EST VENU
« Ainsi que nous l'espérions, l'Empereur a vu de ses yeux, il a touche de son doigt. L'Empereur a vécu au milieu de nous ; 11 nous connaît maintenant.
€ Exemple unique^ dans l'histoire, d'un souverain qj^ï traverse les mers et vient de sa personne s'enquérir, à cinq cents lieues
PHOYINCB DPAL6ER.
de sa résidence, des ressources d'un pa>'8t des besoins d'un peuple !
€ Vous avex vu l'Kmpereur, oubliant la Majesté impériale, descendre parmi nous, et se Mre, avec la plus touchante ômplicité, citoyen de notre ville.
« Tous ceux qui ont eu Tiosigiie honoear d*approcher Sa Ma^ jesté , garderont h tout jamais le souvenir de Taccueil le plus bienveillant, de la plus encooragaante bonté.
c R^ouisB008*nous donc, chers concitoyens. Sous le ragnrd puissant de notre auguste Souverain, l*horison s*est éclairci, une ère nouvelle s^est ouverte pour notre chère Algérie.
tt Aujourd'hui, notre terre est bien française ; l'Empereur, qui veut la grandeur de son Empire et la prospérité de son peuple saura créer la notre.
« Conliiince donc et courage ! EL un cri unanime de reconiKiis^Lince et de bénédictiûus accompagne à son départ notre iiuguste Bienfaiteur, jusqu'au moment où les cris d'all^resse de nos fVères salueront son retour sur l'autre rive, c Vtf'e V Empereur f « Vive Vlmpèraifice !
< Vive le Prince impérial !
A Le Maire d'Alger^ i, »
Avant de quitter Alger, l'Empereur a voulu s'entretenir une dernière fois avec M. le Maire et Ta fait appeler, ainsi que M. Chassériau, architecte en dief de la ville.
Dans cette dernière audience qui a précédé d*un quart d'heure le moment où l'Empereur est monté en voiture, M. Cha^ériau a soumis à Sa Majesté le plan par lui proposé pour le palais de justice, dont remplacement a été définitivement fixé place Napoléon.
L'Empereur, après avoir examiné ce projet, et s'être fait donner par M. Chassériau toutes les explications utiles, a approuvé et signé le plan, et a adressé des éloges à cet habile
alqer,
architecte, qui déjà avait eu Thonneur d'être présenté à Sa Majesté et de travailler avec Elle (1).
Pendant son séjour à Alger, l'Empereur a été d'uM bonté parfaite pour M. Sarlande. Sa Majesté lui a fait Thonneur de l'inviter très-souvent à «a table et de Tentretenir, chaque fois, avec une bienveiUance toute particulière et une afiSabilité oonstante, des intérêts de la ville et des améliorations à réaliser.
Dans les diverses audiences que TEmpereur a accordées à M. le Maire d'Âlger, Sa Majesté est entrée dans les plus petits détails et s'est rendu compte du mouvement de la
population, de ses progrès, du nombre des enfants fréquentant les établissements d'instruction publique; enfin rien de ce qui peut intéresser la prospérité de la commune n'a échappé à son attention.
L'Empereur a quitté Alger, à 11 heures , pour se rendre dans la province de Constantine.
Dès six heures du matin, une foule immense encombrait les .abords de la place du Gouvernement, et les quais de la marine.
Partie, à neuf heures et demie, du Palais, Sa Majesté est descendue par les rampes du boulevard de llmpératrice, où se trouvaient réunis et formant la haie, jusqu'à l'embaircadère, tous les enfants des écoles communales, filles et garçons et des établisfeements privés auxquels s'étaient joints les élèves du ijcée impérial et du collège Arabe.
Ixirsqtte l'Empereur est arrivé sur les points où les enfimts stationnaient, à rangs pressés, une pluie de bouquets est tombée dans sa voiture. Sa Majesté était visiblement émue. Les enfants, qui étaient, dit -on, au nombre de 12,IX)0, criaient avec enthousiasme : Vive le Prince Impérial!
