CHARLES DESPREZ
EAUX MINÉRALES DE L'ALGÉRIE
EAUX MINÉRALES DE L'ALGÉRIE
Considi^rees au point de vue des provinces sur le territoire desquelles elles sont réparties , les sources ininénUes de TAlgénc, sont au nombre de 79, dont 23 dans la province d'Alger, 20 dans celle d'Oran et 36 dans celle de Constantine. Elles se subdivisent de la manière suivante:
iProvinee de Constantine • . 17 ^ I — d'Alger 4 S 23 — d'Oran 2 '
/Province d*Oran 16 x
EAUX SALINES \ — de Constantine . . 13 > 41
' — d'Alger 12 )
/Province d'Alger 6 \
EAUX FEERVOiNBUSES. j de Constantine. . 5 M2 ^ ' — d'Oran 1 )
rProvince de Constantine . . 1 \
EAUX ALCALINES ... ? — d Ûi an 15 3
— d'Alger 1 '
L'iode et l'arsenic, trouvés dans quelques eaux de FAlgéi ie, ne semblent pas en proportions assez considérables, pour motiver une catégorie particulière dHodurèe» et d'arsén^*
I ralciqtie.
,1 sudiqoe «I bicariioaalce.
4 rbiuniréei '
soJo-iragnéneiiiies.
Pltt« 32 «unrm imni liifore ftiial)Sf6«.
Tulal.. M
i<» IUmmam-Iîhiv : S,llflltèC'Cal^i^|ue chlorurée. — Sources connues t gaUiueiii s» us !♦> nom (i'f.'ai/j'-c?ia»<des, (ancienne Aqu(f cali'îrf). à ''ifi kiloiiiftres de -)/i7irf>îa/i, dans les gorges de VOucd-hjer. Huines de ville romaine et d'un beau bassin, sur les Aancs d'un coteau élevé dont les pieds baignent daiis VOued'Hamtnam. Sile extrêmement pittoresque. Etablissement thcrnml construit par radministration de la guerre sur les débris des anciens thermes. Ia saison thermale s'ouvre do 15 avril au 31 octobre. Un établissement civil est organisé depuis peu. 4 sources : 43 & 46» c. Débit total de 150 litres environ par minute. Composition, d'après M. Duplat :
Cbl IN! • de sodium. OirSliXMj
— de ntagnésium 0, 18512
/ de ^oude 0, 02800
Sulfates . . 1 de magnésie 0, 02400
^ de chaux 1 , 28600
^ ' (de chaux 0,20000
Carbonates .1
magnésie. traces.
Silice 0,00600
Matières oiganiques 0,34042
Total 2,28654
Le D"" Lelon .lin, qui a publié cette analyse dans la Gazette médicale (If rAlyéricy (1856), t .-t bien trouvé de I t iuplui de ces eaux dans Teczéma, les névralgies, la sciatique, les afiec,-
KAIX MINÉRALES D£ L AUiElilE.
tions rhumalismales et articulaires, la goutte* la «ypltttis constitutionnelle, rebelle aux traitements spécifiques, etc. Les
indigènes fréquentent ces thèmes surtout pour les affections
cutanées.
L'action (les eaux d'f/f/mîîîam-iîtra. se rapproche beaucoup de celles d'Encausse, (Haute-Garonne), dMriv?^?, (Ht'rault), de Chaudes- Aiguës, (Cantal) ; elles sont plus octiveti que celles é^Bowbon'Laoficyj (Sa6ne-et-Loire).
*2fi MouzAÏÂ-LES-MiNES : Sulfatée sotJiijuc bicarhonaUc, à 14 kiloinMres N. de Mcdéah. Deux bassins, 18 ù 2(V c. Débit de 450 litres par jour. Composition, d'après le D' Millon :
Acide siliclque 06023
Alumine traces.
