‹ Napoléon III en AlǵerieChapitre 7 sur 56 · LA TRAPPE DE STAOUÉU · texte numérisé non relu

LA TRAPPE DE STAOUÉU

Une plantation de lauriers était simulée à droite et à gauche de la roote, et tout le chemin que devait parcourir SaUijesté jusqu'à relise, était tapissé de verdure, de géranium et d'autres plantes aromatiques, exhalant leurs parfums, dont Tair était tout embaumé. Enfin, on avait orné de guirlandes, de couronnée et de palmes, le buste et la récente proclamation de l'Empereur, apposés au frontispice du monastère^ et surmontés d'un plein-cintre, où on lisait en brillants canictères ; Domine salvum fae buperatorcm uostyum XtijinlciHmi, Les statues de la Sainte-\ierge, de saint Joseph et de âaiut Augustin achevaient le tableau.

A une heure, les cloches mises en branle annonçaient aux religieux que la voiture impériale était en vue.

Aussitôt les Trappistes, ayant à leur tète le révérend père dom Marie Augustin, abbé de Staouéli , l'evétu des ornements pontificaux, crosse en main et mitre en tète , vinrent se ranger dans la cour, sur deux lignes, près de la porte d'entrée -(1). Ur Pavy, éVèque d'Alger, qui était arrivé dès le matin, alla recevoir Sa Majesté à la portière de sa voiture, et La conduisit sous le péristyle, qui était orné de guirlandes et de fleurs.

Après avoir offert à l'Empereur l'eau bénite et l'encens , le révérend père Abbé adressa à Sa Majesté le discours suivant : Sire,

c Votre Auguste présence produit sur l'Algérie les mêmes effets qu'opère^ actuellement, le soleil sur toute la nature. Partout où Votre Majesté se montre, elle ranime , réjouit, fortifie et rassure tous les colons dans l'œuvre pénible qu'ils ont entreprise. Votre Mitjesté, dans son extrême bonté, n'a pas voulu que même la Trappe de Staouéli fût privée de la faveur de cette inappréciable fisite.

c Sire, soyez-en béni et béni mille fois. Par là, vous mettez

(0 Le R. P. Ahlk'; avait à coscôlès le R. P. Itnn (laliriel, abbé (PAL^înebelle (Drôme) et père iminédiat de Staouéli, visitant d'offîce ce monas» 1ère.

PRO^nNO; D'ALGER.

le comble à tons le» bienfiûte que ce monastère a é^knçmàè votre gouTernement.

c Cette fiiYeur insigiie restera à jamais gravée dans le ceear de ses habitants. Ils rediront à leurs suecesseurs : c le 4 mai

1865, VEmperear Napoléon III, après avoir rempli rooivera de la ;;loirc de son nom . e^t venu prier sur les dalles de notre sanctuaire, a parcouru nuti o cloître, nos jardins et nos champs, a daigné' nous a(lrciii»er quelques paroles d'en (nir^frement et peut-ôtre de biitisfnction , de voir ainii translonué If protnîer théâtre de la bravoure française en Algérie, ou notri luou-aimc et vaillant Maréchal , ici présent, a si noblement débuté dans la carrière militail*e.

€ Avec quelle ardeur nouvelle allons-nous poursuivre nos améliorations et tm travaux agricoles ! quelle ne sera pas notre ferveur à prier pour la prospérité et la longue durée de votre règne, pour notre Auguste et Gracieuse Impératrice, pour le Prince Impérial, l'espoir de la France et de la Religîoii.

« Enfin, comme toutes les gloires et les couronnes de ee inonde ne sont rien, si Ton vient à perdi e son âme, nous ferons aussi les vœux les plus ardents pour que, dans le ciel, vous soyez aussi grand que vous aurez été puissant et illustre sur la terre. »

L'Empereur n poinlit nver une grande bienveillance : Qu'il c était touche de ces bonnes paroles ; qu'il n'aurait pas voulu « passer en Algérie sans visiter Staouéli et remercier les Pères « de la Trappe, d'avoir ainsi transformé ce glorieux champ de « bataille, et d'y avoir fondé un établissement qui a toutes sea « sympathies et auquel 11 porte le plus vif intérêt. »

8a lîi^esté fitt ensuite conduite processionnellement à l'église, an chanA du 3*e Deiim. Elle ne consenill qu'après de vives instances à marcher sous le dais qu'on lut avait préparé.

Dnnmt eatte procession, l'Empereur remarqua à sa gauchie un groupe d'indigènes, ayant une tenue de travail uniforme et accompagnés de quelques militaires. Il demanda quels étaient ces hommes.^ ou lui rej>oiidit que c'étaient de malheureux arabes prisonniers de la maison centrale de i'Harrach, à qui on

LA TlUmr DE STAOUÉU. W

faisait subir leur peiod ea ki initiant aux travaux agricoles, au lieu de les laïMer se eorronipre dans les prisons. 8a M^esté parut satis&ite.

