COLONISATION
bres de toate espèce, même les plus riches, comme les marbres
onyx.
Or, de tous ces produits déjà si variés, les céréales et les bestiaux suiliraient seuls pour enrichir la Colonie en comblant les déficits qui se produisent éventuellement dans la métropole OU en Angleterre, comme pendant la guerre de Crimée, si les cultures étaient plus étendues, plus irriguées , si les moyens de transport étaient plus faciles et la population européenne plus considérable.
L'Algérie est providentiéllement apte a la culture du coton longue-eoîe qui, jusqu'à présent, n'avaî^t été obtenueque dans les Sea Ulands de la Géorgie et dans nos AntîUes. La produc* tion de la soie en Algérie, peut être encore une source d'incalculables richesses pour la Colonie, où la maladie des vers à soie est Texception, tandis qu'elle semble être devenue malheureusement la règle dans la métropole.
Les huiles algériennes, si notablement améliorées par l'industrie européenne, peuvent venir aussi suppléer à Tinsufiisance de nos récoltes provençales.
Lorsque les arabes voudront donner à leurs moutons les soins dé nos éleveurs français, on verra reparaître en Algérie les belles races mérinos qui fimt la fortune des colons australiens.
Dans les terres non irrigables le cultivateur algérien s'est longtemps borné à récolter des céréales, produit riche quand il réussit, mais dépendant trop des conditions météorologiques
pour dumier des résultats i éguheis et sur lesquels on puisse compter.
Depuis quelques années, la culture de la vigne tend à se répandre dans les terres sèches et sur les côteaux de l'Algérie ; elle y donne des vins généreux, alcooliques et analogues aux vins de l'Espagne, ou des vins rouges ayant peu de bouquet et semblables à nos vins de Provence,
Là dessus, grand émoi de nos producteurs des pays vinicoles, qui se voient fermer irrévocablement les riches marchés
iM APPENDICE.
de l'Algérie. C'c»t là une erreur économique a plusieurs points de vue.
Lcîi iiégocianU de Cette ont constaté au contraire que la romommation des vins français, va toujours augmentant en Algérie , malgré les importantes plaotatioiis de vi^^ qui s'y font tous les ans.
De plus il eii constant qae rnogmentation de la popvUitk» eoropéenne, dant de notables proportiOQs, ne peut que bire augmenter la coneommaftkxi de nos vins, par des quantités que oombierait dittcOeiDent la prodnclion de TAIgérie.
Outre ces grands produits agricoles on naturels que noos wnm ^roérés, TAIff^rie doit aussi à la beauté de son elimst, à sa proiimité du continent européen, le privilège de produire en quantités indéliiiies des légumes et des fruits de primeur.
L'horticulture maraich«»re, et mAme la production des fleurs et des pariunib m recliercliés parTartde la distillutionj seraient flonr «encore d'importantes ressources pour notre belle Colonie africaine.
II n'est pas inutile de signaler aussi, ce qne Thorticulture et et racclimatation européenne doivent déjà et devront de plus en plus à TAlgérie. Nous voulons parier des pépinières du Ilamma et du magnîllque jardin d'acclimatation d'Alger. Onf obtient sous Thablle direction de M. Hardy et au moyen de graines auxquelles il fout une latitude privilégiée pour mûrir, des produits qui alimentent toutes les pépinières et tous Us jardins des amateurs de PEurope.
Par cet expose rapide et insuffisant, nous espérons cependant avoir (Il montré que la possession de l'Algérie vaut mieux poar la prospérité de la France que la possession des Indes ; que la colonisation doit faire produire à ce beau pays, des denrées d'échanges avec nos manufactures et avec l'Europe.
Que Ton ne redoute plus l'extension de la colonisation qui aura pour effet d'initier les Arabes à nos procédés agricoles, à nos mœurs et à nos lois ; que l'on ne craigne pas une forte Immigration européenne. Noue avons montré les merveilleiues
COLONISATION. m
perspectives du commerce de la métropole avec ime popalation d*un mOlion d'européens, sur une terre qui peut nourrir 13 millions dliabitéits. Que l'on hâte donc ces résultats par tous les moyens possibles.
Ce qu'il faut aux pays nouveaux, c'est une grande liberté d'allures, une grande facilité d initiative, de transactions, de vie cûiiinitinale.
Ce n'est que dans ces conditions auxquelles aspire TAÎgérie, qu'il sera possible de détourner, à son profit, une certaine partie du courant d'émigration européenne. Ce qu'il lui faut ce sont des ports francs et hospitaliers . des libertés municipales et provinciales, des droits politiques bien définis.