Oxyde de fer 0,007 à 0,015
ide chaux 0,342
de magnésie. . « . 0,iSl
de soude ..... 0,662
SuU'ate de soude 1,204
Chlorure de sodium 0, 099
Expérimentée par le D»" Négrin, (d'Alger), qui la regarde comme analogue à l'eau de Seltz et de Saint-Galmier^ et convenant dans les maladies du foie, l'engorgement des viscères, la dyspepsie^ la chlorose, Taménorrhée, l'embarras des Yoies intestinales.
8» Ben-Harottn: Chloruréc-sodique hiairbonafre , à 10 liilomètres environ de Dra-el-Mizan, (Kahylie de la province d'Alger). 3 sources : IB^ c. Débit de 3 litres à la minute. Composition, d'après M. de Marigny :
Adde carbcnique. libre 1,2512
Chlorure de sodium ItlQOB
4 reporter* . . .
Râport
iàt tonde. « de duuu» • de uMffMé
Peroxyde de fer. . . .
SUire ^élatmetue libre Matière orgeniqae* , .
de soude . .
Carbonat4»$.> de chaux. .
( de magnétie
o,oass
quant, indéi*
Total
Ces eaux n'avaient paa encore été expérimentées, lorsqu'on . ■ iK5!, Ion dee trafii» de routes en Kabylie, j*eo ÛsmpfUiaâkm
ches le général P : deui fitmsofllreiitpoardin^ertoaa
lea syroptèmea d'un embarras gastro-iotetlmal fort intime qui avait rÛsté aux émétOHAthartiques. Pands déjà eonstalé en les propriétés des eanx de Ben-Haroun, tant sur moi que sur quelques indigènes, durant une tournée médicale en Kaby-
4* Hamiàii-lfiLOtiAN: Ckhrurèê «odo-mo^iiériefiiief à 90 UlomMrss 8.-E. d*A|ger et dans une g^Mrge au pied de 1* Atlas, à peu de distance du village de Bovigo. Deuzcon8truetioiis,an puisard, un marabout qui couvre une piscine presque carrée
de 2 mètres de long. 42« c. Débit de 180 litres par minute. Il existe un »''tablissement très -convenable, quoique restreint, pour If's malades qui ne veulent pas loger sous la tente. Composition, d'aprèi> M. Tripier:
Chlorure de sodium i * • • 96l0680
lie.
de magnésium dé potassium, de calcium. . .
traees.
d*ammoniaque.
A npwter,
£AUX MINÉRALEIS DE L'ALU£R1£.
Report
^ ^ ^ ( de chaux. 0,1350
Carbonates ] ,
( de magnésie traces.
Sulfiite de chaux 3, 1'"260
Carbonate de fer 0, 0025
Matière organique azotée v
Silice gélatineuse i traces.
Arsenic '
Total 29,5122
Le gaz qui se dégage de la source est composé de :
Acide carbonique , G parties
Azote 94 —
Les eaux à*Hammam'melouan sont quatre fois phis chlorurées que celles de Balarucet Bourbonne, les plus iniiriatiques de France- — EUes sont très-efHcaces dans les douleurs rha* matismales, les affections de la peau» le rhumatisme articulaire, la goutte, les ostéites traomaUques, les uuciens. ulcères, les engorgements scrofuleux et spléniques.
5o Bains de la Reine: chlorurée sodo -magnésienne: à 2 kilomètres d'Oran, èur le penchant d'une colline du littoral. Etablissement spacieux. 4 sources : 45o c. Débit total de 250 litres à la minute. Composition, d*après MM. Soucelyes et Bédouin:' ^
Chlorure de sodium 5,966
— de magnésium. . . 4,317 Sulfate de magnésie .... 0,420
Carbonate de chaux 1 ,078
SUice 0,809
Ces eauXf ref^u^ dans un bassin creusé dans la grotte, sont employées avec succès dans les affections rhumatismales, Teugoiigement des viscères abdominaux consécutif aux fièvres
înCannittanlaf, 1m Adénopathies, les lésions tnuimatiques osseuses etertieolaires, certainesderniatoies. Les arabes les préconisent dans les eogor<;ciiienls abdominaux^ les rhumatisiiies ancim, Tatonie des voies digestiyes. Nous n'awns pas eti France d'eau minérale ttniteiiant une aussi ^^taade quaniite de chlorure.
