‹ Napoléon III en AlǵerieChapitre 4 sur 56 · AUDI · texte numérisé non relu

AUDI

la sphère d'attributions du Conseil, il s'appliquait à M péné* trer de la pensée souveraine et à la réaliser ; mais que la pauvreté du budget provincial paralysait ses efforts eh retardant la création de ces travaux, de ces améliorations, qui h&tentla marche du progrès et en sont le complément indîspénsable.

Sa Majesté a accueilli ces paroles avec intérêt.

An nombre des personnes qui ont eu llumneur d'être pré» sentées à Sa Ifajesté, on cite encore M. Robe, président de la Société de secours mutuels la Famille et M. Herpin^ président delà Société des AH s et Métiers.

M Âmould, au nom de hi Société impériale d ugncuiture, a adressé à Sa Majesté les paroles suivantes : « Sire,

« J'ai l'honneur de présenter à Votre Majesté la Société d'agriculture d'Alger, à laquelle l'Empereur a donné une haute marque d'encouragement en l'élevant au titre de Société impériale.

il Dans les siècles derniers les populations, lorsqu'elles sentaient un malaise, disaient : « Si le roi savait ! » Nous tous, colons de TAlgérie, alors que nous étbns parfois accusés d'impuissance, nous ne cessions de nous dire : c Ah 1 si l'Empereur ▼oyait? »

c C'est donc avec une profonde émotion qu'est acclamée la présence de Votre Majesté parmi nous.

4t Sire, pendant ce voyage, nous solliciterons de TEmpereur une audience, afin que quelques-uns d*entre nous puissent lui

exposer respectueusement nos besoins et nos aspirations.

« Nous comprenons, du reste, que la colonisation européenne, dont le large développement doit donnnr à l'Alfrério la richesse et la force, doit avoir pour corollaire indispensable leliien-étre des indigènes. C'est la réunion des deux races dans les travaux de la paix, qui permettra à l'Algérie d'apporter à le France un surcroit de grandeur et de puissance, en retour -des sacntices que la mère-patrie a faits pour la Colonie, e%.

PROVmCK IKALGER.

ijouà n'oul) lions pas que cette grande œuvre aura été préparée, puis asi>urée par notre prlorieuse armée,

. Sa Majesté a accueilli avec bienveillance 1 expression de ces vœux , et a répondu qu'£Ue recevrait volontiers la Société impériale d*agriculture.

Pendant que les réceptions officielles continuaient au palais du Gouvernement, on affichait dans la ville la proclamation .suivante, adressée am habitants de l'Algéiie, qui était accoeiUie par la f4Mile avec m enthousiasme indescriptible :

€ Je tiens an milien de tons pour coanaitre par moi-mêiiiè i vos intérêts, seconder tos eflbrts, vous nssarer que la prot tection de la Métropole ne voos numqnera pas*

c Vous lottes avec énei^e depois longtemps contre deux € obstacles redoutables : une natnre vierge et un peuple guerc rier. Mais de meilleurs jours s'annoncent. D'un côté^ des « Sociétés particulières vont, par leur industrie et leurs capi- « taux, développer les richesses du sol, et de Vautre, les Ara- «t bes contenus et éclairés sur nos intentions bienveiUan.te8, ne € pourront plus troubler la tranquillité du pays.

« Aj^ez donc foi dans l'avenir, attachez- vous à la terre que •41 vous cultivez comme à une nouvelle patrie, et traitez les • Arabes au milieu desquels vous devez vivre, comme des « compatriotes. Nous devons être les maîtres parce que nous % sommes les plus civilisés ; nous devons être généreux, parce c que nous sommes les plus forts.

■ « Justifions enfin sans cesse l'acte glorieux de Tun de mes « prédécesseurs qui, fiiisant planter il 7 a trente-cinq ans, sûr c la terre d*AIHque, le drapeau de la France et la croix, y ■« arborait à la fois le Aligne de la civilisation, le symbole de t la paix et de la charité. « napolCok.* »

Quand l'Empereur est sorti du palais impérial pour parcourir la ville, la foule recoimaissantc se pressait sur ses pas et faisait À Sa Majesté une de ces ovations dont il est impossible de perdre le souvenir. « — Reproduisez tous les détails fournis par les journaux d'Alger, disait-on dans une lettre adressée au iow

lonnaU, ne craignez pa^-de rien exagérer en racontant ce qui s'écrit sur l'ovation faite à l'Empereur; le triumphe, — tout autre mot serait trop faible, — le triomphe a conimeucé dès l'instant du débarquement et la proclamation Je Sa Majesté a porté l'enthouBiasme jusqu'à sa plus haute expression. 9

L'Empereur accompagné du maréchal Mae-Mahon, et da aca aides de camp, MM* Flauiy^ Castelnau et Railla, s'att promené à pied dans las rues d'Alger. Sa Majesté a paru frappée de la m^flstiieiita beaaté du boidavard da Tlmpéfatrica ; Ella a ramarqoé la iplandida h^tel d'Orient et la maûoo Lesca. L'Empereur daaoendant ensoita- sur la qaai, a tnravé que les bureaux des deux compagnies maritimes^ la nouvelle douane et certains bastions étaient d*un mauvais effet. Eu visitaxA le quartier Bab-el-Oued, Sa Majesté a indiqué la démolition de tous les établissements du génie et de l*artîllerie, (lui encombrent l'espace compris entre la mer et le nouveau lycée, le jardin Marengoet ia porte Bab-el-Oued. Cet immense espace doit être transformé en un admirable-jardin public.

Le soir, les rililices piililics et la plupart des maisons particulières étaient brillamment illuminés. Une foule compacte, enthousiaste n'a cessé d'encombrer les places et les [ji ini ipaies rues jusqu'à une heure fort avancée. L'escadre cuirassée, brillant de mille feux , ajoutait un nouvel éclat au splendide effet que produisait rilluminatkm de la Mosquée, de la pêcherie et de la place du Gonvemament.

— 4 Mài* Dans la matinée, TEmpereur a appelé auprès de lui H. Sarlande, maire d*Alger, et s'est entretenu longuement de 1^ situation de la ville, de ses ressources^ de ses besoins, des travaux exécutés et de ceux en projet, et lui a demandé les plans des uns et des autres.

