‹ Napoléon III en AlǵerieChapitre 11 sur 56 · MOUZAÏA-VILLE · texte numérisé non relu

MOUZAÏA-VILLE

Mouzaïa-ville. chef-lieu de commune, est situé sur la route de Blidah à Clieichell , à 5 kilomètreîi de la rive gauche de la ChiÉfa.

Ce village n ét«'' fondée en 184G , sur rcînplacenient d'une ancienne station romaine, nomm»îe Tamava-mtisa-castra.

La commune de Mouzaïa-ville comprend six annexes : El' Affroun, BoU'Roumi, La Chi/j'a, Bérardy Les Mouzaitu, Leê Had^outes. Sa population totale est de 6,096 habitants.

Le territoire de ce village , arrosé par les eaux de TOuedhàftd et de rOued-chamli, est très-fertile.

li'Empereiir A MounKa-VlUc.

Le 7 mai, jour de dimanche, TEmpereur, après avoir entendu la messe à Alger, partit à 8 heures du matin pour se rendre à Hilianah. Sa Majesté descendit de wagon à Blidah et poursaivit misuîte sa route en voiture découverte. Elle s'arrêta au

village de la Chiila, où les colons lui avaient élevé un arc de inomphe , s'entretint un instant avec les autorités locales et répondit par quelques paroles gracieuses aux vivats qui l'acclamaient.

De la Chilfa à Mouzaïa-ville, le trajet est très-court. Un instant après, le cortège impérial arrivait à l'entrée de cette petite ville où toute la population accueillit Sa Msyesté avec l'enthousiasme le plus franc et le plus chaleureux.

L'Empereur demanda au Maire des rens^gnementa sur les récoltes et s'informa auprès du médecin de la oolonisatiain de Tétat sanitaire du pays. Encouragé par TafTablUté de Sa Ka-

•6 PROVINCE D'ALGER

i<t(é , un colon, M* Adam, iui offiil qualquw boutoillas de vin provonuit dm ngnes de Mounln.

Un jeune enftnt de quatre ans, conduit par sa mire loi présenta ensuite un bouquet L'Empereur remercia la mère et TenAmt, C'était au moment du départ. Sa Majesté craignant on acddent, fit de pressantes recommandations à la mère, l'engageant ù prendre garde au niouvemenl de la voiture. Cette touchante sollicitude émut la population, qui redoubla ses vivatj<. et la voiture était déjà assez loin que les cris de: Vive le i*t'incf Inifirritil rptentissatont encore. L'Kn)i»ereur. en s'éloigtiant, dut eoiporter m bon souvenir de ce petit iactdent.

EL-AFFROUN.

El-Aiîroun , annexe de la couiuaune de Mou zaïa- ville, est situé à 0 kiioniètres de cette ville. Sa population est de 900 habitants.

La colonie agricole d'El-Alfroun, fondée en 1848, a été constituée en centre de population le 1 1 février 1851 , et annexée à la commune de Mouzaïa-vilie le 31 décembre 1856.

Ce village et le hameau de Bou-Roumi forment une sectioo de commune, administrée par un seul adjoint « H. Loulrignae. Ils sont Tun et Tautre dans une position géographique tout à (ait fiivorable. La route d*A]ger à Oran qui les traverse lesfiùt rayonner sur BDlianah , Tenex et Cherehell , et sur les centres de population moins importants d*Ameur^-Aïn, deBou-Beldka de Marengo et de Zurich, — Le chemin de fer d'Alger à Oran passera à trois cents mètres d El-AlTroun. La gare que l'on doit établir sur ce point sera plus importante que celle de Médéah.

Le territoire d'El-Affroun est fertile \ la vegéution s'y déve-

EL-AFFROUK.

loppe avec une rapidité eiLtraordinaire. Toutes les cultures y réuesiasent : céréales, vignes, tabac, coton, colsa, Un. De nombreuses plantations d'arbres de diverses essoices entourent la village, et en cachent la vue. Quand on arrive devant El-Affroun, les rues bordées d'arbres et sillonnées par une eau vive et murmurante, produisent le plus joli effet, on eroirait entrer sous des berceaux de verdure.

