LE CLIMAT
Toute contrée a son climat propre; tout climat relève de l'astronomie, de la géographie et de l'hygiène ; exposons distinctement à ces trois points de vue le climat de 1 Algérie.
Le climat astronomique de l'Algérie se caractérise par sa situation sur la sphère, entre les 32e et 37^ degrés de latitude nord, entre le 4e de longitude occidentale et le 6^ de longitude orientale, où elle embrasse 5o du nord au sud et lO de l'ouest à Test.
Située à la limite méridionale de notre zone tempérée, cette contrée participe des caractères propres aux latitudes chaudes et aux latitudes tempérées ; ainsi, les nuits et les jours y ont une tendance marquée vers l'égalité ; il n'y a pdnt d'aube au matin, point de crépuscule au soir } deux saisons seulement, l'une sèdie, l'autre pluvieuse, y constituent l'année dimatologique, comme dans les- pays équinoxiaux ; et aux productions de la zone tempérée, elle réunit nombre de celles propres aux zones intertropicales.
Le climat géographique de l'Algérie a pour éléments : Sa contiguïté avec le disert au sud j sa division longitudinale, en
àmx parties opposées, par le sytCioM aUautique, dont le )>oa' lèmaeni s'étand de TOcéaa à travers le Maroc, TAlgérie et U IWiiie jusque dans le bassiii oriental de la HédUerranée.
Cee deux parties dti territoire algérien se dUTéreneient tellemem par leor eooflgaratioii pbyeiqtte, par leur struetore gfologique, par leurs produetions et par leur température, toot africaine sur le versant sud, presque européenne sur le versant nord, qu'elles représentent deux mondes contraires bien qu'adossés .
Lea iadigèiies caractèribCiit cette ti i-^^iuiblance dans leur langage expressif par les d-'iii niiiii.ii mas suivantes:
Le Sahara^ terre de parcours, pays de la soif et de la faim ;
Le Tell^ terre de culture, pajs deTabondance.
Ne i>ourrions-nous pas les dénommer différentiellement, TAlgérie-sud et TAlgérie-nord ?...
Le cadre resserré d*ttn article destiné à un simple travail de vulgarisation, ne peut comporter Tétude, sdon la sdeaoe, de ces riches éléments de Thygiène ; en voici donc un simple aperçu, qui, pour être pratiqué, ne s^étendra qu*à l'Algérie* nord, la seule colonîsable, la seule qui puisse se prêter à la fiiMon des tleux races longtemps ennemies, et que lidèle à la ilt>vise Gestd Jk-i }>cr Fra»at.K, Nupoléou III, digne continuateur de Napoléon h'^, prend noblement à cœur de réaliser ! !
Le climat liygiénique de TAlgérie-nord, vulgairement connue sous le nom de Tell, dépend essentieUement de la conûgura' tion tourmentée du sol, et de son orientation en face delà mer, en Isee de l'Europe ; en void les traits les plus saîUants :
Sur la rive méridionale do la Méditerranée, et sur une longueur de mille kilomètres^ le Tell étale un vaste et splendide amplntliéàtre de côtes, de collines, de vallées, de plaines, de montagnes et de plateaux étagés les uns au-dessus des autres^ sans régularité.
L'atmosphère est transparente, chaude, humide et Innineuse, presque toujours agitée par la brise de mer, où les vents de la demi-rose nord.
LE CUlf AT.
L'air, plus raréfié ou moins dense que sur le continent européen, fournit à la respiration, sous un volume donné, une moindre quantité de principes vivifiants, d'où lamoUe langueur des populations et la nécessité de le ventilation ; cette raréfaction de l'air donne lien àla riche coloration bleu foncé, à la limpidité du del d'Âfnque.
La chalenr donne en moyenne an thermomètre centigrade, observé sur le littoral :
Pour les trois mois d'hiver 15o22
Soit 20o63 pour la moyenne annuelle.