Planeurs autres audiences ont été données par Sa Majesté, qui a travaillé jusqu'à Theure du déjeuner.

A midi, TEmpereur est monté en voiture pour faire une promenade dans le^ enviiuu:». Ma^ealé a visite ^uccebdivement

PROVINCE iyALG£a.

îe village de Chérngas, la ferme des Trappistes à Staouélif la baie de Sidi Ferruch, et s'est arrt't«^e, en rentrant^ dans les villages de Guyot- Ville, de la Pointe- Pcscade et de Saint- Eugène. Partout, sur son passage, le Souverain a été salué par les populations ; les maisons de campagne étaient pavoisées, les fermes les plus humbles montraient leurs façades ornées de bouquets de fleurs des champs. C'est au milieu de ces ovations non interrompues que Sa Mi^^^ ^ effectué son retour à Alger.

Le soir, au moment où l'Empereur traversait la oour du palais pour se rendre au dinar. Sa Idjesté trouva réunis daj» la eour mauresque les orphéonistes et les élèves de l'école arabe-française qui, sous lliabile direction de M. Daniel Salvator, chantèrent avec un ensemble parfait le chceur de la Muette. Pendant toute la durée de Texécution, Sa Majesté resta dans le cour, fort émerveillée de voir réunis les éléments hétérogènes qui composent roipli<.'un d'Alger, ioime par des français, des musulmans, des israélites indigt''ne.s, des maltais, des espagnols et des italiens. Ce n'est qu'après avoir félicité M. Daniel Salvator et les exécutants, que Sa Majesté se retira aux cris mille fois répétés par les orphéonistes de : Vive VEmpereurI (1).

— 5 MAI. — M. Sarlande, maire d'Alger, a été reçu de nouveau par l'Empereur et Lui a remis les plans que Sa Majesté avait demandés. M Chassériau, architecte en chef de la ville, qui accompagnait M. Sarlande, a eu Thonnettr d*ètre interrogé par Sa Majesté et de lui fiMimir de nombreux renseignements sur les travaux en cours d'exécution.

Dans cette même audience, l'Empereur a entretenu'le Maire des projets relatif au square à établir sur l'emplacement actuel de l'arsenal, conformément au tracé fait de sa pt opre

' (1) Manileur L'mvemel du suir, 10 mai

ALGER

IT

main^ sur le plan qui lui avait été remis. — L'emplacement à choisir pour la construction d'un pa1ni<? rlo Justice, a été également Tobjet d'une étude spéciale. M. ChaasériAu a été chargé par Sa Miyesfcé de préparer un projet et tm plan.

L'Empereur, 'voulant se rmidre compte par Itti-même de diverses autres questions intéressant rédiUté d'Alger, aparoouni dans la matinée lea quartiers du lias de la Tille. Sa Majesté est descendue par la rue de la Marine Jusqu'à TAmirauté, d*où Elle est revenue en traversant les quais par les rampes du Boulevard de llmpératriee. — La foule qui avait reconnu l'Empereur s'est pressée autour de Sa Majesté et Ta suivie jusqu'au palais du Gouvernement, en faisant entendre des vivats enthousiastes.

L'Empereur est allé visiter l'Exposition des oeuvres d'art placée sous le patronage de M°»o la duchesse de Magenta, et organisée par un artiste algérien, M. Lauret, aîné. Sa Majesté a examiné avec un vif intérêt tous les objets réunis dans cette Exposition , improvisée depuis quelques jours h peine , et a exprimé sa satisfaction à plusieurs artistes. S. Eve. M. le maréchal de Mac-Mahon a appelé l'attention de l'Empereur sur une aquarelle de M. Lauret, ainé, représentant le projet d'un square que M. le Gouverneur Général désirerait créer, sur un vaste emplacement situé entre la marine et la pêcherie. Sa Migesté a trouvé ce dessin fort joli et a manifesté le désir que le square fût exécuté (1).

L'Empereur a visité, dans la soirée, le haut de la ville, incotjnUù ^ accompagné seulement du Gouverneur Général et d'un aide-de-cam]), qui étaient comme lui en bourgeois. Il s'est donné le plaisir d'entrer dans un café mauic tout primitif, et, prenant leur café, ces messieurs ont écouté la conversation des

(I) M. Gedin, célèbre peintre de marine, qui a aeeotnpagné sa Majesté dans sun >oyage en Algérie, avait déjà présenté à l*Ëinperear le frère de cet artiste» M. François Lauret, et lui avsU lait l'élo^ do son talent.

PIIÛVINCE D'ALGER.

habitués. En sortant l'Hinpoioiir ivniit au kaouadj une pièce (Je 20 fr. — Le prix do la tasse Obt de 5 c. — I,e kaoïiadj dit assez n€'gligciîiiiiOijt macach ittuntuiic {je n'ai pas de monnaie). Le Gouveriiem- lui dit alors : a Tu ne suis donc piUs à «lui tu parles? C'est ic Suiiaii. » A ce mot sa stupéfaction fut grande» mais aussitôt il se jette sur la main de i'Emju'reur pour la baiser, et au bruit qu'il fait pour exprimer son bonheur, tous les nègres, maures et arabes du café et des en\irons accou* rent et font à VEmpcreur une ovation de salamaleks dont il ne lui est pas facile de se dépêtrer. Cette scène a beaucoup amusé TEmpereur.

Dans la matinée du même jour, TEmpereur avait adressé aux Arabes la proclamation suivante :

t Lorsqu'il y a trente-cinq ans, la France a mis le pied t sur le sol africain, elle n'est pas venue détruire la nationa- € lité d'un peuple, mais, au contraire, aifranchir ce peuple « d'une oppression séculaire ; elle a remplacé la domination a turque par un gouvernement plus doux, jdus juste, plus « éclairé. NeanuKuns. pendant Icis premières aimées, impa- « tients de toute suprématie étrangère, vous avez combattu « vos libérateurs.

u Loin de moi la pensée de vous en faire un crime; j'honore, « au contraire, le sentiment de dignité guerrière qui vous a c portés avant de vous soumettre^ à invoquer par les armes c lejugeinait de Dieu. Mais Dieu a prononcé; reconnaissez c donc les décrets de la Providence, qui, dans ses desseins c mystérieux, nous conduit souvent au bien en décevant nos « espérances et en trompant nos efforls,

< Comme vous, il y a vingt siècles, nos ancêtres aussi ont c résisté avec courage à une invasion étrangère, et cependant, « de leur défaite date leur régénération. Les Gaulois vaincus t se sont assimilés aux Romains vainqueurs, et de Tunion « forcée entre les vertus contrairesde deux civilisations oppo- « sées, est née, avec le temps, cette nationalité française qui, c à son tour, u i cpandu ses idées dans le monde entier. Qui

Digitizeci by

ALGCR.