Avec ces réformes dont l'Empereur a pu voir le vœu unanime et la nécessité pour notre belle Colonie , avec l'action administrative se bornant aux grands travaux d'utilité publique, l'Algérie ne peut que se peupler rapidement et prospérer. Qu'on lui prodigue les écoles , les routes, les chemins de fer, les barrages et, .si on lui rend les institutions libres de la métropole, en verra quel degré de prospérité peut atteindre ce beau pays , quelle puissance il peut donner à la Fiance. Sachons ce que nous voulons faire en vue de ce qu'il importe d'obtenir, et en présence des féconds résultats produits déjà par le voyage de l'Empereur, qui dès ses premiers pas avait vu la véritable solution de la question algérienne, et promettait le concours au.t travaux publics d'une puissante compagnie financière.
N'oublions pas , car il faut être juste , ce que disait il y a cinq ans , M* Merder-Lacombe , l'un des hommes qui ont le mieux aimé, le mieux connu l'Algérie :
En ikit de colonisation je n'ai pas de système, j'ai des « principes* Or, le premier de mes principes, le voici : la colo- « nisatioii do l'Algérie est une question de travaux publics. »
APPENDICE
AGRICULTURE
Aux divers points de vue de la qualité des teirains, de kar eiposition et de la température, l'Algérie est une terre miment privilégiée.
Le sol, presque partout noir, ou d'un rouge brun, formé par la désaia'ré^ation de rocher primitives abondantes en sels potassiques, ou, dans les plaines iill ivionnaires, riche en huiuurt ci en calcaire}*, est une adimrabie terre à froments, d'une fécondité iiiopuihdide.
La température, assez analogue dans la région du Tellk celle de Tltalie et de TEspagne, favorise toutes les cultures industrielles, depuis le lin jusqu'au coton, depuis la garance jusqu'au tabac. En môme temps, la vigne y prospère connue en Espagne et en France, et donne des rendements inconnus sur nos sols épuisés.
Enfin, partout où un cours d*ean, un barrage, un forage artésien fournissent aux irrigations, il n'y a pas d'interruption à la production du sol, où revieiment Lrui^ ou quatre récoltes successives.
Dès l'antiquitéi l'Afrique du Nord était déjà renommée pour sa fertilité en grains.
Les romains, après avoir soumis cette contrée, en firent le grenier de VliaUe^ et ce surnom appliqué par Salluste, a sar vécu comme le signe distinctif d'une aptitude spéciale.
Pline raconte dansun chapitre de son histoire universbllE; intitulé : De la fertiliic du blé en Afrique, que l'intendant de
AGRICULTURE
l*empereiir Auguste lui envoya un pied de froment d'où sortaient près de 400 tiges, toutes provenant d'un -oui grain; et qu'un intendant de Néron lui envoya liUO tiges de froment, également produites par un seul grain.
Les mêmes faits ont été remarqués depuis Toccupation française. Il y a peu d'années, un colon de Misserghin a offert, à la Soâété d'agriculture d'Oran, un pied d*orge contenant 313 épis provenant d'un seul grain.
La surface cultivée en céréales s'élevait, en 1864» pour les trois provineest à 2,430,332 hectares ; le nombre des hecto-* litres récoltés, à 18,218,673. c Mab, i^oute M. Hab. Michaux, auquel nous empruntons ces renseignements, il importe de faire remarquer que cette production est inférieure de 7,290,073 hectolitres, à celle de l'année précédente: les événements de guerre ont, d'une part, diminué le travail et, d'autre part, rendu iinposs>ible le recensement de certains cercles. On peut donc considérer le rendement normal des cultures comme s'élevant à 25,508,753 hectolitres, et le nombre d'hectai^es ensemencés à 3 millions environ (1). »
Le blé dur d'Algérie est justement renommé sur nos marches du midi et dans toute l'Italie. Un fabricant de Marseille, M. Joseph Brunet, a eu la pensée de l'employer dans la fabrication des semoules, et il y a trouvé la source d'une fortune considérable. Ses semoules, couronnées à toutes les expositions, servent à fabriquer des pâtes alimentmres qui sont préférées aux pâtes d'Italie elles-mêmes.
A la suite de l'exposition de Londres, l'Empereur a décerné à cet industriel la croix, de la Légion d'honneur, voulant faire connaître à tous, le haut intérêt qu'il porte aux progrès de l'industrie et à la prospérité de l'Algérie.