0» llAiiiiAii BOU-tCLLAy : thhmrée iodigtte 6tcar5ofialée : 41 à 40 degri'^i» centigrades, à une vingtaine de kilomètres sad-
ouest de S<*tif, d;ins un vallon très-sain et fertile. 8 sources coulant dans plusieurs bassins naturels. Composition, d après M. Koucher :
Bicarbonate de chaux 0,144
Carlionate de soude 0,019
( de soude 0,906
'} de chau. 0,384
de sodium 0,434
Chlorures.) de calcium 0,029
\ deroagnésiiun . . , 0^0^Î7
Siho^ 0,060
Matières organiques ) a/uû Oxidedefer j ^'^^
Perte 0,014
Très-utilisée par les arabes dans les vieilles fièvres intermittentes et les allections rhumatismales.
Une seule source analysée : Deux sources noa analysées.
Le Hamma : Ih'cnrbmintdc calcique^ à 0 kiiomèti es. de Constantine,dans une plaine rcnuiiNjuable par sa ricbo végptntion, auprès des ruines de thermes romains, im immense bassin
EAUX MINÉRALES DE L'ALGÉRIE. t8t
reçoit les eaux fort abondamment fournies par plusieurs sources
à 31 degrés centigrades. Coiniiosition, d'après M. Ciuyon :
Acide carbonique libre, à peu près la valeur l'eau.
Chlorure de sodium 0,195
de soude 0.115
Carbonates. J de eliauz- 0,438
\ de magnésie'. . . . 0,008
( de fer 0,145
Oxydes, . . .| manganèse. . . • traces
Matière organique combinée avec
l'oxyde de fer 0,033
TOTAIi* « . 0,032
Je ne sache pas que ces eaux aient été expérimentées.
Cm — Eaux ferniginciieea»
Cinq sooitss aaslyaéss:
I S caleic
. I çarbensMe calique.
1 ehlorarée sodiqne.
1 sonroes non analysées.
TOTAL. . . fi
lo Hammam meskoutine, (province de Constantine). A 1 kilomètre de l'établissement des sources sulfureuses, il existe des sources ferrugineuses sulfatées sadiques : 75 degrés centigrades. La principale fournit près de 78 litres à la minute. Composition, d'après M. Fegueux:
Carbonate de chaux 0,1746
— de magnésie .... 0,0237 Sulfate de chaux 0,43tô
A reporter. . . •
m APPENDICE.
Report, . . .
Sulfiitc de ^oude. ....... 0,<)558
Chlorure de potassium 0,0406
— de rangtiésium .... 0,0718
— de sodium 0,3r>0i
Oiyde de fer. 0,0500
Acide «Uictqoe 0,0125
PhoeiOiite de soude. 0,0902
Iode traces
Matière orguuique )
PorU ) '
2«> Teniet-el-had : ferruffineuse sulfatée calci^: à 60 kilorih tres Miltanah (] i>i\incc d'Alger). Dans la belle forèt
de crdies. \oisirin de ce pu.-lo, plusieurs sources. La plus Irequi'ntcii a i*2 dof^rt^s r»*ntijrrnd{»s, son d/'hit approximalii est de 1,8UU litres par jour. Cumpositiou, d'après M. Valoune :
Carbonate de fer 0,024
Sulfote de chaux . 0,083
— de soude 0,013
Chlorure de sodium 0,033
Phosphate de chaux 0,015
Ce» enux, que j'ai expériraentées en 1848, m*oiit paru trèe-
ftvaiitugouscs d ms Ttiedèmc et l'engorgement des Viscferesabdoininaiix lunstiutiC aux fièvres intermittentes, dans les fluxs inte«f!!iniix rhi (uiKines, dans raménorrhée, les dartres, les plaies, ulcères, les coojonctivités, les diarrhées et dyssenteries.
