BONS
Majesté se rendait immédiatement ù bord de V Aigle , après toutefois avoir remercié par quelques bomies paroles M. de Gantés qui venait de lui faire faire une si charmante promenade autour de la ville. Sa Majesté avait déjà exprimé à M. Lacombe tous ses regret» de ne pouvoir prolonger son séjour à Bôue, Elle le pria de remercier la population de l'aocueil si sympathique qu'elle avait reçu et lui fit remettre une assez forte somme pour les œuvres de bienfaisance de la ville.
Le départ de TEropereur fut suivi de près de celui de ram* bassade Tunisienne, qui était à B6ne depuis plusieurs jours.
Le bey de Tunis avait voulu, comme Tempereur du Maroc, coniplimciiter le souverain de la France , qui venait si près de ses Etats, et lui offrir les assurances des meilleurs sentiments; il avait confié cette haute mission à son frèrQ , le prince Si- Taïeb.
Son Altesse le prince Si-Taïeb était accompagné du général Raffo, qui lui servait d'interprète, de l'amiral Si-Hassein, du général Si-Selîm, et de M. Tiyurit médecin de Son Âltesse le bey Si-Sadok.
M. Duchesne de Bellecoart, chargé d'affaires de l'Empereur h Tunis, et monseigneur Hutter, évèque inpartHnu deRosalia et évéque de Tùnis, étaient venus également présenter leurs respectueux hommages à Sa Miyesté*
A. peme descendu à terre, le prince Si-Taîeb s'était rendu à rhôpital , et l'avait visité dans tous ses détails. Puis il avait fait remettre 2,000 francs au bureau de bienfaisance , insistant pour que ces secours fussent distribués entre tous les indigents sans acception de nationalité ou de religion.
La population de BCme a été sensible à cette délicate attention et a fait un excellent accueil au prince Tunisien. On lui avait d'ailleurs rendu officiellement tous les honneurs dus à son rang et à la haute mission qu'il était venu remplir.
Dès son arrivée, M. le vicomte de Gantés , sous-préfet de Bône, et H* le colonel commandant les troupes de la garnison étaient allés à bord du Stct, lui souhaiter la bienvenue.
UÊ PaOVLNCE D£ CONSTAMLNE.
Avaiii son départ, le prineestwtégalemeiit reçQ lanâte de
M. d<»Toustjîin du M ino r, préfet de Constantine, qui s'exprime trës-faciloiiHMit ou arube, et qm a eu avec Son Altesse, une longue ooaver&ation.
BOUGIE
Bougie, cheMieo de oommime et de cercle militaire, est situé au fond de le baie de ce nom, sur un mameloa qui ae déUicbe des hautes matica rocbmea da Babor. Sa population
e»t de li, lG7 Imbitants.
Nous onipruntons ii la Géographie de M. 0. Mac-Carthy^ uue II t's-intéressante description de cette ancienne cité romaine, si importante autrelois, si réduite aujourd'hui, mais qui n'en demeure pas moins une des plus jolies villes du littoral algérien.
c L'aspect général da vaste golfe de Bougie est d'une rare munificence. Son angle ocddental est formé par le Djebel- Ck»arnlii« masse abrupte escarpée, haute de 670 mètres, qui projette en avant de grands caps, dont le plus remarquable est le cap Cabron, qu'un de ses éperons traversé par une large porte, où passe la mer, a rendu célèbre dans l'antiquité, sous le nom de Treton promcntoHum^ le promontoire percé.
« C'est en d ^ans et àTabri de ces caps, que s'élève Bougie, la Saldœ des iiomains, la Boudjcïa des indigènes, jadis capitale d'un royaume puissant, et pendant plusieurs siècles l'une des plus riches villes du bassin méditerranéen. Dominé par les croupes hardies qui se dressent brusquement en arrière, b'Uie en amphitikéàtre sur les derniers ressauts de la montagne, ayant ses maisons placées à différentes hauteurs, et mêlées ça
BOUGIE
et là de groupes d'orangers, de grenadiers, de figuiers de Barbarie, elle ajoute singulièrement à la beauté des sites qui l'environnent. Un ravin profond, l'Oued Âbzaz, la coupe en deux, et explique dès lors la forme plurielle donnée à son nom latin, SeUdœ^ les Saldes.