Ce charmant village est d^jà pourvu de tous les établissements d'utilité publique: mairie, église, presbytiîre , écoles pour les garyona et pour les filles, salle d'aisiie, bureau de poste, magasins pour les pompes à incenclie, etc.

Divers servici - sont en outre installés a Kl-Afîi'oun : uti garde général des Forts y réside, ainsi qu'un conducteur deb Ponts et Chaussés, et une brigade de gendarmerie.

It'EinperewP * BUAAwws*

L'Empereur est arrivé à El-Affiroun, le 7 mai, à 10 heures et demie du matm. La milice et la brigade de gendarmerie étaient

rangées en bon ordre à l'entrée du village où se trouvaient réunis avec toute la populatiuu du \iUage : M. Loubignac, maireadjomt; M. Ferrèrc, conseiller municipal: M. le curé Jourat; M. Ferry-Fontnouvellc, garde général des Forêts ; MM. les employés des Ponts et Chaussés et des travaux du chemin de fer ; les sœurs de Saint- Vincent de Paul avec leur pensionnat; l'instituteur avec ses élèves et, enfin^ tous les enfants de Tasile.

Les cris de: Vwe PEmpereur, Vwe Vlmpérafriee^ Vive le Prince Impérial ont accueilli Sa Majesté, qui paraissait charmée du bel effet produit par ce riant village, tout rempli de verdure, et par l'air de santé et de bonheur qui s'épanouissait sur tous les visages. S'adressant à M. Loubignac, maure a<ijolnt, avec cette affabilité et ce gracieux sourire qui mettent à Taise les caractères les plus timides, 1 Empereur lui dit quelques

PBOVtNCb I»'ALG£R.

pamlesi Menveilluni»-.-, M. Loubifirn.ic iLMiieiciii Sa Majesté et s'empressa d»' lui |ii-.'>ciit<M- les colons d'El-.VUrouii, en prononçant le pclit dùiCûurs que nous transcrivons : ^ Sire.

• La population d'El*Alfrouai|U6 j'ni Thoiineur de vous prf^senter, salue avec bonheur , respect et reconnaifisaDGe Télu de la France. La pr^ence de Votre Miyesté parmi nous, Sire, est un gage de sécurité et de prospérité. Elle a déjà relevé bien des courages abattus. La confiance que nous avons en vous et en celle de Tillustre tfirécbal qui nous gouvernai ne MMtt point une iliniiion. Aussi os cœurs vous .appartiennent; iK>s poitrines battront loiijou .* pour vous et toujours nous répéterons ces rvU tant aimés : Vive VEmperem\ Vivel'Impé' rntrii't . \'i> r l> ri im e hni>rria1. »

Quand le bruit des vivats se tut un peu apaisé; l'Empereur interrogea le maire sur les productions du sol. M. Loubignac lui répondit que la culture des céréales était restreinte parce que lé périmètre du territoire n'était pas assez étendu ; que aix hectares seulement, dont trois littéralement couverts de pal^ miers nains, avaient été donnés en concession à chacun des colons, et que ce n*était qu*à force de travail, de persévérance et de privations qn*tl8 étaient arrivés à se créer des moyens d*eiistence, et celà grâce à la culture du tabac et du coton — S,'i Majesté demanda alors si on l'abriiiuait du coton. Il lui fut répondu que cette industrie était la principale ressource du village ; que dans les expositions la qualité des cotons d'El-Affroun avait été déclarée supérieure aux plus belles qualités d*Amérique, et que M. Ferrère, l'un des plus anciens colons du village, avait reçu en 1856, pour ce produit, une médaille en bronze ; qu*en 1862, le gouvernement lui avait décerné une médaille en or, et la Société impériale d'agriculture une prime de 500 fr.

L'Empereur fût très-satisfait de ces renseignements, n sinfbrma ensuite des misères qu*il pourrait secourir, et le Maire lui aérant répondu qu'il n'existait qu'un très petit nombredindi-

AHBCR-EL-Am

gentë, Sa Majesté lui lit remettre 200 francs pour les pauvres» par M. le général Oasteloau.