Teniet-el-hAd contient plus de sels de fer que Bussang (Vosges), Compagne (Aude), Forges (Seine-inférieure) , Mont- Doré (Puy-de-Dôme), Fougues (Nièvre), et enfin autant que la source de Gérouttère (Spu).
£AUX MINÉRALES DE L'ALGÉfilË. tt3
3» Hammam rira : près des belles sources salines de cette localité (non loin de Milianah. province d'Alger): 2 sources ferrugineuses, abondantes : Tune de 69 degrés centigrades, fertmgineuse sulfatée^ calcique^ contient d'après l'analyse fuite |iar M. de Marigny.
Cfalonireile sodium 0,{
deciuittx 0,(
Snlfiites ,\ de magnéaie • • • . 0,372 de soude
^ ^ . ( de chaux 0,286
i de magnésie .... 0,050
Silice 0,006
Phosphate 0,026
Matière organique indét.
L'autre, ferrugineuse, carbonatée-caleique, 47 à 48 degrés centigrades, renferme d'après M. Tripier:
Chlorure de sodium 0,1 95
— de magnésium 0,185
de chaui 0,782
Sal&tes
.1 de magnésie . . . . i ^ ( de soude. .....) '
C^u*boiiate8(
d'ammoniaque. « • traces ^
de chaux 0,807
de magnésie . . .
j de magnésie . . . ,) ^
( de strontiane. . . .)
Fer combiné aux acides orga-»
niques | 0,030
Azotés et un peu d'arsenic • . ./
Oas acide carbonique 0)136
Axote • . 4,009
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APPENDICE
Om «ouim coiHtituant an au&iliaire très-utile des eaw «aliim qui m trcMvmt dus la mèsBS localité.
4» Aïovs bKiiousA ; ferruginmiêe chloruréc-sodique : à 2 kiloniMrct» d'AI^'t r. dans ce cbannsiit ravin, bien justemeai nomiBé Ihiis Vallon ; plusieurt bassins : 17 degrés centigrades : |»rrs de S litres de débit à la minute. Compontion, d*après
M. MUlcii:
Chloniro de -sodium 0,314
SoiAte de soode 0,016
Bicarbonate de soude 0,091
— de cbaux 0,099
— • de nvap^c^sie. . . . 0.075
— lie protox^Ue de ter 0,007 ïSiitcâte lie chaux. .•«...* 0,090
Le docteur A. Bertherand, mon frère, les a atantageusement utilisées dans les plaies et ulcères dus à des diatlièses
cachectiques, varigueuses, et surtout scorbutiques, la gastrolo-
gie, l'anorexie, la chlorose, la leucorrhée, hi dyménorrhée, les dermutozca îici ofuleuses, etc. Ces eaux ont autantde propriétés que celles de Chàteldon (Puy-de-D6mo), î.nxeuil (Haute- Saune) i elles sont supérieures à celles de Piombières (Vosges).
D. — Canx •iiiriircHS«a«
rus «este MMirae asalysés. SS in6oai|ilétemeDC analysées.
Hammam Meskoutine : Hydrosulfurée chlorurée-sodiqueik
18 kilomètrcis de Guelina (^province de Constantine), au railieu de débris d'innmenses établissements romains. Plusieurs sources pouvant fournir près de 100 loille litres d'eau par heure ; 95 degrés rentigrarlcs. Quatre grands bassins : bains de vapeur et de boue, doudies, etc.
