux et dévoués de la populatioe de Dooaouda.

€ Les colons, Sire, sentent qu'ils peuvent compter sur tous ; aussi de toutes parts accourent-ils, joyeux, empressés, entlioasiastes, ils veulent voir leur Empereur et même être TO8 de | lui.

'< ils ont «luuijit»» le Ht'sert ; ils pensent qu'ils ont bien mérité df l;i patrie, et iiu'ils seront bien recompensés de leurs ' labeurs «$i le chef de 1 Etat daigne y applaudir. |

c Les habitants de ce village ne comptent point parmi eus, de cet esprits aventureux qui basent leurs espérances de for* tune sur un heureux hasard; tous fondent leur espoir sur le , travail, et c*est par la production, qu^ils espèrent amélionr leur sort; ils avancent dans la vie, patients, laborieux, maii | llers d*ètre utiles. j

c Si cependant, Sire, il leur était permis de vous adresser | deux vœux: ils demanderaient, qu'un communal plus vaste leur soit accorde, alin 4110 par des troupeaux plus nombreux ils puissent réparer leurs terres qui s'épuisent ; ensuite qu'une égll^e plus digne du culte leur soit construite.

« Je iinis. Sire, en criant de toutes les forces de luoa &me:

« Vive l Khipcreur !

« V'tre VJmpét'atrice ! , t Vive le Prince Impérial \ » j

Sa Mf^esté 8*est entretenue des intérêts du pays et a fiût I prendre note de Tinsuffisance du communal. Avant de quitter | Dooaouda Elle a remis une somme de deux cents francs à

M. TAdjoint, pour être distribuée aux nécessiteux.

HOCZAIA-VILLE.

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