(i) T).ins une pPL^cèilentp aufîioni k', >f. Chassériau présenté à l'Empereur par M. le Pféfet el par M. le Mairo, avait soumis à Sa Majesté le pian de la fikçade du bonlevaid de llmpératrice» dont il est l^atear ; Sa Majesté avait dai|!ié féliciter M. Ghassériaa et lui dire que ce travail lui ftôSBît honaear.
PBOVLNCË U'AL&£a.
Sur le quai une charmante enfioit de m ans « a présenté à l'Empereur un bouquet noué avee des rubans blancs, sur lesquels
étaient brodés : Vive l'Empereur! Vive V Impératrice î Vive le Prit\re fmj'i'rial ! L'Enipoi cur ;i reçu le bouquet des mains de l'eufant el l'a embrassée en la remerciant.
Arrivé au paTiUon. l'Eiupereur a mis pied à terre et a serré la main nii\ ptM-^mies qui l'entouraient. En recevant iesadieux de M. le Maire d'Alger, l'Empereur lui a dit :
c Remerciez la population d'Âlger de Taccueil qu'elle m*a fait, je ne Toublierai pas ; dites-lui qu'elle peut compter sur moi comme je compte sur elle. Il ne tiendra pas à moi que votre magnifique pays obtienne toute la prospérité qu'il mérite.
< Je pars avec une confUmee entière dans Vavenir de VAl" gèriê et avec une foi profonde dans sa prospérité future» »
Au moment où Sa Majesté mettait le pied dans le canot impérial qui devait la conduire à bord de VAigU^ toutes les batteries ont salué de KM coups de canon* Les escadres firançaise et italienne ont exécuté , sous vapeur, le salut impérial , qui consiste en trois salves successives de toute l'artillerie, tirées par feux de lile.
A 1 1 heures et demie, VÀirjle sortait du port et passait entre les deux lignes formées par les escadres^ qui tiraient leur dernière salve.
c( Peu après, ajoute le rédacteur du journal l'A fe/t6a>*, à qui j'emprunte ces détails, les navires doublaient le c|ip Uatifouet disparaissaient à nos regards, ne laissant après eux, dans les airs, qu'un léger nuage de fumée. Mais nos coeurs conservent le souvenir de la visite la plus désirée et la plus remplie d*ea* péraaces qm'Alger ait jamais reçue (i). »
(1) M. Joseph Gaérin, aateur de ces lignes si bien senties, a publié, dsnsl'^fcUar, une relation complète du voyage de l'Empeienr dans les
trois provinces. Pal dil copier bien souvent son travail ainsi que les comptes-rendus du Maniletir de du Moniteur Univertel du
soir, et dixCourrierde l'Algérie. Je prieMàl. iesrédacteurs de ces journaux de vouloir bien me ptidonoer les nombreux emprunta que j'ai &its à
ÂUjËR. m
Arant de quitter Alger, TEmpereur a fait remettre 3,000 fr.
à la Société de secours mutuels la Famille : 3,000 fr. à la Société des Arts et Métiers; 500 fi-. ;i l:i Sociétt' de ."S ait il- François Xavier ; 'S,ÔOO IV. au l)ureau de Bientaisunce musulman ; 1.000 tr. à la Société des Dames de charité. 8:i Majesté a verse, en outre, entre les nsaiiîs de M. Poijrnaiit, préfet du département, une somme importante destinée à venir en aide aux diverses personnes qui lui avaient adressé des demander de secours.
Pendant son séjour en Algérie, l'Empereur a fait plusieurs promotions dans la Légion d'honneur. Voici celles qui intéressent plus particulièrement la ville d'Alger :
COMMA.NOELHS :
MM
Berbrugger, (Louis-Adrien^) oolonel-eoromandant la milice»
oonservateur de la bibliothèque et du musée d*Alger. Bellot (Jean-Paptiste-Joeepb de), trésorier-payeur de la
province d'Alger.