« Peu de points de la terre d'Afrique, ont eu autant de maitrea que celui-ci. Tous les peuples qui, depuis vingt siècles, ont envahi ce coin du monde, Tout snccessivemeqt occupé. L'enceinte romaine est reconnaissable sur un assez grand nombre de points. L'enceinte Sarrazine remonte sans doute à Tépoque où, en 987, Bougie devint la capitale des Ilamrnadites ; c'était une muraille haute et continue, flanquée de tours, ayant un périmètre double de celui qu'avait celle des romains, et à laquelle appartient tout ce qui, de Tenceinte actuelle, regarde directement la haute mer.
c Nous ignorons qu'elles furent les destinées de «Sa^do? après la chute de l'empire romain, mais ce que nous savons positî- • vement, c'est qu'entre les mains des arabes. Bougie atteignit à un haut degré de splendeur et qu'au milieu du xi* siècle, on y comptait 50 à 60,000 âmes. La découverte de TAmérique et celle du passage du cap de Bonne-Espérance, lui firent grand tort, et au commencement duxvi« siècle, elle n'avait déjà plus que la moitié de son ancienne population. Ce fut à cette époque que les espagnols s'en emparèrent ; on était en 1509, ils la gardèrent jusqu'en 1555. Leur occupation fut loin de lui être favorable, et sa décliéance ne s'arrêta plus souo l'autorité capricieuse et despotique des trois compagnies turques qu'y installèrent les de^ s d'Alger. Aubsi a peine y trouva-t-on deux cents maisons en partie ruinées, lors de sa prise par nos troupes, le 29 septembre 1833.
« La ville moderne occupe à peu près le terrain qu'embras* sait l'enceinte romaine, qu'elle est encore, du reste, loin de rem* plir. Un système complet d'alignement et de nivellement en a rendu le parcours commode ; des communications larges et fodles conduisent aux principaux points de défense ; la Kasbahi
Èii PB0V1>'CE DE œ.NSTAMTŒ.
1« ibrt Moasm, le fort Sidi ilbd-el-Kader, et une roote anée monte par des pentes multipliées an Ibrt du GoiiraM, ^ef Im* presable de cette positioo qi»*il domine et maîtrise.
€ LaMIle de Bougie a dans sa poaîtioQ tons ks éléments d*ane prospérité certaine, d'un avenir qu'on ne saonût prévoir. Centre d'une région montagneuse abondante en produits de tous genres, elle est de plus le port de Sétif. qui étend ainsi sa sphèiie d'induence jusque dans les partie* les plus éloignées du Saham : <dl«' c^t \(* â^howché naturel, forcé, de tout le vaste bassin de l'Oued-Sahel, une plus riches parties de l'Alg^érie centrale, elle doit enfin reprendre le rang qu'elle avait jadis, nîon que ses néjmcinnts étaient en relations avec la France, l'Espagne, l'Italie, la Morie, la Turquie, TAsie mineare, la Syrie et TEIgypte.
€ Le man^é de Bongie est d^à des plus importants. Il s*y (Ut annuellement plus de trois millions d'affisires en hoUe et en céréales »
I TMy I ■ iiMi # B e » g ie >
La population do Bougie, sous la direction de son maire, M. Canton, avait paré la ville; elle avait trouvé, dans ses magnifiques jardins, des fleurs et de la verdure en quantité suffisante pour orner toutes les rues. Trois arcs de triomphe, rivalisant d'élégance, avait été dressés par les européens, par les musulmans et par les Israélites.
A 8 heures, FEmpereur qui venait d'arriver, escorté par l'escadre, descendait & terre et félicitait M. Canton, d'être le maire d'une aussi jolie ville. Il ajoutait, dit-on : c Bougie est en vérité la plus charmante ville de l'Algérie, s
Le conseil municipal (2), les autorités civiles et militaires,
(1) Géographie lU VAlyérie, por M. 0. Mac-Carly, page 427.
(2) L*Âdiniimlration mui)icip«ile de Bougie est ainsi composée:
BOCGIË.
M. le curé et tous les habitants réunis autour de l'Empereur, l'ont accueilli avec cet cnthousiasuie dont Sa Majesté voyait partout l'expression sincôre, énergique et q^ue^uet'ois si vive^ qu'il était impossible <lr s'entendre.
L'Empereur est ensuite monté en voiture, et s'est dirigé vers le camp, toujours suivi des vivats et escorté d'une foule d'arabes des deux sexes et de tous âges, au miUeu de laquelle sa voiture n'avançait que difficilement : quelques poignées de lûèces de cinq francs ont été lancées bien à propos pour disperser cette cohue, subitement transformée en lutteurs.
M. Nîocel, maire de Sétif, assisté de son conseil municipal, et accompagné d'un détachement de la milice à cheval de sa loc^té, a reçu Sa Majesté sous un arc de triomphe improvisé à la hâte, à mi-chemin du campement de la colonne expéditionnaire.