Au moment où l'Empereur allait s'éloigner, une charmante jeune fille s^approcha de Sa Majesté, la priant d'accepter quelques fleorB. L'Empereur les prit avec un gradeus empressement et remercia la jeune colonne en lui disant : c Votre bouquet est très-joli et très-parfomé, »

La voiture était déjà lancée lorsque TEmpereur remarqua une exposition de cocons .jaunes et japonms, que mademoiselle Marie Floret avait placée sur son passaj^e. Sa Majesté parut examiner cette exposition avec beaucou}» d'intérêt, et adressa le plus gracieux salut à niademoi»eile Marie Floret.

AMEDR-EL-AÏN.

Ameur-eUÂÏn, annexe de Ifarengo, est situé à 14 kilomètres E. de cette commune, sur la route d*Alger à Oran. Ameur-el-Aïn, ancienne colonie agricole de 1848, constituée

en centre de population le 4 juillet 1855, a été annexée à la commune de Marungo le 31 décembre 1856. Ce village compte près le I ,(KX) habitants. Son territoire est fertile. On y cultive la vigne avec succès.

ii'Kmperear A Auiear>cl-AIa.

Le dimanche, 7 mai 1865, à dix heures du matin, TEmpereur, venant de Blidàh et se dirigeant vers Hilianah, s'arrêta pendant quelques instants à l'entrée du village. Reçue par M. Jacquot. adjoint. reniplisi»ant leh fonctions de maire à

Auieut-el-Ain, et par les officiers de la milice. Sa Majesté s'iniorma des besoins de la population, de l'état des cultures. pt remit h M. Jacquot une somme de 200 fr. pour être distriijuuc aujL pauvres.

Aprèt avoir salué avee bonté et à plusieurs reprises les colons qm rantouruoii et raoelamaient» rfimpereur a poursuivi sa route.

Sa'MiQesté est allée déjeuner entra Ameur-el-Aito etBou- Bekika, à 4 kilomètres de ees deux localités . La table a étémiie

K0U8 un bouquet d'arbres planté au bord de la route, devant nue fenne, comme sous 1« nom de Maisun Blanche, et appartenant il M. Charbonnier, mtdecui de colonisation. Le propriétaire et le fermier étaient absents, car, ce jour-là, chacun s'était rendu au village pour voir l'Empereur. Une jeune enfant d'une dousaine d'annéee gardait seule la maison. Sa Majesté a dû remarqner combien était gronde la sécurité dans cette partie de TAlgérie^où, à 4 kilomètres de tont autre habitation, la garde d'une ferme asseï importante pouvait être confiée sans daqger à une jeune fille de iS ans.

BOU-REKIKÂ.

Bou-Rekika, annexe de la conuimiie de Marenj^o, est situé a (> kilomètres E. de son chef-lieu, sur la route de Biidah a Milianah. Sa population est de 834 habitants.

Colonie agricole de peuplée avec des transportés eo 1853, et annexée à la commune de Marengo le 31 décembre 1856, Bou-Rekika a dù son prompt développement à sasitua? tion entre les routes de Blidah, de Milianah et deCherchell-

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BOU-mSA.

Le 7 mai, à midi et demi, l'Empereur venant de Blidah, et •e rendant à Mîlianah, s'arrêtait k Boo-Rekika, où les colons Ini avaient dressé nu arc de triomphe. Sa Majesté (ht reçue par M. Le Génissel, maire et commissaire civil da district de Marengo, accompagné de M. Choulet, adjoint de Bou-Rekika, du conseil municipal, et des livors fonctionnaires de la commune. L'atlluence de la population était jurande, presque tous les bahitants de Marengo s'étairut juiiit a cou\ de r?ou-Uekika. M. Dupotel, adjoint de Cheichell, était venu en députatioii avec le oooseil mumeipal et plusieurs autres personnes de cette ville. Plusieurs groupes d'arabes s'étaient également fiirmés autour de la voiture impériale ; mais ils étaient peu nombreux et perdus dans la foule des européens , accourus de tous les points enviromiants.