Lebasteur, inspecteur général des Ponts et Cliaussées, cViargé de l'inspection générale des travaux publics en Algérie.
opncins :
MM
Arnaud, (Jean-Jacques), ingénieur en chef des chemins de fer Algériens.
Robinet de Cléry, procureur général près la Cour impériale d'Alger.
Pavy 0*abbé), vicaire général d*A1ger
Urbain, (Ismaïl-Thomas), conseiller rapporteur au conseil de
leurs arlicles. Mon excuse est dans lu désir que j'ai eu d'être parfaitemeot eiact. Je ne pouvais» en effet, recourir à de meilleores sources. Psi d'ûUeors signalé preacpie toujours Torigine «le mes eitatioos, et je suis'
persuada que rçs messieurs iirabsoudront volontiers, mr nous avons tous le même bul : celui de faire connaître le plus exucterneiit possible les diverses circonstances du mémorable voyage de l Empereur Napoléon lU.
raOTCfCB ITALGER.
gouveniÊUieiit, attaché à l Empcreur pendant le vojage de Sa Majesté pti Algérie.
Ville, (Ludovic), ingénieur en chef des mines, chef du sanice de la pravince d'Alger.
CHKTALtBM :
MM
Aimmi, (Auguste), inspecteur des lignes télégraphiquee, à Alger.
Armould, (Ovide-Arthur), président de la Société Impériale d'agriculture, membre du ocMiseil général de la prorinoe d'Alger.
Barny, (Jac([ue8-Armand), conseiller à la Cour impériale d'Alger.
Deroste, président du tribuaul civil d'Alger. OuRAND, avocat gciii i al près la Cour impériale d'Alger. IIadji Ahmfi) i:ki. H MU MUSTAPHA , rnuphti de la ville d'Alger. IlENRi, (Alexandre), président de la Chambre de commerce d'Alger.
UfiariN, (Auguste Etienne), président de la Société de secours
mutuels des Arts et Métiers, à Alger.
JouRDAN (Louis-Edouard), inspecteur principal des douanes
à Alger.
Lb Maoff (rabbé), chanoine titulaire d*Alger. Mao-Cabtht, (Louis-Dominique-AIIM-Oscar), ingénieur civil à Alger.
Nevbu-Débotrib, (Eugène-Harie-Armand-fienri), ingénieur
des Ponts et Chaussées à Alger.
NiBEL (Philippe), payeur particulier, dief de la comptabilité
du trésor à Alger.
NŒTiMasR, (Gustave Emile), conseiller de préfecture à Algw.
Regnadd, (Etienne-Pierre), sous-chef de bureau au secrétariat général du gouvernement à Alp:er.
RocAs, i^Marius Zéphir), chef de bataillon de la milice, conseiller municipal d'Alger.
GHÉBAGAS.
Si hassen BEN Brimats. directeur de la medersa d'Alger,
membre du conseil général.
SuDRÉ, (Antoine-PhiUppe)i inspecteur de renr^slremeiit et
des domaines à Alger.
TixiER OB Là Chapelle^ cotneiUer à U Gour impériale d'Alger. VtoNALLT, inspecteur de l'Académie d'Alger.
CHÉRAGAS.
Chéragas, situé à l'entrée de la plaine de Staouéli, à 14 kil. d'Alger et à 12 kil. de Sidi-Ferruch, est le chef-lieu d'une commune, composée de quatre annexes : Guyot-Ville, Baïneti^ Sidi'Ferruch et Staouéli. La population de cette commune est de 2,300 habitants.
Le territoire sur lequel Chéragas a été construit, était occupé par une tribu qui émigra en 1840. Deux ans «près (S2 août des eokms s'y établissai^t et formaient un hameau, qui a été constitué en commune le 91 décembre 1SS6.
La enUore des plantes odoriférantes apportée par M. Mer- Garin^ et par divers autres cultivateurs du département du Var, • été une source de richesse pour ce centre agricole, qui a prospéré et qui est aujourd'hui un des villéges les plus jofis et les plus riches de l'arrondissement d'Alger. On y remarque une belle place sur laquelle s'élève une élégante fontaine, ornée du buste en bronze du maréchal Pélissier, duc de MalakofT.