EAUX MINÉRALES DE L'ALGÉRIE
Chlorure de sodium 0,4i5
de magnésium • • . . 0,078
de potassium 0,018
— de calcium 0,010
Sulfate anhydre de chaux. . . . 0,380
— de soude. . . . 0,4 7G
— de magnésie. . 0,006 Carbonate de cVuiux 0,257
— de magnébie 0,042
— de strontiane .... 0.001 Arsenic dosé à l'état métallique. 0,005
Silice 0,070
Matière organique 0,060
Fluorure )
[ traces
Oxyde de fer)
Les gax échappés de la nappe en ébullition, sont fomés
de:
Acide carbonique 97,00
— ftulfliydrique 0^50
Axote * 2,S0
Ces eaux, qui ont de grandes analogies avec Bagnères de Bigorre, (Hautes^Pyrénées) et Aix en Savoie, cmivienneht parfaitement dans les rhumatismes chroniques, les engorgements
des viscères abdominaux, certaines paralysies, la scrofule, les dartres, les vieilles blessures, les allections articulaires, les fractures et entorses anciennes, la syphilis, la sciatique, les maladies chroniques des glandes, les ulcères atomques, etc. ^
Df B. L. BERTHBRANO, Seerélaire génûral de la Société de la climatologie algérienne*
APPENDICE
ALGER AVANT U CONQUÊTE O
Les peoplet fi*ont pas de mémoire. Il ne manque pas de gens pn France qui qualiOent de spoliation la conquMe d*Alger. Les pauvret musulmans sont bien à plaindre ; ce sont des Polonais, des IrlandaiB, des Vénitiens; une pauvre nation subjuguée. Lee Emile de Girardin, les Toulgoët et consorts s*amu8ent à ces rapprochements malencontreux , et Pexoellent public accepte naïvement ces paradoxes de Tesprit de parti.
Nous recommandons à ces défenseurs bénévoles des nationalités absorbées, la lecture de l'intéressant recueil que vient de publier M. Alberi (1). Ils s'édifieront sur la situation
politique et morale de ce peuple uiteressant que la France a dépouillé de ses droits légitimes. lis verront à l'œuvre les Algériens et leurs autorités constituées, depuis le chaouch jusqu'au dey, et ^'il ont un peu de cœur à rendtx)it où s'attache ordinairement la croix d'honneur, ils rougiront de ce que non seulement la France, mais même la chrétienté entière ait subi, pendant tant do siècles , Todieuse tyrannie « les insultes grossières, les
(•) Cet arlici»' n*,? écrit spccialemi-iil [i nir notre puhlirf'ation.
n a paru, le li uurs IHtiâ, dans le Journal da Calom, dirige par II. Alexandre Lainliert. Nous avmis era devoir le reproduire ici parée qtt*il dépeint d^iae manière saisissante les hamtliations infligées à la France et aux nations civiltsi^es par \e gouvernement des beys, et que ce tableau <le la piraterie algérienne ♦ st à la fois une justification de la conquête et une démonstration cluquenie de la nécessité de ne peint resliiaer TAlgérie anx mabohnans, ainsi que certaias écrivains arabophiles ont osé le proposer. — o. t.
(1) Let archices du convtfat yénéral de France à Alger, i, volt ÎB ebes Basiider libraire, place du Gouveroement, à Alger.
ALGER AVANT LA CONQUÊTE
forfanteries sauvages , les exigences inouïes de ces petits chefs de brigands couronnés qui» du haut de la Casbah, présidaient Impunément aux entreprises les plus audacieuses de piraterie, de pillage , de dévastation dans toute Tétendue de la Méditerranée.
Il me parait étrange que des Etats tels que la France, l'Espagne, l'Angleterre n'aient pas vingt fois détruit cette caverne de brigands et se soient toujours bornés à des répressions insuffisantes, dont les deys d'Alger se moquaient loibque les vaissaux chrétiens avaient tourné leur proue du coté de TEurope. Pour expliquer et tte singulière longanimité , il faut se reporter aux guerres terribles qui ont presque perpétuellement divisé les principaux intéressés. Les luttes des nations civilisées facilitaient l'exploitation régulière de l'Europe par une horde de sauvages. Les petits Etats surtout avaient à souffrir parce qu*ils ne pouvaient pas montrer les dents, et Ton peut assurer que cela n'aurait pas encore cessé si la France n'avait, en 1830} déàdé que cela ne pouvait durer plus longtemps.