Plus Ton s'élève sur les gradins de l'amphithéâtre tellien^ moins la température est élevée, ce qui permet de s'y installer 80U8 des températures analogues à celles dont on jouit en Bourgogne, en Auvergne, dans les Sierras espagnoles et dans les Apennins, en Italie.
La moyenne du baromètre est 776 millimètres, avec de rares et faibles changements.
L'hygromètre marque presque toujours le degré maximum * d'humidité atmosphérique.
La. lumière solaire, fort lareraent voilée, est d'une vivacité très-stimulante.
Sous de telles conditions, les productions végi tnk's spontanées sont luxuriantes, partout où la main de l'homme n'a pas détruit ou contrarié l'œuvre de la nature ; la haute végétation arborescente y forme d'immenses massifs en oliviers, chênes, cèdres, lentisques, tuyas , malgré le système de destruction qu'y promène, depuis des siècles, la vie en commun et l'indus* trie pastorale des arabes.
L'Algérie-nord est une contrée naturellement salubre, fertile et surtout attrayante ; les conditions d'insalubrité, d'infé* condité qu'on y rencontre sont toutes locales, passagères, et le
de l'été
de l'automne
du printemps,
rétoltit de rinearie séeolatre de maibeoretues popolatioas, anerviet mnis un despotisme abnitiseant, maintenaes dans un oomnittiiisiiie démoraUiaiit, réduites à llguoraiice par leur isolement, et les préceptes d'uae religion énervante.
Viennent le génie rédempteur do la civilisation chrétienne, %it>iirn'iit li's forces industrielles de la :>ociété moderne, s'uppliqvi«T. avec une ^ago lenteur, mais avec pt t >i vérance à la régénération de ce |ieu()le, de ce sol... et la France, et l'Europe verront avec hoidieur se généraliser le miracle^ réalisé localement par les hardis et persévérants colons de Booffarick, la transformation d*un marais infect et léthiière en une salubre, fertile et riche oasis II!
Alors on ne taxera ptus d'enthousiaste M. i. Duval, cet apôtre dévoué et persévérant de Favenir algérien, qui écrivait, il y a douse ans, dans un excellent tableau de l'œuvre coloniale en Algérie : « Son dimatest Tun des plus beaux, des plus € a|;i éables qui existent sur la terre ; avec les progrès de la c culture européenne, avec la généralisation des travaux pe» « blics d'assainissement, cette contrée dovieuJra d'une saluai brité privilégiée, où tous les riches d'Europ - voudront, comme «nu tein)>s de l'empire romain, po^^éder leur maison de plai- « sance. >
Les anciens habitants de l'Algérie, soit indigènes , soit européens, s'accordent n reconnaître, dans l'état atmosphérique, des changements notables, déjà la conséquence, sans doute, de plus vastes et de meilleures cultures, et aussi des travaux d'assainissement exécutés»
Par suite, la division de Tannée en deux saisons ; Tunesedie, i'été^ l'autre pluvieuse, l'hiver , admises et constatées, dorant les premières années de notre occupation, ne répond plus à la vérité des observations météorologiques. Il convient donc d'en admettre luie iiitermédiairc, le jaititemps, qui offre des conditions atmosphériques d'une « suavité inconnue en France, o selon l'expression de M. Périer, membre de la Commisision de l'exploration srientiiique de l'Algérie iaite en 1842.
LE GUMAT.