Les terres de Chéragas sont fertiles et bien cultivées. Mais ce qui a surtout contribué au développement de ce village, c'est la double industrie de la distillerie du géranium et la fabrication du crin végétal, dit crin Averseng du nom de l'inventeur.
4i PROVL\C£ D'ALGER.
Le géraniaiD qui an France végète péniblement et flealement dons certaines expositions choisies, où il donne une seule coupe par an, croit à ClKTaj^as avec une abondance extraordinaire ea plein cliaiiip , i>ans autre soin fjiio quelques binages . et même sans irrigations. Cette plante peut donner jusiju'à trois coupes ; en niai, en sepien»bre et ea tléeembre ou janvier.
L'essence de géranium qui remplace dans la parfumerie» pour la confection des pommades, savons et huiles, ressenee de roses , Talaii il y a vingt ans josqa'à 190 fr. le kilogramme à Grasse ; la concurrence de Cbéragas et la pins grande facilité de production Toot fiât tomber, il y a quatre on cinq ans jusqu'à S5 fr. M aintena n t^ par les progrès de la consommatiott et la demande de Paris et Londres, les prix se sont élevés à 75 et 80 fr. ; ce qui donne encore une assez belle marge.
Cette bidttstrîe occupe dans la commune de Cbéragas, y compris la Trappe, plus de 100 ouvriers et donne pour plus de 200,000 fr. de produits. Elle est d aille urs très-utile à la colonisation , en ce.sens qu'elle oblige les distillateurs à faire opérer des défrichements, ponr se j>rocnrer lo r(>ijilaistible' nécessaire au cliaulïage des alambics : on jicut donc ajouter les défricheurs au nombre de ceux que le géranium fait vivre (1).
L'autre industrie, celle qui utilise le palmier nain, n^téresse pas moins la colonisation.
Le pabmernain(cftainQ3r<>ps hunUUa) a fiût longtemps, par la profondeur, la ténacité et Tinextricable lacis de ses racines, le désespoir des cultivateurs en Algérie. Les frais de défiicbement d'un hectare déterre, couvert de palmiers nains, pouvaient coûter 900 et 400 fhincs , très-faiblement compensés par le prix des racines comme combustible ou pour la iSeibrication du cbarbon. De (brtes primes étaient accordées à son extirpation. On voyait cependant les indigènes employer ses feuilles et ses
(1) Ces rensci^'neiiicriLs nous ont élc fournis par M. Vial, l'un des coloiui de Cliùragas, qui se sont occupés avec le plus d'iiitcUigence cl de succès de le culture et de la distillation du ^ranlom
GHÉRA6A8.
tigres, mêlées au poil de chameau et ù la laine, à fabriquer rétofîe des tentes, ils en faisaient des paniers, do>. natle.s, des corbeilles, des chapeaux, des éventails, des sacs et g^'urralement tous les ouvrages de sparterie^ de corderie, de tapisserie, en commun avec l'alfa et le diss.
Ces applications inspirèrent l'idée de travailler le palmier nain pour en obtenir un crin végétal, ou crin d*Afrique ; cette exploitation a donné lieu à des établissements importants, munis de brevets, dont les principaux sont ceux de MM. Averseng et C», à Toulouse, et de M. Bénier à Alger.
A ces renseignements qui sont extraits du Catalogue spécial des produits de l'Algérie à l'caposition de Londres, nous joignons quelques détails fournis par M. Aversen^?, fondateur de cette industrie et conseiller municipal de la commune de Chéragâs.
L'industrie du crin végétal a pris naissance à Chéragas. Une maladie grave obligea l'inventeur à rentrer en France. Il trouva à Toulouse quelques faibles capitaux peur commencer son exploitation et faire apprécier ses produits; mais, en 1850, il vint s'installer de nouveau à Chéragas où il créa un grand établissement, qui a donné les meilleurs résultats (1).