Sa Majesté a paru très-flattée de cet hommage, qui fait làonneur au maire de Sétif et à tous ceux qui se sont joints à lui, pour venir, au prix d'un pénible voyage, au devant de l'Empereur, qui n'a pu aller voir Sétif.
0e retour du camp à une heure, Sa Majesté a de nouveau traversé la ville pour se rendre sur le quai, où elle s'est embarquée an cri mille fois répété de Vive VEmpeirmt ! Jusqu'à six heures du soir, moment où le yacht impérial a quitté la rade, on a pu apercevoir Sa Majesté contemplant le magnifique panorama qui se déroule autour du golfe.
Ces détails sont extraits d'une lettre adressée au joumal VIndépendant de Oonstantine. Voici maintenant la relation envoyée au ManHeur du soir^ en ce qui concerne la visite du camp.
A Test, au pied de la ville, s'ouvre une large vallée qui s'enibnce hamonieusement dans le pâté montagneux et dans Util. Canton, maire, M.Gornisset, adjukut; MH. Parôs, Gatelot, Fossorstj 6iifiOO,Salomet Abnisd>bel>&di-Ali, Gadi, cooseîUers.
raOTMZ OB OQHSTAlfllHB.
quelle vicflBflBi «ipirer, en s'enchevèlnuililes aODpesoadulées das baaiM montagnes de la Kabylie.
An wmmmA de rarmée de Sa Miyeiti, eette valUe ofirvit un eoap d*<ril mgîque : rvnée des Bâbora, ferle de qmtae raille hommes, était cempée sur le bord de U mer, et. des tieteani de reeeadre, on poavaU suivre, eorame d'oo avamtscèoe, tout le movrement pittore:ïque qui se fiûsatt daos la camp; sar U pitge, quelques eafaliers arabes s'exerçaieot à la joute équestre dermiii les Kabyles au front découvert et à la jaju^o nue.
A huit heures enwron, l'Empereur, accompaj^né du rnarécliul (le Mac-Mahon, du pén/Tal Fleury, du gcn» rnl Ca^ieiiiau. du c€ili>nel Raille et des oilicxcrs de sa Maison, meilait pied à terre, acclamé par les vivats de la populatioa de fiou^^ qui t'était portée tout entière sur le Uea de débarquement.
Sa Miyesté, après avoir été saluée par le général Pérlgot, commandapt la colonne eipéditiomiaîre, traversa la eité qai (Vit tour k tour carthaginoise, romaine, vandale, morsaqnev espagaolet berbire, et qoi est aijourd*hai française. La pamne petite ville, qui ne compte pas plus de trois mille habitants, avait ftît tout ce qu'elle avait pu pour reeeioir dignement aon Souverain : les rues étaient pavoisées, et la population* en habits de fête, formait la haie sur le passage de l'Empereur.
Le cortc^ge impérial se dirigea immédiatement vers le camp de la colomie evi>éditionnaire.
Une élégante tribune en feuillage avait été dressée au milieu de la vallée : c'est sous cet abri agreste, improvisé par les soldats, que Sa Majesté se plaça pour assister au défilé des vainqueurs du jour.
De ce point, le panorama était encore plus grandiose que de la baie ; en fece de la tribune impériale, se détachaient d^m c6té Bougie, avec ses vidlles murailles romaines, vandales et sarraanes ; de Fautre, sur la mer Ihnpide et bleue, les masses sombres et terribles de la flotte cuirassée ; à deux pas, le défilé émouvant de nos braves soldats, bronzés par le soleil, halés
BOUGIE
I»r la irictoire, couverts de poussière, marchant fièrement sous la fatigue, et acclamant l'Empereur avec cette ardeur militaire qu'ils mettent dans toutes leurs actions. Certes, il est rare de voir un pareil spectacle dans un tel cadre, et c'est visiblement ému que l'Empereur distribua les récompenses à ces phalanges victorieuses dont oa pouvait voir les conquêtes en levant les yeux vers le Babor.
L'après-midi fut consacrf^e par Sa Majesté à étudier les besoins (le cette partie de iiotre Colonie ; et tandis qu'elle se préoccupait de Favenir de ce point maritime, trois mille hommes appartenant au coips expéditionnaire s'embarquaient à bord de la flotte cuirassée aux cris mille fois répétés de : Vive VEmpermVy fn»e VImpérattiee, vive le Prince impérial.
Un diner réunit autour de l'Empereur tous les colonels de la colonne expéditionnaire, et le soir, V Aigle appareillait pour la France aux vivats des populations et des soldats laissés sur le sol afiicain.
APPENDICE
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