Au aortir 4e relise , FEmpereur introduit dans la salle du chapitre, o&les religieux étaient déjàréunis, sWormaaveebeau* coup de bonté du nombre des membres de la communauté. Ce n'est pas sans quelque étohnement quMl appris qu'il y avait un certain nombre d'iuiciens militaires, dont au moins une douzai- , ne ayant aj)purtenu à la garde mi])* nalo. C'est aloi's que le gé- Hf^ral Fleury voulut luipresenler uu de ses anciens guides, du nom et de la descendance de Ciodefroy de Bouillon , (|ue le matin même, il avait reconnu dans le frcre commissionnaire qu'il avait rencontré à Alger. L'£ropereur lui dit quelques bOMMB paroles, et, entre autres choses, lui demanda s'il était coûtent à la Trappe. — Très-content, Sire, répondit d'un air cOKvainca l'anden gdde. l'Empereur parut surpris. Il Teùt été bleu phis si le matin même il eût entendu la conversation de ect ex-guide avec aon ancien colonel , le générai Fleuiy. — Gomment lui disait celui*ci, vous est venue Tidée d'entrer à la • Trappe ? Je ne me serais jamais douté que du régiment de guides on passât daiLs le cloître. Ce n'est certaiiieiucnt pas moi qui TOtts ai inspiré cette vocation ? — Je vous deman<le pardon mon général , c'est vous qui me l'avez donnée. — Comment moi ' et comment cela — Vous m'avez si bieu appris à obéir que la discipline du cloître ne m'a pas paru au-d€8Btts de mes forces. Le brave général riait de bon cœur d*»foir ainsi élé, sans s'en douter , un auaBi bon maître de noviosB.

L'Empereur a demandé aou 4ge et son pays à un jeune Mre oonvers) et a continué sa visite ett se rendant au rébctoire, oà OB loi u présenté les mets de la communauté ; c'était ce jour-là du ria et «me sonpe au sel et à Teau. Le père Abbé a fait observer à Sa Majesté que, Uimi que ces meU ne fussent pas assaisonnes, ils ne laissaient pourtant pas que d'être toujours trouvés boiw, parce lis sont préparés avec beaucoup de8(Hn

FROMNCE IfALGER.

par deiti grands cuisiiiMn : leieùaeelUTnivaiL MoueigiiMir, en avei-mt goûté» aditalon L'Empereur, en «e toamant wmem rÉvèqae d*A|ger ? — La réponae de 8a Qrandear a produit tm moufemeat d*hUari(é fi oo a pané outre, en lisant la sentence qui se trooTait en face et qui est ainsi conçue :

Guûtei leit choses d'eu baul El non f«llm de U tm«.

Du ri^fectoire, rEmpereur est Jiioiitc au dui toii", «l uu, après a\(»ir palju' île la main ia (iureto lît - rouchcs, Sa Majesté a vu une partie des cnltui fs, des vigiies , des jardins et des orangeries, rétendue du mur d'enceinte, lecbatup de bataille de 1830, remplacement du camp de Staouéli et la redoute qui le domine, aujourd'hui convertie en cimetière, l'œil s'étendant de là Jusqu'à la mer et jusqu*à Sidi-Femich, point du débarquement.

L'Empereur s*est ensuite rendu dans les appartements de Monseigneur, où il a pu mr parmi plusieurs autres tableaux, une copie asses Adèle du Zouave 2Va|»pwte par Horace Vemet et un portrait de Pie IX, œuvre d'un fiîre eonvers de la Trappe d'Aiguebelle.

Des appartements de Monseigneur, l'Empereur est passé dans le cabinet particulier du révérend père Abbé; là, on lui i montré |e magniiique bureausur lequel aété sip^né, en 1830. l'abdication du Dey d'Âlger et la cession de 1 AlgiM ie a la France Ce beau meuble a été donné autrefois^ en vue de sa conservation, au révérend père dom François-R^gis, fondateur et premier Abbé de Staouéli, actuellement Procureur Général de l'ordre auprès du Saint Siège. En traversant la cour extérieure, Sa M^esté avait déjà remarqué le superbe groupe de palmiers qui la décore, groupe qui ne compte pas moins de dix tiges sur une même soudie et sous lequel le Généralissime des troupes du Dey d'Alger avait planté sa tente, lors du débarquement de l'armée française, à 7 kilomètres de là. Les indigènes ont ce bouquet de palmiers en grande vénération et l'on a vu des femmes ar abes venir en procession en baiser les tiges avec respect. £a 1843 , les pères de la Trappe oot pris possession de

Page 1