Quand nous disons que les petites nations avaient plus à souffrir que les grandes, nous citons une opinion de M. Devoulx; car nous ne pensons pas , en vérité , qu'il soit possible d'inventer des vexations plus honteuses que celles qui étaient infligées à la France par les pirates d'Alger.
Pillage de notre commerce jusqu'à deux encablures de nos ports , réduction en esclavage de nos nationaux , emprisonnement de nos consuls sous les moindre préteiLtes , bastonnades infligées par caprices aux résidents , exigences répétées de cadeaux , de sommes d'argent , expulsions violentes en cas de reto , violation flagrante des traités les plus solennels le jour même où ils sont signés, menaces de guerres, incendies de nos comptoirs; voilà quelques-unes des petites aménités dont étaient gratiflés par les deys d'Alger les c«isu1s et les résidents français de la régence.
C'était une rude tache que d'être CCnsul tVançaîs à Alger. C'est un vrai maHyrologe que Thistoire de ces représentants.
APPBNMGE.
Le premier qui fut («nToyé , en 1581 , fut mis en prison par Tordre do pachm. En 4683, le père Levacher, ooosal à AJger, fut âUacbé à la boodie d*ui canon. Plus tard , M. Piolle , en 1688, est arrêté et nus au bagne ; il subit aussi le supplice du canon comme le père Levacher. En 1097 , le pacha El Hadj Hamed menace le eoosal de le faire mettre à la bouche d*an ranon. Ce consul prend Tépouvante et s*enfoit d'Alger.
La position des Français était intolérable. Us étaient menacés sans cesse pour leur vio et leurs biens, v^u nii portaient les traités à la soHatei»que brutale et sunguinaire qui, sous le nutindrc prétexte, ma«sacrait les chefs mêmes qu'elle s'était iiunn«'>s. Les nuisulinans ne se souciaient nullement du ihoit (les gens. Lei» chrétiens étaient des ennemis que Ton pouvait tolérer,, mais qu'on ne remHiçait jamais à humilier et à insulter, En pleine paix des navires français étaient capturés en mer; la cargaison était vendue; l'équipage et les passagers étaient mis au bagne.
Les avanies les plus humiliantes étaient infligées à nos consuls. Ainsi, H. Delanne ayant refiisé de déposer son épée, lors de sa présentation, le dejr menaça de la briser lui*m6me. Les ronsulfl étrun<;i es baisaient la main de Son Altesse. Un consul envoyé par l'Angleterre ayant déclaré qu'il ne se soumettrait ni au baise-muiii ni à l'obli^jation do déposer l'épée, le dey lui fit dire que s'il se présentait l'épée au coté, il la lui arradierait lui-même et la lui casserait sur la téte.
On subissait ces hontes pari e que la guerre avec la régence avait totigows pour résultat la ruine et la mort de nationaux, sans amener d'avantages sérieux ni durables.
En 1740, une galère espagnole ayant enlevé un bateitu algérien dans les eaux de Toulon , le dey accusa le gouvernement français d*avoir fovorisé cette capture. Le consul Mi D^ouville fut arrêté et mis aux fers ainsi que le vicaire apostolique et les prêtres de la mission. Le dey fit arrêter les équipages de sept navires français qui se triiuvaient dans le port d*A]ger, et envoya ces marins^ enchainés detuc par deux» aux travaux les
ALGER AVANT LA CONQUÊTE
plus rudes. Puis il donna l'ordre au bey de Constantinc de faire incarcérer tous les Français qui se trouvaient à La Caile.
Le gouTememeut français , craignant de compromettre la vie de ses nationaux et des intérêts considérables , céda aux exigences du dey. La Fran'ce paya 1,650 sequîns pour les onze prisonniers génois qui avaient été mis en liberté par suite de la capture du bateau algérien.