Tout ce qu'il y avait de voitures et de charrettes dans la eemmune, avait été mis en circulation , pour transporter les colons et leurs familles. Les habitants de Bou-Rskika avaient eux-mêmes, pour ce joui de iétc, envoyé t<)iites leurs voitures a Marengo, et les avaient nîises avec un iratemel empressement à la dispobiuou de ceux qui n'avaient pas de moyen de transport.

L'Empereur, agréablement surpris de l'animation qui régnait sur ce point déjà éloigné du littoral, panûssait satisfait de l'accueil chaleureux qui lui était fait par ces anciens transportés, devenus aujourd'hui des colons laborieux, dévoués à l'œuvre de la colonisation. Sa H^esté s'informa de tout ce qui pouvait aider à la prospérité de ce village, et après avoir adressé quelques paroles très -bienveillantes aux autorités locales, continua sa roate^ non sans avohr promis à M. le maire de Marengo et à divers colons qui le lui avaient demandé, de s'arrêter à Marengo eu revenant de Milianah. Jje Conseil munir

PROVWŒ D'ALGER.

cipal de Cberchell, aj . < » avoir remis «ne adresse à Sa Majesté, avait «iAllicitô la métue faveur, atai» il ne put lui être fait aucune promesse, en raison île la grmnde distance à parcourir et du dérsjugemeni qui eu «erait réitulté dans Titiaéraire projeté.

MIUANAH.

Miluuiali, chef-lieu d'arittndisseinent et de subdivision militaire, 0!^t situé à "118 kilomètres d'Alger, sur un plateau du mamelon le plus »^levé du Zaccar. à 900 mètres environ lu dessus du niveau de la mer, et à cinq kilomètres de la plaine du Cbéiiff .

Suspendue en quelque sorte au penchant de la montagne, et bâtie iur le flanc d^un rocber dont elle borde les crêtes, la de Milîanah est bornée : au nord, par le mont Zaccar, qui la couvre entièrement de ce côté; au sud, par une vallée fertile, que le petit Gontas sépare de la plaine; à Test, par un ravin qu'elle domine ù pic ; à Touest, par un plateau arrosé d*eaux vives, qui y appellent et y favorisent la culture.

De ce point élevé, la vue s'étend jusqu'à l'Ouareusenis, qui se trouve au-delà de la plaine du Chéliir.

Ainsi poâée, la ville de >Iilianah ofl're un aspect pittoresque.

Les environs de la ville sont charmants. On rencontre, en parcourant la chaîne des montagnes du Zaccar, qui se ])rolûuge jusqu'à Chercbell, les sites les plus remarquables. Ici des pics à perte de vue, là des vallées dont l'œil peut à peine apercevoir les profondeurs. Il y a dans ces parages, des lieux arides et rocailleux, et un peu plus loin, des fourrés impénétrables, des ibrèts et de vertes collines, le tout parsemé d*arbres fruitiers sauvages, tels que Tarbou^er, le cerisier.

mUANAH.

L'eau abonde partout dans ces montagnes, qtii contiennent en outre, des gisements de minerais de cuivre, de plomb et de fer. Une mine de enivre rouge a été exploitée pendant plus de deux années sur la route muletière de Cherchell ; mais les éruptions y ont été tellement intenses» que les filons n'y ont . aucune régularité. Les richesses qui sont renfermées dans ces montagnes doivent être considérables. Des travaux de reconnaissance récemment opérés ont amené la découverte d'un giLe de minerais du cuivre, qui a produit 150 quintaux métriques en 14 journées de main-d'œuvre. Il existe près de la ville, deux ou trois gites de tVr de très-bonne qualité, qu'Abd-el-Kader exploitait. Son éLablissement de forges se trouve aujourd'hui transformé en une minoterie.

Au sud-est Milianah, les montagnes du Gontîias ont été moins bouleversées, elles sont trës-métallifères, les ûlons de cuivre y sont réguliers ; des travaux importants de reconnaissance y ont été faits par les explorateurs du Zaccar : MM. Dupin, Virault et Allemand.