« sait si un jour ne viendra pus où Ifi race arabe régon/Tée « et conton luo avec la race françaiso. ne rctrouvora pas mie « puissante individualité semblable à celle qui, j)eiidant des € siècles, Ta rendue maîtresse des rivages méridionaux de la e Méditerranée.

<L Acceptez donc les fait accomplis. Votre prophète le dit : € Dieu donne le pouvoir à qui il veut » (chapitre II, de la c Vaehe^ Tenet 248). Or, ce pouTOir que je tiens de lui, je « veux l'exercer dans votre intérêt et pour votre bien.

« Vous connaissez mes intentions, j*ai irrévocablement as- € auré dans vos mains la propriété des terres que vous c occupez ; j'ai honoré vos chefe, respecté votre religion ; « je veux augmenter votre bien-être, vous faire participer de « plus en plus à l'administration de votre pays comme aux c( bienfaits de la civilisation ; mais c'est à la condition que, de « votic côté, vous respecterez ceux qui représentent mon « autorité. Dites à vos frères égarés que tenter de nouvelles « insurrections serait fatal pour eux. Deux millions d'Àrabes €C ne sauraient résister à quarante millions de Français.

« Une lutte d'un contre vin^t est insensée ! Vous m'avez « d'ailleurs prêté serment et votre conscience, comme votre « livre sacré, vous obligent à garder religieusement vos c engagements (chap. VIII du Bepentir^ verset 4).

« Je remercie la grande majorité d'entre vous dont la fidélité « n'a pas été ébranlée par les conseils perfides du fanatisme c et de l'ignorance. Vous avez compris, qu'étant votre Sou- « veraîn, je suis votre protecteur ; tous ceux qui vivent sous « nos lois ont également droit à ma sollicitude. Déjà, de grands « souvenirs et de puissants intérêts vous unissent à la Mère* € Patrie ; depuis dix ans^ vous avez partagé la gloire de nos t armes et vos fils ont dignement combattu à côté des nôtres « en Crimée, en Italie, en Chine, au Mexique. Les liens formés « sur le champ de bataille sont indissolubles , et vous avez « appris à connaître ce que nous valons comme amis ou en- « nemis.

PROVINCE VAL6BR

« Aypz donc confinnrc dans vos destinées piasqu'elles sont i unies ;i celles de la Frnnoe, et reconriai*?s(P7 avec le Koran « que ccbfi rpte Die» diroje est lien (/trt^é. (Chapitre « Ara/*, verset 177). — « napoléon. »

'6 MAI. — L* Empereur quittr< .W^^r à dix heures damatm pour faire une eicurfion dans la plaine de la Mitic^a, et rentre le loir à six beuree, après avoir visité Boaffarick,* Oued-el- Alleug, Coléah et Douaouda.

— 7 R 8 MAI. — Un des premiers faits de la joamée du 7, a été un grand acte de justice. — UEmpereur a ordonné

d'élever, de un million à deux millions et demi, le chiffre des indemnités a payer, dans les trois provinces, aux européens et aux indi^^'nes qui ont éprouvé de^ pertes par iiuite de la denucre insurrection.

Sa Majest*' est ensuite portie pour Milianah et n'est revenue à Alger que le lendemain, à 5 heures du soir.

Un instant après son retour, Sa Majesté, qui ne paraissait nullement fatiguée du voyage, a fait une promenade à pied dans la ville. Sa Majesté a pnrcoora plusieurs fois la place du Gouvernement, est descendue à la pêcherie et ensuite est remontée sur le magnifique boulevard de rimpératrioe. Mais bientôt la foule qui acclamait l'Empereur est devenue si compacte, que Sa Majesté s'est vue obligée de rentrer au palais du Gouvernement.

— 9 UAi. — L'Empereur travaille avec S. Eic. le maréchal. Gouverneur Général, et avec les divers chefs de service. Sa Miyesté donne ensuite audience à un grand nombre d'indigènes.

L'Empereur a reçu, à i heure de l'après-midi, les délégués

de la Société impériale d'agriculture d'Alger. Sa Majesté s'est entretenue, avec une très grande bienveillance, des intérêts généraux du pays, pour lesquels Elle a manifesté une sollicitude toute particulière.

ALGER

A deux heures et demie, les marins de l'escadre cuirassée d'évolutions ont débarqué pour faire une promenade militaire» Les compagnies de débarquement (i), ayant à leur tète la musique du Taisseau amiral le Solférino^ ont monté la rue de la Marine, suivi les rues Bàb-Asoun, Rovigo, dlsly. Arrivées à la atatue du maréchal Bugeaud, elles ont reçu Tordre de passer 80U8 les fenêtres de TEmpereur et sont revenues par la rue Napoléon, lame Brucei la rue Ûénhia, la rue Bab-el-Oned et la rue de la Marine.

A quatre heures et demie, les marins étaient de nouveau sur le poiat du débarquement, se rembarquaient avec la même rapidité, et quelques minutes après, étaient rendus à leurs bords respectifs.

Des chaloupes à vapeur ont mission «le condtdre ft de reconduire les canots de l'escadre. Rien n'est plus gracieux que le coup d'œil offert aux spectateurs par les évolutions de tous ces canots, attachés les uns derrière les autres, et passant tour à tour devant chaque navire de l'escadre, pour y laisser leur coQtiqgent de marins de débarquement (2).

A. cinq heures, Sa Ifijesté, accompagnée de S. Esc. le maré* chai de Mac Mahon, est allée visiter les principaux momiuents d'Alger.

