Wilhelmsktthe, p. 20i
(de Grenoble), le chef eavoyé de Berlin à Wilhelmshœhe, était» parait-il, un artiste célèbre, auteur de savants traités, très prisés de ses confrères. Ayant la conscience de son mérite il était fier de pouvoir le déployer devant celui qu'il considérait encore comme son souverain. Mais Napoléon III avait toujours été fort peu gourmet; et, — . loin d'oublier les malheurs de son pays en faisant bombance, comme Taffirmaient les publicistes officieux de Paris S — il se souciait alors moins que jamais de ce qui était servi à sa table; il ne faisait guère honneur, guère attention aux menus élaborés, exécutés avec tant de soin par BI. Bernard. Cette indifférence navrait Tartiste méconnu. Nels, qui recevait ses doléances, en rit d'abord. Mais voyant que ce chagrin était « très sérieux », que « le pauvre homme en devenait malade », il prit f la liberté grande d'intervenir près de Sa Majesté, en faveur de son cuisinier. » Le soir même « l'Empereur goûta de tous les mets, complimenta le chef, se fit donner des explications par lui sur je ne sais quel plat. » Et Bernard se retirai « fou de joie *. »
Quant à Mels lui-même, il avait éprouvé, dans une circonstance beaucoup plus grave, l'exquise bonté de Napoléon III, s'oubliant pour compatir à la peine d'autrui. Au milieu du mois de février, il avait perdu sa fille; et, depuis ce moment, absorbé par son chagrin, il n'avait plus paru au chûtcau, où jusqu'alors on était renseigné par lui sur les événements du dehors. Le 2 mars un aide de camp de Napoléon III reçoit un télégramme de la Reine d'Angleterre, le chargeant de préparer l'Empereur « à une importante et très pénible nouvelle. »
De quoi s'agit-il ? Avec quelle impatiente anxiété Napoléon III et son entourage désirent l'apprendre I Mels, à qui
1. « Cet homme, à qui tous devez tous vos malheurs, vouscroyei peutêtre qu'il souffre de vos souffrances?... Vous vous tromperiez. Cet homme habite un château splendide; on lui sert vingt et un plats à sa table,etc..» Bulletin de la République, !•' Janvier 1811.