La vue de Milianali, vers le sud-ouest, change d'aspect. L'œil découvre la belle plaine du Ghéliff, parsemée de fermes et de villages français et arabes. Cette plaine est aujourd'hui couverte de riches moissons : blés, orges, luzernes, etc. De maprnifiques plantations, favorisées par Tabondance des eaux, environnent la ville ; les arbres fruitiers donnent des fruits exquis. Le jardinage y est d'excellente qualité. La culture de la vigne y fait des progrès très-rapides. On ne comptait il y a quelques années, qu'une centaine d'hectares comptantes de cépages blancs, aujourd'hui le chiffre du cépage noir dépasse 300 hectares.

La ville de MtUanahest ravissante. Elle est entourée d'un magnifique boulevard ; ces rues sont bordées de très-beaux arbres, disposés en -voûte, qui forment un cercle de verdure dans la

partie supérieure, et donnent de l'ombre sur tout leur parcours. On y trouve la fraîcheur en plein midi, pendant les journées d'été les plus chaudes; l'eau y abonde et circule dans des ca-

alfiiix eoDstruiis à droite et à gauche des rues. L*air y estpuTt la dinimt trfwetin ; les vents du sod, dits siroeo, j ont peu d^inteosité à etnae de sa sitiuilioii élevée.

L'aan est en si grande quantité à Ifilianah, qa*n a été possible à deox industriels, HM. Pidion et Toorniol, d'j mooter nn étaUisiementde piscseoltnre formé de plusieurs grands bn^ sins, oft se multipUeut une infinité de traites, carpes, s«o* mons, etc. Ces messieurs ont reçu la médaille de 1^ classe (\o la Société d'acclimatation de Paris.

On va étaliiir a Milianah des fabriques de laine, de cnion et de lin. — Le lin et le rolnn y sont, en ollet, cultives avec grand succès. La laine eat apportée à profusion sur les marchés de Milianah (i).

La conuDone de BTiIianab. comprend trois annexes : AffrevUU, LwMmmdê et Ain-Sultan, Sa population totale est de 84W habitaaU.

Le 7 mai, à 5 heures 15 minutes du soir, TËmpereur arrivait devant Milianah, où il était reçu, sous un élégant pavillon, par M. Martin, maire de cette ville, accompagné du conseil municipal (2) et de toute la population.

M. Martin, en présentant lesdeft de Milianah à Tempereur, ■ a prononcé le discours suivant :

(!) Ct's rciiSMgneinent.s et ceux qui précèdent nous ont M fournis par M. Martin, maire de MiUanah, et Vm des fonctionnaires les plus distin* gués de la Colonie.

(ij L'administration municipale de IHIteiiah est tixm composée: M. Martin, maire ; MM. Laroesse, U* adjoint; Férali, adjoint à Affreville; Brun, adjoint à Lavarande; Malardeau, adjoint à Ain -Sultan. MM. Ampt, Danger, V,W\7j^, Jourtlan, Marguerite, Rosado, Tesseire, Moatli, Mohamcd-bcl - Allât el 8eliinan-ben-Siaro, conseillers municipaux. M. Dupin, secrétaire.

MILUNAH.

< Sire,

< En vous remettant les clefe de la ville, j e me sens saisi d'un sentiment de fierté dont le souvenir restera à jamais gravé dans ma mémoire.

« Vous avez parcouru nos contrées, Sire, et vos regards se sont reposés sur des vallées dont la végétation, d'une richesse presque sans égale^ laisse encore les terres en trop grande quantité étrangères à la culture, et principalement à la culture industrielle. Mais bientôt, lorsque les cheniins de fer, dont Votre Majesté a doté l'Algérie, sillonneront notre beau pays, tout changera d'aspect comme par enchantement ; alors les capitalistes n'hésiteront plus à envoyer leurs fonds, et les bras qui nous manquent viendront £ûre suiigir du sein fertile de nos terres les riches trésors qui y sont encore enfouis.

f Le voyage de Votre Auguste Majesté, Sire, que nous n'avions jusqu'ici envisagé que comme un rêve, vient réaliser notre plus cher vœu, en ranimant notre courage.