Cette fabrication s^élève aujourd'hui à trois millions de kilogrammes environ.
' M- Averseng, qui achète le produit du travail des peigneurs des divers villages du Sahel, soit en moyenne 3,000 kilog. par jour, fait vivre près de 1,000 personnes, plus le personnel de la fabrique, qui se compose de UU ouvriers tant européens qu'indigènes.
(1 ) L'avantage du crin végétal sur toutes les autres uuiicre^ prupres à la garnitare des meubles el voitures, consîsCe : 1» dans le bon marché,
puisqu'il ne coûte, en moyenne, que le 10e du crin animal ; S» dans sa
légèreté: à volume épal, il ne pèse que moitié du crin ordinaire: 3«> il est d'un travail plus facile ; i-> il n'a pas l'incouvéïiient qu'a le criu animal de produire la vermine dans le^ meubles.
L*Emperear * thérmftmm^
Dès le lendemain de son arrivée à Alger, TEmperear Toolut se mettre en route ponr visiter les villages de Varrondissemaii,
et voir, par lui-même, Tétat de la colonisation.
Sa Majestô. ;iccompagnée de M. le maréchal deMac-Mahon, pouvemeur général, de MM. les généraux Fleury et Castelnau ses nides de camp, de M. le général Wimpffen, cominniidam lie la province el de M. Poignant, préfet du départeiiicnt monta en voiture à onze heures et demie. Trois quarts^d'hcure aprèSf £lle était reçue à Chéragas , par tous les habitants de cette commune, ayant à leur tète M. le Maire et MM. les membres du conseil municipal (i).
M. Lecat, maire de Chéragas, a eu la bonté de nous envoyer un récit détaillé de cette visite impériale , la première qui ait mis le Souverain de la France en relation direete avec les pionmers de la colonisation* Nous ne supprimerons aucun détail; nous ne changerons rien à ce récit qui, dans sa simplicité, est une des peintures les plus vraies et les plus éloquentes du voyage impérial et qui fait mieux coiuialtre, que les écrits les plus soignés, le véritable caractère de cette grande manifestation, par laquelle l'Empereur Napoléon III, a voulu accorder lin térnoip:nage éclatant de sa sollicitude pour la colonisation européenne. Nous cédons la plume à M. le Maire de Chéragas.
Toute la population, la municipalité et le curé en tête , Técole des garçons , celles des filles , Tasiie communal dirigé par les sœurs de la doctrine chrétienne, les orphelins protestants avec leur pasteur, étaient venus se ranger en haie sous la ma-
(I) L^iulmintstration de la eommone de Chéranas est ainsi composée :
M. Lecat. maire, MM. Vial, 1er adjoint; Marguerite, adjoint à Guyol-Vilie; Martin a^ljoint à Si li F> rnn L , Onillol, adjoint à Sla n 'ii el Cotson, adjoint à Zéralda. MM. Bidart, Pierre, Averseog» Woelff, Uedd ben Meïche Douadi, et Mëdinger, conseillers.
CHÉRAGAS.
gniûque avenue de trembles qui précède rentrée du village et forme comme un immense arc de triomphe naturel.
Les indigènes de la commune prévenus un peu tard, etoccu^ pés des préparatife de leur fôte de TAït-Kebir qui avait lieu le lendemain^ n'étaient venus qu*en petit nombre.
Vers midi, le son de la cloche et la détonation d*une boite d'artifice , signalèrent Tarrivée de Sa Majesté et de sa suite , qtii fîirent accueillies par un formidable cri de : Vwê VEmpereur!