Sa première virite a été pour la cathédrale, où Mr Tévéqne

(1) Ces compagnies, placées sous le comiQaadeineat supérieur de M. Bonml 4a Vliis, eomnuaidant le Soiférinù, soot organisées de menière à pouvoir, dans an très-court espar» de totn|)s, faire un débarquement sur

un point quelconque. — A cet effet, à luinl de tiiaqtie navin-, les nint"> lots sont désignés pour que, aucoramamlemonl do lour chef sur ce m(*me uavire, ils soient lunnédiatement prêts à élre transportés à terre. — Chaque compagnie ae compose de liO hommes ( nombre qui pourrait être augmenté), commandés )»r un lieutenant do vaisseau ; la réunion des. compagnies de deux navires forme nn bataillon qui dispose de deai. batteries de 0 pièces. — Tous ces mouvemenls s'exécutent avec tma promptitude etnn ensemble remarquables. Aossîtftt à terre, chaque compagnie se forme en bataille , monte ses pièces de campagne sniquelles s'attêlent 7 hommes et se met en marcfic sur le point indiqué* (%) MoMUur dê V Algérie, do iO mai 186$

ti PROVINCE ITALSER.

Pavy, à la tôte <lii chapitm diocésain, a reçu Sa Majesté et a ii))|>rovisé une allocution qui a été écoutée avec une affectueufie bienveillance par Sa Majeité.

La bibliothèque et le musée ont été ensuite honorés de la visite de l'Empereur. Sa Hiyeeté a examiné dans le plus grand détail la salle des antiquités et celle des monuments arabes , dont M. Berbmgger, conservateur, décrivait les objets les pins remarquables. Les belles statues provenant de Tantique G^esa' rea(ai^ioard*bui Cherebell), ont fixé Tattention de TEmperenr, qui a admiré également le magnifique palais raanresqne dans lequel ces collections sont exposées, et qui sera bientôt l'unique échantillon d'une grande habitation indigène, conservée dans toute la pureté du type local. Dans la grande salle de lecture. Sa Majesté a rem u ijiu' la lettre originale écrite sur parchemin, par son oncle, Nai»ol<'oii l^^r, au pacha Mustapha, qui a construit et habité la maison ou se trouvent aujourd'hui la bibliothèque et le niu.sée.

Dans la salle de lectui-o où se fait le cours d'arabe, M. Bresnier, professeur à cette chaire, a mis sous les yeux de l'Empereur les plus beaux mauuscrits arabes, comme calligraphie et enluminures, de la collection de la bibliothèque.

En sortant du musée, Sa Majesté s'est dirigée vers la maison occupée par la Cour impériale, où £lle a été reçue par M. le premier préddentPiecrey.

SaUigesté a visité ensuite les deux principales mosquées, où Elle a répondu aux hommages et aux démonstrations de respect qui lui ont été adressés , par des paroles qui ont vivement touché les assistants.

• L'Empereur a terminé cette tournée par une visite au lycée impérial et au collège impérial arabe-firançais.

M. le recteur Delacroix, entouré des inspecteurs de l'Académie et des fonctionnaires du lycée , a eu l'honneur de recevoir Sa Majesté et de lui adresser i allucutiun suivante : a Sire,

f (^'Université fondée par Napoléon I^i^, soutenue et affermie

ALGER

par Napoléon m, marche, Ici comme en France, vers le noble but qui lui est assigné : éclairer les esprits à tous les degrés de réchelle sociale pour « élever l'àme de la nation. » D*Alger à Laghouat, de La Calle à Nemours, elle enseigne la crainte de Dieu, Pamour de la patrie, la fidélité au Souverain. Elle répand sur tous indistinctement sa bienfaisante influence, persuadée qu'elle auia paissainmenl contribué pour sa part à l'œuvre de civilisation entreprise par la France, lorsqu'elle aura réuni sur les mêmes l)ancs, à cotédes européens de tous les pays, les indigènes de tous les cultes et de luutos les races.

« Aujourd'hui, Sire. l'Algérie a peu de chose à désirer pour renseignement primaire. L'enseignement secondaire est largement organisé dans ce lycée qui compte cinq cents élèves, et qui n'attend qu'un local plus vaste et mieux approprié pour prendre un nouveau développement. Les collèges des provinces d'Oran et de Constantine sont déjà ft^quentés par une jeunesse avide de savoir. La prospérité de la Colonie en fera dans quelques années des lycées impériaux.

< Quant à renseignement supérieur, il a été inauguré en 1857, par la création d'une école de médecine, spécialement appelée à étudier le» maladies du pays, et à propager Tart de guérir parmi les Arabes qui, depuis plusieurs siècles, n'ont d autre médecin que le fatalisme.

« D'autres créations seront successivement décrétées, nous l'espérons ; car le Souverain (^ui regarde rAlj^érie comme une nouvelle France, veut que tout émigrant trouve ici pour sesenfj^ts les foyers de lumière qui éclairent et vivifient la métropole.

« Sire, le corps enseignant sait ce qu'il doit à Votre Majesté, et ce qu'il peut attendre encore d'unPrincequi a cultivé avec tant d'éclat les sciences et les lettres.

a Sincèrement reconnaissant, entièrement dévoué à Votre dynastie^ il crie avec moi :

c Vive VEmpereur!

< Vwe Vlmpéraêriee!

c Vwe le Prinee Impéritdl

PRQVINGE ITAUm

Sa Majesté a répondu t^u Elle sait que le corps enseignant est ù la hauteur de sa mission par le savoir et le dévoôment, et qu'Elle est heureuse d'applaudir aux résultats déjà obtenus en Algérie sous le rapport de l'instruction.

Puis Elle a passé devant le front des élèves internes et ex« ternes rangés «n fer à cheval dans la cour, remarquant la bonne mine de € ces enfants d'Alger, » et s'est retirée après lenr avoir accordé un jonr de coi^*

Pendant la visite de rEmpereiur, 1«8 acdamations des ftnetionnaires, des élèves et des daines qni gémissaient la galerie du premier étage ont été si vives et si prolongées, qu*il a fidla les interrompre à plusieun reprises, pour permeitre an recteur de prononcer son allocution et à Sa l^tajesté d'y répondre.