Véié est îticommode, pénible, si Ton veut, pendant les mois d'août et de septembre ; mais plutôt par im 6t&t particulier de Félectricité atmosphérique, à la suite de (quelques journées de sirocco; plutût par la fatigue morale d'un ciel loujoais serein, toujours lumineux, et par la fatigue physique de la continuité non interrompue d'une même chaleur, plutôt, disons-nous, que par rélévationde la température. —Cette température, en effet, ne dépasse que de 2 à 3° celle de la France méridionale ; elle est au même degré que celle de TAndalousie et du midi de l'Italie durant la même saison. Les chaleurs d*AfriqQe ne peuvent dcknc être un épouvantail, que pour ceux qui ne les ont jamaiséprouvées; d'ailleurs, elles sont délicieusement mitigées par la brise de mer, qui, pendant tout Tété, balaie, renouvelle l'air dans le Tell, y faisant l'office d'un ventilateur permanent. — Cette ventilation et Taltitade des premiers gradins de TAtlas, foiil aux contrées de Médéa, de Miliana, etc., un été beaucoup moins pénible, qu'il ne l'est en bien des provinces de l'Europe méridionale.
L'hiver comprend les quatre mois de novembre à mars, et durant ces quatre mois ont lieu des pluies torrentielles ; elles versent, en 50 à 60 jours, 79 centim. d'eau, alors qu'à Paris, les 9 à 10 mois pluvieux n'en donnent que 53 centim. ; la neige est rare sur le littoral, elle n'y tient pas.
Il ne pleut jamais plus de trois à quatre jours de suite, et lliamîdité du sol disparait rapidement sous l'influence d'une brise tempérée, d'un soleil radieux, d'une température moyenne de iO à i2o ; aussi le valétudinaire n'est jamais retenu ches lui plus de cinq à six jours consécutifs, par le fait du mauvais temps.
Cette saison, composée d'une série successive de jours pluvieux et de spîendides journées, mérite mieux le nom d'hivernage, que celui d'hiver: ce dernier nom rappelant un sentiment de soufirances physiques pour les corps vivants, une apparence de mort et de deuil projetée sur toute la nature ; ce qu'on ne ressent, ce qu'on ne voit point en Àlgérie, ok une vivace et
APmiNCE.
lutiinante végétation, témoigne de la douceur permanente du climat.
De 5f'i M'Uses et récentes (>ii)>ltcations sur la climatologit^ médicaië ont apprécié et signalé toutes ces particularités; quand ell«i aeront plu« généralement connues, nal doute que k» aooflMMU, les valétudinaire» et les beurenx de l'Europe ne nmmU y prendre leur quartier d'hiver ; si Ton a aoiii de leur préparer dee inetallalioiis eonlbrtablee, des lieax de promenade o& ilt poissent à pied, à cheval et en voitnre, prendre du monvement, jooir du soleil, de ]*air marin, des émanattons balsamiques de la végétation persistante et spéciale aux pays chauds !t!
Il y a mieux encore, 18 années d*exercice sous le climat nlprérion, et l'épreuvr' personnelle que nous eu avons faite, nous ont donn»'- In ti-ui jur l'acte d'acclimatenuMit dc\eloppera
Fur les nnruigi.mis venant dos contrées sf'[iteiitnonales dans un état habituel d'invalidité, développera, disons-nous, des phénomènes physiologiques qui auront pour conséquence dernière d'améliorer foncièrement, et leur santé et leur constitution. Ainsi, les opérations physiologiques de l'acclimatement^ fortifieront les constitutions débiles, les tempéraments lymphatiques , elles aideront les jeones générations à dominer, à dépouiller même certains vices héréditaires qui bien souvent oppriment l'expansion pubère, ou s'épaaonissent plus tard sous forme de Tune de ces graves affections de la poitrine, du tube intestinal, de Tappareil génito-urinaire qui font aux eaux thermales une si nombreuse et si riche clientelle ; elles apporteront t oujoun» soulagement et souvent guérison à cette phalange de goutteux, de rhumatisants, de dartreux, de j liLhisique et de catarrheux, (jui traînent une existence inutile et souffreteuse fious le ciel froid et humide des contrées du nord de l'Europe: les vieillards eux-mêmes, sous ce soleil vivifiant, dans cette atmosphère clémente, jouiront d*une existence plus dooce et verront 8*j prolonger lenrs dernières années. TAlgérie n'eel^ point cette même contrée, dont les romains dÉsaiant: c Ton n'y
LE CUMAÏ. «73
meurt que de vieillesse oa par accident. 9 Nous n'oserions encore inscrire cette devise sur le fronton de l'Algérie, parce que entre l'occupation romaine et l'occupation française, des hordes barbares ont envahi et ruiné le pays, parce que la possession séculaire du peuple arabe y a laissé dominer les forces physiques et destructives de la nature, que le labeur intelligent et 1 (jparateur de rhomme doit iiiaitriser.