Les cultures légumineuses ont pris depuis quelques années
{i) Voir rexcellent article publié par M. Hub. Michaux, dans la Revtie coMemporaiM du 31 juillet iM5, sous le titre de : SUuaiian agricoka tadwIrieUs de l* Azérie,
APPEXDKX.
un ^'r;ui«l i 'veloppoment. L'i»\(M>r i;ujoii des légumes qui était «II» 1,(UU.<AM ktiogramrii#*s «'ji 1S<>3, sVst élevé, en ISG4, à T},\yM.*^^y kil >t!rî\mme». Cette branche de o^poce a doucsextu|)h* en une année.
La vigM, lont l.T culture est asseï récente en Algérie, ch:copa actuel loincnt 0,715 hectare». Le rendemeot en vin est, en moyenne, de il hectoUtree li litres par hectare.
La nambre des arbres fruitiers relevé daos le reeensemeot de cat de 8«387,457« dont 2,274,535 poor les earopécns^ et 0,112,022 pour les indigènes. En iS64, Feiportation des fmiU >'eBt élevée à 2,607,775 kilogrammes.
L'oranger est une culture importante pour Palgéria). On comptait en 1S04, *202.858 piinls d'orangers, citronniers et cédratiers, donnant 30.107.770 kilogrammes d ' fruits, et 1,696 kiloirramni" - de Heurs; l'Europe consomme plus du tiers de cette ricoltc.
Voici, d'après un travail récemment piiliin' par M. Eugène Te,stut, inspecteur de colonisatiûo, le tableau général des cultures algériennes.
L'Algérie produit des grains: blés, oiges, seigle, avoine, lèves, maïs; des fruits; des plantes tinctoriales; des fourrages, du coton; du tabac; du lin; du chanvre, de la soie, dtc...
Les vignes, les oliviers, les amandiers, les figuiers, les onmgers, les citronniers j réussissent admirablement.
Dans le Tell, on rencontre partout l'orme, le frêne, le tremble , et dans les terres humides, le saule, le peuplier. On cnltive avec succès de nombreux arbres fruitiers : le gretiadicr. le caroubier^ le cerisier, l'abricotier, le prunier, le poniniier, le cognassier, le j^iubier, le noyer, le pécher, le mûrier, le genévrier, etc.
A ces productions principales, on peut ajouter comme accessoires et objets d'exportation : les laines, les peaux sèches, le crin végétal, Talpha, le disa, les écorces à tan, les p&tes, le miel, la cire, les poissons salés, les sangsues, les légumes firais, (primeurs) et les légumes secs; toutes les cultures maraîchères,
AGRICULTURE
des fleurs et des essences ; une foule d'objets dits de l'industrie algérienne, et enfin les produits du sud : dattes, tapis, plumes et œu& d'autruche, étoffés de laine, chapeaux de paille de palmier, garance de Tougourt.
Les forêts sont riches en tuyas, chènes-liége, chênes- «éens, chênes à glands doux, cèdres, oliviers, pinsd'Alep. Le palmierdattier est le roi du désert.
L'Algérie possède les éléments naturels, primitifs, essentiels de tout pays producteur : une terre fertile, un soleil ardent, d'abondantes eaux et un climat pnvilé«,àé. Que ne peut pas faire le génie de l'homme avec de tels éléments de succès dans le siècle des progrès économi<]iues, de la vapeur et de Télec* tricité?
La terre, est vaste, et n*a de limites que les sables du désert ; elle est féconde ; elle ne peut manquer à Tactirité des colons.
Le soleil est vivifiant autant que dans aucune contrée du
globe.
L eau est partout. A la vérité, elle va se perdre encore en masses énormes dans la mer, parce que, durant des siècles, les arabes n'ont rien fait pour la retenir à la surHice du sol. Mais elle suinte de tous côtés sous nos pieds. Sur nos têtes, le ciel en est prodigue paidant la saison pluvieuse, autant qu'il s'en montre avare pendant la saison sèche. C'est à notre prévoyance de rétablir l'équilibre : question de sondages, de barrages-réservoirs et d'aménagement des eaux ; mais surtout question d'argent et de bras.
APraiDlCB.
BARRAGES-RËSERVOIRS.
On a évalué k trois milliards de francs, la valeur qu'on pourrait tirer drs oaiix que les fleuves de I iaucc déversent annuel' leinoiit il l«i mvv.
Le ièombrc de trois imlliurds représente plus de fois trois francs qu'il no ii*eit écoulé de minutes depuis la naissance de Jésus-Christ.
Ou bien encore, en le supposant divisé entre tous les français, le revenu de chacun d*eux serait augmenté de 80 fraoes.
On voit que rhumanité n'est pas à bout de ressources, et qu*il est fiicile aux nations d*accroltre rapidement le bien-être des peuples.
Si, maintenant, nous comparons la France à l'Algérie au point de vue de la richesse du sol par les irrigations, nous arrivons à des résultats encore plus surprenants.