Cette visite, dont le sonvemr se perpétuera au lycée, a montré combien est cher aux enfallts de l'Algérie le Prince Impérial, dont le nom a été constamment mêlé aux acclamations t^ui ont accueilli TErapereur. *

Le soir, Sa Majesté s'est rendue au bal donné en son honneur par le maréchal Gouverneur Général, au palais de Mustapha.

M. Charles Desprez, le spiritupl chroniqueur de VAhhbar^ a publié sur cette fête splendide quelques lignes charmantes, qui trouvent naturellement leur place dans ce recueil des sonvenirs algériens :

« J*ai déjà vu dans ma vie bien des Ifttes.Les voyages si féconds en aventures de tout genre, m'ont fiût un bagage iinposant d*épÎ80des heureux, de souvenirs poétiques* Je pois biflii dire cependanti que nul d'entre eux ne saurait être édîpsé par la fHe de Mustapha.

c Qnéltralet, quelles perspectives^ sur ce chemin prestigieux zigzaguant aux flancs du Sahel, entre les plus ridna vergws et les plus magnifiques ombrages qui soient peut-être en Algérie !

« A droite, le vallon d'Isly, avec ses blancs paliiis de style oriental, les iiauteurs pittoresques du Teiemii, les çrètes ardues du Fort l'Empereur.

ALGER

« A gauche^ les bosqiMto de la villa Clausel , la vaste plage du Hamma, la graeîeiue courbe des flots venant mourir sur lerivege. •

c Et tontes ces qnlendeum édsàgétà, non pins par le soleil éblouissant qui, trop souvent, nuit à reflhi de nos paysages ■IHcains, mais par le plus beau dair de lune qa*il soit possible d'imaginer.

c Dans Tair, pas un souille ; et néanmoins une déKdenae fWdcheur. Au ciel, pas un nuage ; et tant de clarté, tant d'azur, qu*on eût pu se croire au plein jour de certaines contrées du Nord.

« Kulâ jalons n indiquaient au loin la route, eiilouie ça et là BOUS des massifs de trembles, de lenti.s([ues et de caroubiers ; mais on en pouvait, de l'œil, suivre tous les méandres, grâce am voitures dont les réverbères couraient, se croisaient, se dérobaient et reparaissaient, comme des essaims de lucioles.

« Et puis, autour de nous, c'étaient, à tout moment, nous d/épassant, ou dépassées par nous, suivant leur vitesse, suivant notre hâte, des calèches remplies de sociétés parées.

€ Ni cbftles, ni manteaux, avec un air si doux t

c L'ouverture du bal était fixée pour neuf heures, et déjà, dès huit heures, les salons, les galeries, les vestibules du palais étaient remplis d'une Ibule compacte.

c Ona, plus d'une Ibis, vanté la distinction et surtout Tamabilité tonte particulière avec laquelle H« le Gouverneur et ma* dnme la Karéchale fimt les honneurs de leurs salons. Il fimdrait renchérir encore ici sur ces éloges. Et cependant, quelle sillluence 1

c Les dames occupaient les fauteuils et les banquettes placées sur deux rangs le long des murs aux arabesques d'or. On

e ait le bon goût de nos élégantes ; aussi n'entreprendrai-je pas de décrire des toilettes qui seront bien longtemps, dans nos cercles intimes^ un sujet de conversation et peut-6tre d'envie.

« Les hommes se tenaient debout au milieu du salon. C'él^çnt nps brillants ofûciers de ^rre de mer, avec leurs

ift PROVINGE IVALGER.

ép«ulettet> resplendissantes, leurs croix et leurs rubans de toute forme, de toute couleur; les fonctioiuialres^ les employés, aux fracs chamairés de dorures : les chefs arabes avec leurs longs Irarnoiis aux plis majestoeux, les cafds, les muphtis, les Mao. res de distinction, attirant le regard par Tédat bariolé de leurs lyostemeuts orientaux.

c Une personne étrangère au motif qui réumssait, à cette heure de la nuit, tant de monde, eût certes cherché bien longtemps avant de s'expliquer le but de la fête.

« Pas de musique, pas de danse, pas de jeu, pas de conversation. On ne marchait même pas. Chacun restait en place, immobile, le cou tendu, les yeux tournés vers la porte d'honjieui-, comme en l'attente d'un événcineaL

Les grands arbres du jardin couvraient les allées de leur ombre épaisse. La lune seule éclairait les coteaux voisins, et sa douce lumière tremblotait seule et sans rivale sur les eaux endormies du golfe.

c Tout h coup des applaudissements, des cris de joie se &mi entendre du côté de la route.

« Et, parles ogives des colonnades, au-delà des massif d'àloès et de citronniers qui décorent le parterre, on aperçoit, courant à fond de train, une escouade de cavaliers armés de torches fulgurantes, dont la résine pleut dans Tair en gerbes d'étincelles, et coule sur le sol en ruisseaux enflammés.

€ C'est le cortège ; c'est l'Empereur.

« Les nobles h6tes du palais se précipitent pour le recevoir.

« n offre son bras à Mme la Maréchale, et suivi du Gouverneur, il monte majestueusement l'escalier de stuc et de marbre blanc, qui conduit au salon du premier étage.

c( Qui pourra jamais oublier cette entrée solennelle ! Lui, souriant, heureux, sans doute ; où reçut-il jamais de plus siacèreb, sinon de plus éclatants témoie^nages de sympathie ? Elle, parée, éblouissante de pierreries, mais belle surtout de cet air de bonheur répandu partout sur ses traits.

« Ce futalors comme un enchantement, Aux arbres du jardin

ALGER

ST

86 balaaeent des frnits de fea ; à l'angle des terrasses, aux cornîéhea des murs se déploient des théories d*arcs-en-ciel.

c De tons côtés, s'élamcent dans les airs mille ftisées aax oourbes gigantesques, aux poussières lumineuses, et dans les eoîns obscurs, au fimd des bosquets ténébreux, jaillissent en embrasements tour à tour bleus, verts, jaunes et rouges, les boîtes do feux de Bengale.