Corroborons tout ce que nous venons d'exposer et de pn-voir, sur le climat de l'Algérie, par une dernière citation, cnijn untôe au travail de la commission scientilique chargée, en 1841, d'une enquête officielle sur le présent et sur l'avenir de l'Algérie : « L'Afrique septentrionale, écrit M. Perler, a été le « grêler de Rome et de Tltalie, avant que IHgnorance et la « dégénératton de l'homme y eussent suscité la décadence c agricole et Tinvasion des endémies ; vienne le jour de sa re- « naissance, après la nuit du moyen âge ; vienne le travail, « viennent les institutions, et nous relèverons l'Algérie de sa « chûte ; car ce sol privilégié possède tous les éléments d'une « fécondité surprenante et d'une complète salubrité. »
La création d'une société de climatologie, pour constater, étudier et préparer les voies à l'amélioration des mille climats partiels, dont se compose le climat algérien, a été une fort opportune inspiration, très judicieusement appréàée d'ailleurs par rhomme fort^ l'homme honnête, l'homme dévoué, qui préside parmi nous aux destinées de l'Algérie. Cette création a comblé le trop grand vide que laissaient^tre elles les sociétés agricole et médicale I... Sous leurs communs efforts, ces trois sociétés, sœurs par l'intelligence, doivent poursuivre confrateraellement, par un labeur distinct, mais solidaire, l'utile mission qui incombe, à chacune d'elles séparément, comme moyen ; mais à toutes trois solidairement, comme but, la régénération et le peuplement du pays.
Dr ÂGNÉLY,
Membre fondaleur de la Société de dimalolocie al^érieaue.
tri
IL Charles Desfu«v.
l'aimahlo conteur, à qui nous a^Oli^
APPENDiOL
déjà emprunté la «lescription de Ui (ete donnée au palai- de Mustapha, le 0 mai, a publié sur le sujet que vient de traiter H. le docteur Agnély, les lignes suivantes, dans lesquelles il dépeint de U manière la plus heureuse raUradiOD que le cUnuii d'Alger eieree sur les étrangers. — o* t.
« Tofiicô lc.-< cIm >»'«> <]ue j'ai désirées et ciieiihees pendant vingt années de voyage, et qu'il ne m'avait été donné de trouver que séparémentt ui>e ici, Tautre là : beau ciel, doux climat, société s}mpnthique, ville pittoresque, logement agréable, environs délicieui et de facile accès, rares motl& pour le pinceau, sujets intéressants pour la plume, liberté, santé, bonheur. Mger me les a données
c Venu dansllntention d*; passer quelques mois seulement,)'/ suis rc:ité tout un hiver.
c A peine de retour en France, je me sentais repris par ee besoin nouveau, étran^çc, irrésistible, de soleil, de palmiers, d'indépendance et d'aventurer^, que deiiait si bien le nom baroque dp nosfo/f^étnr.
a Mniii^ <lo trois tuots après ravoir quittée, je revoyais la place du (.iouvcrnenient.
« Il y aura bientôt quatre ans que j'y demeure.
« Quelquefois, je me dis : C'en est fait; te voilà décidément africain. Liquide tes affaires de France, attire à toi ce que tu pourras de famille, place tes ibnds dans la Colonie^ loue à bail un appartement, et mets-tm résolument dans tes meubles..