Kn eiïet, en France, il tombe plus d'eau l'été que l'hiver, jKu les orages ; Paris en reçoit 0'i'53 par année, et peu chaude. En Algérie, au contraire, toutes les pluies tombeiiL daiii la même saison, et sont suivies de plusieurs mois de chaleurs et desécheresse ; la côte en reçoit 0«i>JK) par année.
Les hivers de France détruisent les plantes précieuses ; les hivers d'Algérie sont un printemps qui ranime tout.
D'ailleurs, Teffet de Teau sur la végétation est proportionnel à sa température ; c*est»à«dire, que 2 d*eau à une température % produit un effet égal 4, et 4 d^eau à une température I, donne un effet égal 16. Ainsi s'expliquent les prcNiiges agricdei des pays chauds.
De ce rapprochement rapide, on peut conclure que le seul aménagement des eaux en Algérie, représenterait une somme
BÂRRAGES-KÉSEUVOIRS. ' S03.
de richesses qui laisserait loin derrière nous, tous les peuples de l'Europe.
Cela posé, quel moyen employer pour arriver à cet aménagement ?
1» Dérivation. Pour If s cours d'eau à pente rapide, un sunple bourrelet de la hautciii- du g'enou à travers le lit avec un canal de di-rivation amené sur le sol, l'été, le filet d'eau que donnent la plupart de nos torrents. C'est ce qui est pratique à la sortie de r Atlas le long de la Mitidja.
Mais ce filet d'eau déjà faible en juillet, devient insignifîant ou nul en août et septembre, quand les plantes en auraient le plus besoin.
n fout donc recourir à un autre moyen : les réservoirs. On arrive ainsi à imiter ce qu'ont fait les peuples méridionaux aux jours de leur puissance.
Réservoirs* Tels qu'ils sont envisagés aujourd'hui,- les
réservoirs sont de grands ouvrages d'art qui ne peuvent s'entreprendre que par de puissantes compagnies ou sous la protection de l'Etat.
Le premier de ces réservoirs, celui du haniiz, dans la province d* Alger, complètement étudié et sur le point de s'exécuter, doit convertir l'est de la vaste Mitidja en un immense jardin, plus riche que la magnifique plaine de Valence dont l'Espagne s'énorgueillit à juste titre. Ses eaux se répandront sur une étendue de vingt territoires communaux de France. Il coûtera deux fois autant que l'hMel d'Orient sur le boulevard d'Alger, et quatre fbis moins que ce boulevard.
Par ce rapprochement^ (m peut juger du meilleur placement de fonds.
Cependant, ces grands réservoirs seront toigours en nombre
restreints ; ils ne s'établiront qti'à grands frais et sur certains poiiita favorables par les condilioii^s topograpliiq^ues et géologiques ; leurs résultats ne peuvent être immédiatement avantageux à toute la population.
Nous pensons que les réservoirs en petit dans les vallons,
j)OH&iMes presqur partout, avec les ressources d'une commune ou inrine (l'unou plusieurs pi njn létair^ réunis, contnbueraieiit tr»:^-iïipidp!nent a la prosp/'i iu* publique.
Voici comment on pourrait les construire :
A trmven une petite Talléa» à poito asaes douce, élevez un bouirelat en rtmlilai de nitMiieoiiiiiie pour une diannée. M'j pntiqiMf «ucan pooieeâa, aocubo onvertare. LaiBses passer tiD hiw pour le ♦■■■amtiif , on miiog, «menés, s'il est posable, sar son eouroonenieiii, on filet d*eeii qni renlratieBM à 1*^ dlunnidité aui prenûèns plniai. A une eitrànîté, pratiques dans le sol natarâl, une tranehée aaaei lai^ doot le ftnd soit à 3 màtresplns bas que la crête du barrage, et laissai Tenir les eaux.
l'our arroser, l'été, placez un ou plusieurs syphons qui, une foi» iiijnrccï;, \i(leront le réservoir, en laisaut passer l'eau audes.sii^ tiu biurage saii> y Unicljer, jusqu'à 10™ de hauteur. Le déhit des syphons peut «''tre accru ou ralenti au mojeu d'un appareil fort simple fermant à clef.
A Taide de la maiii d'œuvre militaire, ces barrages se eonstniiraîent à peu de flnm^ et répandraient partout l'abondance*
Pour en dtri|^ In construction, il suffit desavoir mssarer le baani qui déverse ses eaux dans le valkm à barrer et &îre un nIvéUement.
F. O. ORàNOKB.
Alger, le 15 juillet 1865.
Digili^uG Ly CjO