« La montagne elle-même s'emplit d incendies et d'apothéoses. On dit que MM. Gudiii et Durand-Brager accompagnent i'Ëmpereur. Ces deux peintres des grands ellets ont sans doute reproduit , dans leurs tableaux de batailles navales, des conflagrations plus intenses, mais ont-ils jamais rien imagée de plus gracieux et de plus original à la fois, de plus inattendu, de plus féerique surtout, que ces échappées de lumière qui, pendant une partie de la nuit, se sont succédé à divers points des coteaux d'El-Biar^de Mustapha et du Fort* l'Empereiur?

< On croyait voir tantôt des scènes de Norwége avec leurs glaciers irisés et leurs aurores boréales.

« Tantôt de ces grottes d'asur comme en fournit la baie de Naples, au bas des rochers de Capri.

« Tantôt, «ifin, des intérieurs d'enfer, tels que le thé&tre nous les représente, avec leur atmosphère ignée, leurs rochers de feu, leurs ombrages de pourpre et leurs fleuves de sang.

« Au loin, cependant, et sur les bleues étendues de la mer, se dessinaient^ en éclatantes parallèles, les vergues de Tescadre brillamment illuminée.

« Des orchestres placés à divers endroits du palais, ici près du salon des danses, là sous le couvert des ombrages, ajoutaient, au plaisir des yeux, les délectations de l'ouïe.

« C'est au milieu de cette double rniv/ip les beautés de la nature et des décorations scéniques, que Sa Majesté ouvrit le bal avec madame la duchesse de Magenta.

« La fête commençait véritablement. Les invités, pressés jusqu*alors dans un seul salon/ pour accueillir TEmpereur, se

PROVINCE D'ALGER

répandirent, qui par les vérandas, qui aom les vesUbalas, qui dans les jardins du palais.

€ El c'était nne choae à ravîTi que de TOir, sous le tamis des ombragée, à traTMS les enbraiicbements, an bord dea corbeilles de fleors, ces groupes éUgants de femmes et 4« cayaUers que pailleteieDt, qu'enveloppaient, qu'inondaienl de lumières, iantèt les pftles rayons de la lune, et tant6t le reflet ardent des girandoles.

€ Le soûper Ibisplendide. Nul n*igpora eç que peu^mt, ikit de gastronomie, nos VéAmr algériens (1).

c Après le eoovert de TEmperenr, vint celui des dankee» que suivit, toujûui-s abondant, tOMjûurs succulent, cçlui des autres invités.

« Il était tard, ou plutôt de bonne heure, que l'éclat des lumières et les riimu iiello.s des quadrilles retenaient encore au palais les élus fortunés de cettoiimt merveilleuse.

« Par les riches campagnet; qu'il a déjà visitées dans le Saliel et dans la Mitidja, Tl^pereur a pu apprécier la valeur matérielle de notre colonie méditerranéenne ; la fètc de Mustapha sera pour lui comme un échantillon de l'attrait puissant, invindble, que l'Algérie eierce sur tons ceux qui l'ont une fois •bordée. »

10 MAI. — Après avoir passé la Journée à sVmiper des intérêts de la Colonis, l'Empereur est sofli du pi4>î>t ^ors trois beures pour fbire sa promenade accoutumée. Sa Kb^esté

(1) Tons les journaux de la métropole el de l'Algérie oot sij^ialé te nupa de ce luuper qui mérite, en effet, dt fixer l'altentiou des fovU" mets. Nous la reproiluiiions ci -après:

Potages de tortues ilu Boutloiiaou. — J\eT'-vr.< : Porc-épic garni de ro^'noris d'anliloix' ; quarliers de gaielle de l'Ouargla ; filets do marcasftUQs delX)ued-Allouf. — ËMrées : Salmis de poules de Carliiage ; cà' lelettes d'antilope ; pains d'outsidea des Cbotls. — RàtU .* Autruche de l'QglaMTadja ; jambons âe.imgUers. — Eninmeta Sciqimims da Hammah; œufs (rautnirhn k la coque ; gelée de grenades à la Slaoï^li. — PàUfHriei arabei : ûmdax, macroûdes, sceiakhoraclu» oribiM.

est descendue le long de la rampe sud du boulevard de Tlmpératrice non encore livrée à la circulation, a traversé les chantiers de bir Morton Peto et a suivi le tracé du chemin de fer le lon^; de la manutention, jusqn*aux chantiers des formes de radoub. Arrivée à vo point, Sa Majesté a trouvé MM. de Serry, ino'énîeur en chef de la province, et Lebiez, ingénieur du port. £lle a daigné examiner avec intérêt les travaux de radoub des deux navires mis en réparation dans là petite forme et le bateau porte dont nne des faces est dàns le vide. Pois, Qle a visité les madkSnes d*épuisement et là grande Arme dé raddnb, se foisant rendre compte det ' dispositions adoptées ponr ce dernier ouvrage et des procédés employés dans sa eonstniction.

Après cette visite, qui a duré près de trois quarts dlieare, et pendant laquelle Sa Migesté a témoigné à plusieurs reprises sa satisfikction, TEmpereur est rem<mté en voiture et a gagné, par la rampe Bab-Âzoun, la route de Gonstantine pour se rendre au Jardin d'acclimatation (1).

Sa Majesté a été reçue par le directeur, accompagné du

personnel de l'établissement.

L'Empereur s'est d'abord fait donner des renseignements sur les espèces animales entretenues dans les parcs, et a arrêté un instant son attention sur les avantages que peut présenter la domestication de TautruGhe, qui devient de plus eu plus rare à Tétat sauvage. H a exprimé le désir que quel* ques' espèces soolQgiques, pouvant présenter un caractère d'utilité particuliènment appropriée au pays, fussent cloutées au noyau qui existe déjà.

(1) Le jardin d'essai est une pépinière dont le savanl directeur, H. Hardy, a sa faire, en ddiors de son utilité incontestable, la plas bette promentde des environs d'Alger. « Une avenue plsnlée alleniati-

vement de palmiers et de lataniers, s'étendant jusqu'à la mer, des massifs de bananiers, (rorangers, de citronniers, df"; plantes erotiques en pleine terre ou en serre^ f(H)t du jardin dressai uii «lidroii vraiment «eluniienr, • {h,9stm. hMrwndêVAIginê,)

MIOVINŒ D'ALGER.