Avant même que la voiture ne fût arrêtée complètement , Sa Majesté, qui paraissait être sous l'influence des plus heureuses impressions, daignait dire au maire qui s'avançait pour lui présenter son Conseil : « Monsieur le Mane, si toute l'Algérie « ressemblait à votre commune , il nous resterait bien peu de u chose à faire. »
Le maire s'approchant de la voiture Impériale prononça le discours suivant :
Sire,
<k Les habitants de la commune de Chéragas et sa municipalité, sont heureux d'être les premiers à saluer votre passage dans notre belle colonie. Le territoire que vous parcourei aujourd'hui a été arrosé, le premier, du sang de nos braves soldats dans cette glorieuse étape, qui, par les victohres de Sidi-Ferruch, de Staonéli et de Sidi-Khalef, les conduisit jusque sous les vieux remparts d'Alger.
« Peu après, il fbt arrosé aussi des sueurs d'hommes non moins vaillants qui , par la charrue, voulaient fixer à jamais sur ce sol l'étendard de la civilisation.
« Le glorieux Maréchal qui nous gouverne , les récompense aujourd'hui de leurs fatigues, en les présentant, égalemeiit ies» premiers, à Votre Majesté.
a Vous avez voulu tout voir, Sire , tout toucher par vous-même ;yous trouverez ici une population qui , quoique de race et d'origines différentes, s'est ralliée sous un seul drapeau, celui de la France, et ne connaît qu'un Souverain qu'elle acclame en ce moment} vous trouvères des indigènes qui sont nos auxiliaires
U PROVINCB D'ALGER.
daiis tous nos travaux , «jui ont ac« epté sans r«''piigriiaiice les charges. Li si»rit't«' romiminale . et ne re^n-elteiit niillenient un passi- où tout pour oii\ n était (lu'arhitraire et tyrannie.
« Vous pourrez corapart'i-, Sire, près de no» villafres, les résultaUi «lu travail individuel du père de famille , cherchant , au bout de sa pioche, le pain de ses enfants, et, dans le magnifique établissemoni de la Trappe de Staouéli , le succès plus rapide du trat ail collectif animé par la foi et la chanté.
« Ce que tous verrei partout sur votre route, ce sont de braves colons qui n*oiit qu'un Œur et qu'une voix pour crier avec nous :
€ Vive VUmpereur ///
€ Vitte VImpérairiee ///
« Vive le Prince Impérial /// »
Sa Bfi^esté remercia par (quelques motsf pleins de bonté, le Maire et les habitants du Ijon accueil qu'on lui faisait, et les félicita du proprrès de leur culture. Alors Son Excellence M. le Maréchal , prenant la parole avec la vivacité toute militaire qu '.w lin iiKiiciit , dit: v< Oui, Sire, ce sont de braves colons : depuis 11 ugiejups, ils ont défriché et cultivé toutes leurs terres et inauitenant ils plantent de la vigne j ils font du viu et de bon vin, on m'en a déjà fait goûter. »
Ceci donna l'occasion à Sa Majesté de s'enquérir des autres rnltures : Ott lui répondit qu'outre les céréales de toute espèce, les jardins maraîchers, le tabac^ le coton et les mûriers, la com* mune possédait une industrie toute spéciale, celle de la distillatiOD des essences. L'aciyoînt M« Vial, put donner sur la culture du géranium et l'emploi dans la parfumerie des essences de cette plante, des détails intéressants.
On signala aussi à Sa Migesté, l'industrie du crin végétal et la fabrique de M. Âverseng, conseiller municipal à Ghéi agas; c'est alors qu'£llle manifesta le regret de n'avoir pu s'arrêter devant la petite exhibition qu'EUe avait rencontrée sur la route avant (.l'anaerau village.
Puis, r£mpereur s'informa du cliiffre de ia population et de
CilÈHAGAS. il
la proportion des luiisBanees et des décès. Il lui fut répondu que la commune tout entière avait %200 habitants, dont 700 indigènes , demeurant sous le gourbi , dans de véritables petits villages , avec arbres , vignes et jardins ; que le chef-lieu était peuplé de 660 européens , dont le chiffre croissait tous les ans par un excédant extraordinaire de naissances sur les déc^s : qu'en 1864, au l^r avril, on avait, y compris les indigènes voiaiiis de Chéragas, pour une population de i ,100 habitants, renaissances et seulement 2 décès : que cette année au 4 mai on avait déjà 15 naissances, et seulement 3 décès européens, dont une femme de 92 ans ; mais que les indigènes avaient un peu payé leur tribut abx rigueurs de l'hiver ; qu'en soniiiief chaque année les naissances étaient toujours plus que doubles des décès.