< Les Égyptiens disaient : « Napoléon est l'élu de Dieu sur la terre. i> Nous, Sire, nous ajouterons : « Napoléon III est notre Providence ! »

L'Empereur a répondu qu'il était très-satisfait de tout ce qu'il avait vu qu'il restait encore beaucoup à faire, mais qu'il serait potir\<ii à tout ce qui importait à Vavenir et à la prospénté de la Colonie.

?a Majesté est ensuite entrée r!nns la ville, et s'est rendue à l'hôtel de la subdivision. La foule se pressait sur ses pas et l'aeclamait avec un enthousiasme indescriptible. Les vivats les . plus chaleureux retentissaient dans toutes les rues. Les maisons brillamment pavolsées, et leurs croisées garmes d'un double rang de dames qui agitaient leurs mouchoirs, offraient le plus charmant coup d'œil.

Arrive a i'hôtel de la subdivision, l'Empereur a paru au balcon pour voir défiler la milice et les troupes de la garnison. En cet instant, un immense cri de : rivn VEmpereur a salué Sa Mi^esté, qui était touchée de l'enthousiasme dont toute la po-

M PROVIKCB D^ALGER.

pulation européenne et indigène était amméef on pourrait dire transportée^ car l'ovation était en quelque sorte délirante.

Après avoir donné audience à M. Coetallat, eoas-préfet de rarrondissemeot, à M. le maire, à H. le curé et à M. le juge de paix, Sa Mi^eeté a voula pareourir la ville à pied. Elle a ensaitê visité le jardin du cercle militaire, qui est bien le plus joli réduit que Ton puisse imaginer et qui fiât grand honneur au bon go6t de NBf . les ofReiers de la garnison de HiUansh. Ce jardin, qui est entretenu avec goin, a le double avantage d'offrir un relu^^e toujoui;. liais pciuiaijt les clialem's de rété, et de recréer la vue par uu coup d'd il imposant et varié. C'est d'uhord, aux {lieds de Milinnah, mais à une grande piDfondeur, la plaine du Chélifl'^ que l'Oued de ce nom traverse dans le sens de sa longueur. Plus loin^ et bordant la plaine du côté du sud, s*élève le grand Atlas, TOuarensenis, sommet qui domine les autres sommets, et auquel les arabes ont donné Tépithète d*(Ei( du monde,

A la nuit, Hilianah couvert de feux, étincelait 4e lunûire et de joie, selon Texpression très-vraie du rédacteur de VAhhba,

L'Empereur a reçu à sa table le général Liébert, eomman-

daiit de la suhtlivision, M. Costallat, sous-préfet, M. Martin, maire de Miiiuimh, M. lo curé et M. le lieutenant-colonel du

H7c de li <,'•"!'*.

A l'issue du diner, pendant lequel l'Empereur s'est entretenu des intérêts de la ville avec les diverses autorités et principalement avec M. le général et M. le maire, la musique du 4» chasseur, dirigée par M. Leguay, a accompagné une cantate composée par Xf . Félieux, en llionuear de Sa Mijesté.

Void cette cantate, intitulée : La ilfiltanatse, qui a été trcsbien chantée par M. Giraulet, artiste au théâtre de Miliaoah :

Réjouis-loi, peuple île l'Algérie, Kéjouis-loi, brave tes eiinenais l

WILIANAH.

Sur cette terre antrafois asservie

Des jours heureux nous sont encore promis.

L'illustre Chef qui gouverne la France

Est parmi nous !,.. — Sire^ Ions vos sujets

Doivent bénir ici votre présence.

Car prés de VoQS, nous sommes tous Français î

C*est à l'armée, à sa noble vaillance.

Que nous «levons notre sol africain;

C'est a Vous, Sire, aujourd'hui, que la France

A confié son glorieux destin.

Aussi, bientôt, pour les aris..., l'iiulustrie,

Notre pays, partout sera cilé ;

Et c'est à Vous, alors que l'Algérie

Devra sa gloire et sa prospérité î

Lois^oe la Franco adopte rAlgérie, Les mêmes draiis à Ions seront acquis !

Et réunis à la même patrie.

Nous ne ferons qu^un même et seul pays Pour PAIgérie, hélas* trop délaissée Désormais s*oavre un brillant avenir ; Votre œuvre. Sire, est trop bien commencée Hais c'est Vous seul qui pourres l'accomplir !.,.