Sa If ^iesté a admiré l'eflét pittoresque produit par dinrs groupes de palmiers, et surtout par la loogue allée qui s'étend jusqu'à la mer. Elle a remarqué Tavemie de bambous, Im dimension des nombrouses tiges de ce végétal et le parti avantageui que Ton peut en tirer dans l'économie rurale. Son intérêt n'a pas été moins excité à la vue de ces beaux spécimens d*arbres coulbres de l'Australie connus sons le nom d'arhaucaria. Elle s^est enquis de la posdtnlité de multiplier ces précieux végétaux et de les employer un jour pour le i cboist-ment de nos uioiitagnes. BUle s'est fait donner des renseignements m\r les autres arbres d'essence forestière dont l'acclimatation a été tentée.

Sa Majcsti' a été ])artiLU librement frappée des propriétés que pn'S(MUc le pin des CiMiaries ; Elle a nianilesté l'intention de faire venir des graines de cette espèce pour l'essayer dans les Landes. Elle a porté son attention sur les eucalyptus qui bordent la route et qui, plantés le 15 décembre 1S63, ayant 1 mètre W centimètres deiiauteur, ont maintenant 9 à 10 mètres d'élévation. La croissance rapide de cet arbre n'exclut pas la solidité du bois, qui peut être employé à tous les usages.

Sa Majesté s'est fait rendre compte des mesures prises pour la multiplication de cet arbre utile et sa diffusion sur une large écbelle en Algérie. Sa Majesté a vu favorablement les plantations nouvelles d'espèces exotiques qui environnent la pièce d'eau, et dont la disposition en groupes par fiimillea est la plus avantageuse pour l'instruction du public.

Des tiges fibreuses de Fortie de Chine ou China-Grass ont été mises sous les yeux d^? Sa Majesté, qui s'est fait rendre compte des conditions économiques dans lesquelles ce produit s'obtient. Le conunerce anglais en fait venir des quantités importantes de l'extrême Orient, et l'industrie s'eiforce, non sans succès, d'en faire un succédané du coton.

Sa Majesté a appris avec intérêt que la culture de ce précieux textile que Ton va chercher si loin pouvait être répandue en Algérie sur une laige échelle^ en utilisant de préféi'ence les

ALGER

Si

terrains marécage u.v dans lesquels cette plante se plaît. Elle a porté aussi sa bienveillante attention sur ce fait qu'on tn> le lin, le chanvre, le coton et l'ortie de Chine^ l'Algérie pouvait cultiver et produire une multitude d'autres espèces textiles qui peuvent être utilisées de diverses manières. Elle a essayé, Elle- même, la force des fibres textiles qui croissent à la surface de la tige d'un palmier de la Chine, le chamœrops excelsai fibres avec lesquelles les Chinois fabriquent d'eicelients cordages et des toiles grossières, mais très-solides.

Sa Hijesté s'est fait donner des renseignements sur Vintroduction des plantes alimentaires, sur les plantes ibnrragères les plus utiles pour le pays, sur les conditions qui conviennent aux arbres fruitiers d'Europe et à ceux des pays tropicaux. Elle a appris avec intérêt qiïé la culture du bananier s*étendait tous les jours et que le produit d'un hectare pouvait être évalué 5 ou 6,000 fr., par an. On lui a apporté deux belles cannes à sucre, l'une violette, l'autre jaune qu'Elle a goûtées, et a paru iiappée de la possibilité de produire avantageusement du sucre en Algérie, dans certaines circonstances.

Sa Majesté s est retirée à six heures et demie après une promenade dans les diverses parties du service, qui a duré près d'une heure.

£Ue a témoigné au directeur, M. Hardy, et à ses collaborateurs, sa satisfaction sur l'importance des collections végétales réunies et sur la tenue de rétablissement (1).

Le soir^ Sa Majesté s*est rendue au tbé&tre impérial, an moment où le rideau venait de se lever sur le second acte de Rigoletto, Une foule nombreuse stationnait aux abords de la salle de spectacle, dont la fie^jade était brillamment illaminée. Des vivats prolongés ont aceueilU Sa Majesté, et ont éclaté de toutes parts, lorsqu'Ëlle a pénétré dans la loge de S. Exe. le Gouverneur Général.

Les artistes de la troupe italienne^ agités d'une visible émo-

(t j Moniteur univernel du soir du 20 mai

lion, ont fait de leur mieux pour interpréter l'œuvre de Ver li. Sa Mnjostt' a daigné donner, à plusieurs reprises, le signal des applaudissements.

— U MAI. — liépart de TEnipereurpourBUdah et Médéah.

— 12 MAI. — Sa Majesté rentre à Alger à 3 heures 1^2 du soir. Illuminations générales.

— \3 MAI. — L'Empereur quitte Alger à 7 heures du soir, pour se rendre à Oran. L'escadre exécute, sous vapeur, le salut impcrial.

« L'Kmpereur, dit une correspondance, a consacré cette journée u travailler avec les chefs de service et à visiter divers établissements publics. ~- Sa Mi^esté est d'une infatigable activité. »

— 93 MAI. — Retour de l'Empereur à Alger. L'psradre fait son entrée dans le port à six heures du matin, en exécutant de nouveau Timposant salut impérial. A sept heures Sa M^esté débarque au milieu de toute la population qui l'aecueille avec le pins grand enthousiasme.

L'Empereur est monté immédiatement en voiture découverte pour se rendre au palais du Ckiuvememeiit, en suivant la rampe Cbatteloup-Laubat. A mesure que le cortège s'approchait de la place du Gouvernement, la foule devenait plna compacte et les vivats redoublaient de dialeur et d*énei^e : c'est au milieu d'une véritable ovation que Sa Hfjestë est arrivée à la résidence impériale.

c Jamais, dit le rédacteur du journal VAkhbar, TEmpereur ne nous a paru se mieux porter. Dieu est avec rAlgérie, car il veille sur la précieuse santé du Souverain. Des fatiguer inévitables ne l'altèrent point. L'Empereur accomplira sa glorieuse tâche jusqu'au hout. Il ne quitti i a l'Algérie qu'après avoir tout vu et tout jugé par lui-même ; il ne quittera l'Algérie que la connaissant bien* Ayons donc en lui une conûance absolue.»