On put présenter à Sa Majesté 4 médaillés de Sainte-Hélène, reste des 7 que Chéragas comptait lors de la création de la médaille. C'est alors que Tun d*eux, à qui TEmpereur demandait s'il cultivait la vigne, répondit par cette saillie asses heureuse : c Croyez bien, Sire , que je ne me serais pas retiré ici, si Ton ny faisait pas de vin ».
Sa Majesté avisant un drapeau et plusieurs officiers, demanda au maire : « Vous avez donc une milice ici ?» Le maire répondit que dans une commune aussi étendue , il était bien difficile de la réunir tout entière , mais que du moins le cheflieu avait un petit corps de pompiers , qu'il regrettait de ne pouvoir présenter en uuitVji me. Sa Majesté, voulut bien répondre en souriant : « Ils n ont pas besum d'uniforme, pourvu qu'ils sachent se servir de leurs fusils.
Après avoir fait remettre au Maire 200 francs pour les pauvres de Chéragas, européens et indigènes, Sa Majesté donna Vordre de faire avancer les voitures jusque sur la place du village où étaient préparés les relais. Ce petit trajet se fit au pas, au milieu d'une foule enthousiaste et cependant respectueuse. Sur la place, ornée d'une belle fontaine que surmonte le buste du regretté maréchal duc de Malakoff, Tun des blenfidteurs de la eommune, l'Empereur s'entretint encore familiè-
niOVtNCB VALGBIt.
remwït avec toutes li>> p r^oniies qui entouraient sa voiture, flemandaiit de nouveaux dt-tails sur les cultures, sur la salubrité du pays , sur l'abondance des eaux, jusqu'au moment où tous les attela^ étant renouvelés, on donna le signal du départ qui eut lieu aux cris répétés de vive l'Empereur ! vive Vlmpérairkel vtpe le Prince Jmpériall «ocompagnés du loii des cloches, et d'une déeharige générale de la petite artillerie eommunale.
Le surlendemain, en revenant de Coléah , rEmpereur s'arrêta de nouveau à Ohéragas, après avoir traversé le vdlage Je Zéralda.
M. ColsoQ, adjoint de la section de Zérald4, avait présenté la population de ce centre à Vfimpereur, et avait adressé h
Sa Majesté des remercîmeuts pour les bonnes paroles et les enrouragenieutai apportés par sa mémorable proclamation, ajoutant que visite dans les moindres hameaux prouvait aux colons qu'on ne les oubliait pas.
Le LUi é de la paroisse de Zéralda, se comparant au vieillard Siniéon, lut un discours dans lequel se révélaient un grand bonheur et un vif espoir des résultats du voyage de Sa Majesté.
L'Empereur remit de sa main à l'adjoint ce qu'il voulait taire distribuer aux indigents, et fit un don particulier à un malheureux arabe, estropié par suito d*one chùte de cheval; puis le cortège reprit la route d'Alger.
ACbéragas, les habitants qui avaient eu cette fois un peu de temps pour se préparer, avaient dressé spontanément à l'entrée du village du cAté de Coléah, nous ne dirons pas un arc de triomphe, mais un trophée agricole et industriel sunnooté de cette légende :
a sa majesté napoléon iii, Là comhonb de chéragas reconnaissante !
A droite de ce berceau de verdure et de Heurs , étaient les attributs de l'agiiculture : instruments de toutes sortes et
CHÉRAGAS
produits j à gauche, ceux de nos industries locales : des balles de crin végétal, des alambics, des toiuieaux, etc. Tou«^ lo arbres de la rue (jui monte à la fontaine MalakofT, étaient reliés par des guirlandes de feuillage; on peut dire que la manifestation de Cbéragas, qui est le pays des fleurs, fut sur* tout la fête des fleurs.