En 1744, en pleine paix, le dey fait ravager notre établissement de La Calle et mas.sacrer ses habitants , sous prétexte que nous entretenions des intelligences avec Malte et les Tunisiens. Aucune satisfaction ne fut accordée pour cet acte de brigandage.
En 4753, un navire français est attaqué dans le détroit de Gibraltar. Il se défend ; il est pris. Son capitaine traîné devant le dey d'Alger , expire sous le bâton. L'équipage est mis à la chaîne, deux à deux. Aucune satisfoetion n'est donnée. Malgré des menaces de guerre , le de/ se borne à mettre l'équipage en liberté, et nous étions la nation la plus favorisée!
En 1757, le dey Baba-Ali fait dire au consul, M. Lemaire,que désormais il entend recevoir annuellement des présents du roi <le France. Cette injonction étant restée sans effet, M. Lemaire est saisi le 11 octobre et mis anx fers avec les esclaves. Un mois après, il fut pormU au consul de rentrer dans sa maison, mais à la condition de garder les fers.
En 1760, le consul, M. Pérou, reçoit du dey l'ordre de quitter immédiatement Alger , avec menace d'y être coritt aint. Redoutant la violence des Algériens à l'égard de nos résidents^ il cède et part pour France.
En 1763, sous un prétexte futile, notre consul , M. Yallière, le vicaire apostolique , le chancelier , les missionnaires , les équipages de quatre navires provençaux, en tout 53 personnes sont jetés aux fers, exposés aux insultes de la populace et employés aux travaux publics. Ce n*est qu'au bout d*utt mois que M. Yallière obtient sa liberté à force de présents.
La même année, le dey fait arrêter tous les Français étabUs
190 APPENDICE
à Btn& et à La CaUc. Il interdit à M. V:illi« re de repasser en Franr»^ et le >;:irde roumie otaLc. il fallut une flotte pour met- Ire à la niison la Ix'tc situvage qui régnait à Alj'er.
£ii 1708, le consul M. Moltide, et tous les résidents fraoçais «ont mis à l:\ chaîne. iU y restent un mois et demi.
NoiMo'c'n finirions pas à rappeler les actes de brutalité barbare dont les dejs d'Alger se sont rendus coupables envers la France.
Les bagn99 d*A]ger furent remplis de Français jusqa'aa dernier jour , et lorsque M. Dabois-Thun ville , en 1801 , quitta Alger, il n'avait pas retiré moins de 700 Français de Tesclavage.
Cette patience d*une grande nation étonne quand il s*agit
d'un petit roitelet , sans armée , sans puissance , presque sans tLal>. <|ui ral)i>'uvo de iiiépris, et d'insultes journcUement, pendant d*>> si-h Ilv^. ( )-,e-t-o!i dire enprét^ence de pareils faits, que la conqnrto d\\lg»'r lut une iniquité ? Nous pensons que pour l'honneur de la t rance, cette réparation fut bien tardive.
La question la plus importante dans les documents publiés par M. Devoulx, celle qui fut l'objet des corjstantes préoccupalions des résidents , des consuls français et des autorités algériennes, c*est la question des cadeaux, véritable tribu levé ^ar Tavidité des pirates sur la peur qu'ils inspiraieiit aux gens que leurs affaires obligeaient de séjourner dans la régence.
De la part du dey , chaque petite cbrconstance de la vie , depuis le premier jusqu'au dernier jour de son règne , était une occasion de recevoir des présents plus ou moins riches de la part de tous les consuls européens sans exception.
L'avénement au trfme, occasion de rigueur. Puis les mariages foi t fréquents chez ces potentats turcs. Puis la naissance des enfants ; aussi leur circoncision. Le dey avait-il remporté une victoire, il fallait donner en signe de réjouissance; avait-il es* suyé une défaite, ii fallait donner pour montrer la part qu'on prenait k son malheur. Revenaitril du péleriijage de La Mecque, ïl fallait donner encore. Envoyait-il par caprice quelques marins français au bagnOi U foUait donner pour les en foire sortir.
ALGER AVANT LA CONQUÊTE