Bientôt, hélas ! vers ia mère patrie.

Avec regret nous vous verrons partir l,„ En nous quittant, Sire, de l'Algérie Ail î puisaiez-vous garder lu souvenir I El chaque jour, regardant vers la France* L'heureux colon, iranq[uille désormais.

Vous bénira dans sa reconnaissance, En jouissant du prix de vos bienfaits.

Sire, «1 ces lieux. Voire augusie présence Dans tous noi c^i'urs laisse le doux espoir De voir bientôt cette nouvelle France Heureuse cl fière 1... et par voiro pouvoir,

Ponvoir en tout tW^e du gnuiti empire^ De l'Algérie illuslraiit \v renom, Aîn^i qu'en France, ici nous pouiroD* dire :

Vive a jimaiê Viee ^apof•OM/•..

L'Empereur a luit remercier l'auteur de ces vert», M. i elieux, et M. LniTuay. compositeur de la muài^uei et a fait remettre à chacun d'eux ime médaUle en or.

Pendant son séjour h MlUanah, Sa Higesté s'est occupée avec une grande sollicitude de l'avenir de cette ville^ aux dir ▼m points de vue de Tagriculture» de rindustrie et du commerce. Elle s'est infonnée des cultures qui réussissaient le mieux, du produit des ngnes» et a demandé si les terres avaient besoin d*engnus. M. Martin lui a répondu que jusqu'alors on en avait très-peu employé et que la rkliesse du sol était telle que les colons n'aTaient pas eneore reoonan Fabsolue nécessité de recourir à cet excitant.

L'Enipereur a voulu connaître les ressources métallurgit^ues des environs de Milianali. 11 a été question des forges qu'Abdel-Kader avait établies, et des mines abondantes qui les alimentaient. Enfin, Sa Majesté a interrogé tour à tour les divers chefs de service sur les besoins de l'arrondissement, et cela avec une si grande affabilité, que personne n'était embarrassé pour répondre. En sorte que, dit une correqioadance, Sa Majesté, éclairée par les réponses qu'elle provoquait avec une précision admirable, a plus appris sur le pays en quelques heures, que n'aurait pu le faire la commission la mieux composée, dans une enquête de plusieurs jours.

L'Empereur a quitté Milianab le lendemain à 7 heures du

JÉLUNÂII. i»

matin. Avant son départ, Sa Majesté a fait appeler M. le Maire et Ta prié d'être auprès de la population de Milianab Tinterprête de sa BatiBfiMtkm pour le bon accueil qu'elle en avait reçu.

c Votre ville est cbarmante, et certainement, a-t-ellei^outé en terminant, je reviendrai la visiter. »

Puis, en présentant an billet de banque de 1,000 fram à

M. Martin, Sa Majesté a prononcé ces paroles :

a Prenez ceci pour la Société de secours mutuels , c'est le « meilleur moyen de donner aux pauvres. »

Aubsitôt après le départ de l'Empereur, M. Martin a adressé à la ])oj)ulation de Milianah, la proclamation suivante, tout empreinte de la profonde gratitude que la visite du Souverain a fait naître dans tous les cœurs :

« Chera concitoyens, « Notre plus beau r6ve 8*est réalisé: Sa Mi^esté l'Empereur est venu visiter nos contrées, et ses impressions, j'ose le prodamer, ont été on ne peut plus favorables à notre riche et fertile sol. Aussi, en quittant notre ville, m*a-t-il chargé de vous témoigner sa satîsfiMtîon de la réception que vous lui avez faite, et sou iuteution de s'occu]»er des intérêts de Milianah.

c Nous étioîis déjà dévoués par conviction à la dynastie de notre Souverain ; aujourd'hui, nous le serons encore davantage par le sentiment de la plus vive reconnaissance.

« Ainsi donc, répétons comme nous Tavons déjà fait mille et inille ibis^ pendant le trop court séjour de Sa Majesté à Milianah, les eris de :

« Vive V Empereur 1

« Vive VImpérafriee \

« Yive le Prime Impérial ! »

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