La voiture de Sa Miyesté fut littéralement eDCOmbrée d'énormes bouquets ; on en remit à toutes les penoimes de sa suite, et on hissa, sur le devant de la calèche, une magnifique couronne impériale foite uniquement de fleurs à essences, telles que Toraoger, le citroraiier, la rose et le géranium. Sa Malesté accepta tout avec le plus grand plaisir ; mais ce qui parut surtout La charmer et qui était fort à propos, ce fut un bouquet de douze énormes oranges, sur un seul petit brin, qui lui fUt offert avec une corbeille de citrons, par le sieur Quignon, colon à Chéragas. Le cadeau arrivait en son temps ; car \es voyageurs étaient un peu fatigués par la chaleur et par la poussièi e; il fut immédiatement partagé entre les hôtes de la vû;tuie, qui y firent honneur séance tenante.
La visite, cette fois, n'était pas officielle, elle ugu fut que plus familière ; il faudrait dire amicale. La ibulc était plus nombreuse que la première fois. Tous les adjoints, curés et consijiliers qui, ravant-veille, avaient dû attendre Sa Majesté, chacun dans sa section, étaient au grand complet, suivis des habitants ; les hbéralité du- jeudi avaient été réparties et on peut juger de Tenthousiasme.
Ce n'était plus un souverain, mais un père au milieu de ses enihiits, reconnaissant ceux avec qui il s*était entretenu le premier jour; demandant à Fun 8*il avait une nombreuse fiunille ; depuis combien de temps il habitait l'Algérie, s'il s'y plaisait etc., etc.
Enfin on donna pour la dernière fois le signal du départ et 9a Majesté rentra à Alger par les pentes de la Bouzàréak.
PltuVLNCiù DAUSER
STAOUÊU.
Le ?Ulj|ge de SUouéli, silué à 18 kilomètres d'Alger, entre Chëragat et Sidî-Ferruch , a été fiondé le 25 mare 1855, sur l'eniplaceinent même où Tarmée française, qui venait de débarquer, livra, le 19 juin 1830 , sa première bataille contre les
troupes du Dey d*Alger.
CnH' depuis dii ans à peine, ce centre de population compte âé'yà plus tle 'M)0 li:il>itants. Son territoire est cultivé eii grande partie, et tous les jours les défricheur:^ luiit de nouvelles conquêtes sur les l»rouss;tilli':; et les palmiers uà\]\<.
A deux kiloiiiftrcs iS. du village, s%^è\e ie va»te etablibsenieiit des Trappistes, qui fera l'objet d'une description particulière.
Le 4 mai 1865 , TEmpereur revenant de Sidi-Ferradi, fît
arrêter sa voiture à rentrée du village de Staouéli, où M. l'adjoint vint le recevoir à la tête de tous les colons. Après avoir écouté avec biens lullanee le discours de M. l'adjoint et y nvuii* répondu avec bonté, Sa Majesté allait poursuivre sa route, orsque un jeune italien, s'approchant de Sa Majesté, lui dit qu'il voulait se faire zouave, niais qu'on ne voulait pas l'accepter. L'Empereur Tintcrrogea dans sa langue, et il rémikadeses explications qu'il désirait non pas simplement s'engager, mais remplacer, afin, disait-il, d'acheter pour sa mère une concession qu'il reviendrait cultiver plus tard. M. le maréchal de Mae- Mahon, qui était auprès de Sa Hijesté, dit an jeune homme qu'il n'avait que peu de temps à attendre, car bientôt fous les étrangers seraient naturalisés , et pourraient senrir la France laussi bien que les français.
LA TRAPPE DE STAOUÉU. ftl
Les habitants du village avaient exprirni' à Sa Majesté le désir d'avoir une éeole. 11 fut pris note de leur demande et, huit jours après , \e conseil municipal de Chéragas , dont Staouéli dépend, votait les fonds nécessaires pour le traitement d'une institutrice et le loyer d'une école.