ALGER

SS

Dans rapr*»s-nji(ii. Sa Majesté est allée faire nne [u omenaae dans les ensiiv^ns d'Alger, du c61é de ïlydra, et le soir la ville brillanituent illuminée, offrait un spectacle magique.

— ^ et 25 MAI. — Excursion dans la Kabylie.

— fia MAI. — L'Erapereur a travaillé pendant plnsieurs heures a?ec S. Ëxc. M. le maréchal duc de Magenta, avec M. le général Desvanx, sous-gonvertienr et aVec If. Lapaîne, secrétaire général du goaTemement. -p C'est dans cette réunion que TEmpereur a approuvé en principe les projets relatifs aux deux iMurrages à exécuter dans la province d'Alger, avec le concours de l'indtistne privée : Tun sur le Uamis, l'autre aur le Boudonaou.

A quatre heures. Sa Majesté est allée visiter l'escadre italieiiue el 1 encadre fi niçaise. L'cscadre italienne, arrivée lu veille avec la mission de complimenter l'Empereur, était composée de la iiianicre suivante :

Italia^ frégate à vapeur, portant le pavillon de M. le contreamiral Vacca. commandant de la division, armée de 5S canons, montée par G38 hommes d'équipage et commandée par M. Del Caretto, capitaine de vaisseau.

Maria-Pia^ frégate cuirassée, armée de 24 canons, montée par 450 hommes d'équipage et commandée par M. Pocci, capitaine de frégate.

San'MarUno^ frégate cuirassée, armée de 26 canons, montée par 400 hommes d'équipage et commandée par M. Brochetti, capitaine de frégate.

Cfi»U^FidardOt fr^ate cuirassée, armée de 26 canons, montée par 409 hommes d'équipage et commandée par H. de Bruno, capitaine de frégate.

Peloro^ aviso à vapeur italien, armé de 2 canons, monté par tX) hommes d'équipage et commandé par M. Samminatelli, lieutenant de vaisseau.

Au moment où Sa Msgesté montait en canot, une salve géné-

PHOVLNCE D'ALGER.

raie a ét»'* tir«'e par les deux escadres. Les matelots, debout Jsur les vergiit'î». poussaient les plus ôiierfriques hourrahs.

A iiu'surt' iiu il pa^^:lit devant ( liaque navire, les équipages massés» burle> \er;jues U' >aluaiont (l»»s crià de : lï''e l'Empereui'\ Sa Majttalé étant arrivée u bord du !^nl fi'i'ino, M. le viceamiral boui't-Willannif^z. cninmamlant en cîn r d, l'escadre, est venu La recevoir au bas de i'échellc. Les conti e-aniiraux étaient à la coupure, Tépée nue au côté, et tous les états-iuii* jors étaient groupés sur rarrièrc. A ce moment la musique a joué l'air national de la reine Hortense, et les mâles poitrines de nos vaillants matelots ont fiût retentir l'air dtt cri sept ibis répété de ; Vive l* Empereur! Certes, s*il est une réception qui doi?e laIsMr an souvenir profond dans le cœur de Sa Ifiqesté, c'est celle qui lui a été faite à bord du Sclférino^ car Tenthousiasme que sa présence a fait éclater au milieu des états majors et des équipages est au-dessus de toute description.

Lorsque TEmpereur fut arrivé sur Tarrière du bfttiment, M. le vice-amiral Bouët-WUlaumei lui présenta les officiers et les hommes auxquels Sa Majesté devait donner des récompenses. Cette présentation terminée, il lui adressa le discours suivant : « Sire.

« C'est la première fois qu'un Souverain traverse les mers et visite un milieu des fatigues de tout genre, pendant de longues semaines, une province éloignée de son empire , pour la vivifier de sa présence : et c'est aussi la première fois qu'une Hotte bardée de fer, due au génie de ce Souverain, l'accom» pagne, formidable escorte d'honneur, avec une vitesse que nos pères n'auraient pas osé rêver pour leurs vaisseaux de combat. Sire, tous les officiers de cette flotte sont aussi fiers d'avoir coopéré à ce grand acte du règne de Votre Hiyesté, qu'ils sont heureux des récompenses que veut bien leur accorder l'Empereur.

« Vive VEmpereur I

t Vive V Impératrice !

« Vive le Prince Impérial ! »

ALGER

Sa Majesté a répondu :

c Amiral,

« Les récompenses que j^apporte sont peu de chose en raison a des services rendus par la flotte. Je suis heureux de vous < exprimer mes sentiments et ma reconnaîssance pour les ser-

vices que la marine a rendus au pays, et de vous dire qu*eUe « a toutes mes sympathies. Je suis heureux d'avoir navigué « avec cette helle escadre, et je suis siir que si des circofistan- «i ces plus graves venaient à se présenter, elle se montrerait « digne de la haute réputation de la marine française. »

Sa Majesté a quitté le Solférino à cinq heures, acclamée par les équipages sur les vergues et au bruit de rartilleric de tous les navires sur rade. De là, KUe s'est rendue à bord de la frégate Italia. ou elle a été rerue par 1 amiral et tous les états-majors de l'escadre italienne. Comiilini' iilée par M. Tamirai Yacca, Sa Majesté a répondu eu témoignant de sa sympathie pour la flotte du roi Victor- Emmanuel.

Le soir, il y a eu grand diner chez TEuipereur. Sa Majesté a reçu à sa table, S. £xc. M. le maréchal Gouverneur Général, M. le sous -gouverneur, M. le général de WimpfTen, M. le secrétaire général du gouvernement, M. le Préfet, M. le Haire et de nombreux invités. La ville et les escadres étaient illuminées et une foule immense encombrait les rues et les places et se pressait devant la résidence impériale.

~ 27 uài. — M. le Maire fait afficher la proclamation suivante :

c Chers concitoyens , « Le plus ardent de nos vo'ux est exaucé L'Empereur

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